AFRIQUE DU SUD

Afrique du Sud : la direction de la mine de Marikana suspend le licenciement des grévistes

Les femmes des mineurs chantent devant la Cour de justice à l’arrivée des 250 mineurs arrêtés jeudi dernier. Garankuwa, le 20 août 2012.
Les femmes des mineurs chantent devant la Cour de justice à l’arrivée des 250 mineurs arrêtés jeudi dernier. Garankuwa, le 20 août 2012. REUTERS/Stringer

Le groupe qui exploite la mine de Marikana, en Afrique du Sud, a suspendu, ce mardi 21 août, l'ultimatum imposé aux travailleurs, et indiqué qu'il n'y aurait pas de sanction pour les mineurs qui ne reprendraient pas le travail cette semaine. C'est ce que réclamait la présidence sud-africaine pour que les victimes de la répression policière du jeudi 16 août puissent être identifiées et inhumées. Les tirs des forces de l'ordre avaient fait 34 morts parmi les mineurs de Marikana qui réclamaient une augmentation de leurs salaires. Près des deux tiers des employés du site étaient toujours absents de leurs postes ce mardi.

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La direction de la mine a donc entendu l’appel de la présidence sud-africaine et a suspendu l’ultimatum. Ce mardi matin, la présidence sud-africaine avait demandé à la société minière de faire un geste, de ne pas licencier les grévistes pour le moment et de négocier avec tous les mineurs qui ne veulent pas reprendre le travail. C'est chose faite : la direction de l'exploitant Lonmin a annoncé la levée de l'ultimatum et l'absence de sanction pour ceux qui n'iraient pas au travail cette semaine.

Il s’agit aussi de respecter la semaine de deuil national et d’apaiser la situation. Selon la direction de la mine de Marikana, 33% des mineurs sont venus ce mardi matin travailler, pas beaucoup plus qu’hier, et avec un tiers des employés, la mine tourne encore au ralenti.

Julius Malema porte plainte pour la tuerie

Aujourd’hui, la situation est assez calme. La présence policière a été renforcée à l’entrée de la mine avec des hommes lourdement armés. Quelques centaines de grévistes étaient à nouveau rassemblés ce mardi midi sur le lieu de la fusillade. Ils attendent que les leaders syndicaux leur indiquent quelle est la prochaine étape à suivre.

Par ailleurs, Julius Malema, l’ex-leader de la Ligue de la jeunesse du Congrès national africain, l’ANC, venu sur le site témoigner de son soutien aux mineurs, est passé au commissariat de Marikana. Il a déposé plainte contre les policiers qui ont tué les 34 grévistes la semaine dernière.

« Ils ont été tué parce que le gouvernement défend le monopole blanc sur le capital, affirme celui-ci. Et cette affaire n'a rien à voir avec l'éviction du président Zuma. Mais ça prouve bien que c'est un dirigeant très faible. »

Jacob Zuma critiqué par les mineurs

Dans cette crise, Julius Malema, n'est pas le seul à accuser Zuma d'être responsable du massacre. Pour de nombreux grévistes, le président sud-africain ne fait rien pour eux et pour améliorer leurs conditions de vie.

Mardi, des ministres sont venus rencontré les mineurs en grève pour tenter de désamorcer la crise. A quelques mètres du lieu de la fusillade, dans une atmosphère très tendue, les mineurs ont crié leur colère : « mais pourquoi Zuma n'est-il pas là en personne ? Nous sommes la dernière de ses préoccupations. »

L'AMCU, le syndicat qui mène la fronde des foreurs dans la mine de Marikana, accuse le président d'être trop passif. Tandis que le NUM, le syndicat dissident et majoritaire dans cette mine, mais en perte de vitesse, s'est aligné sur la position de la direction en appelant les grévistes à retourner au travail. Pour beaucoup, le NUM, allié du pouvoir en place, ne défend plus l'intérêt des ouvriers.

Le mouvement social pourrait se propager

A quatre mois de la conférence pendant laquelle l'ANC doit élire son prochain président et débattre de la question de la nationalisation des mines, Jacob Zuma, grand favori à sa réelection, est mis en difficulté. Ses détracteurs pourrait bien instrumentaliser le conflit social pour l'affaiblir.

Maintenant la grogne sociale menace de se propager dans les mines à proximité de Lonmin. Dans le bassin minier de Rustenburg, les ouvriers de plusieurs mines, comme Samancor et IFM (des mines de chrome), vont peut être aussi se mettre en grève, réclamant eux aussi une augmentation de salaires.

Les mineurs gagnant 400 euros par mois souhaiteraient obtenir 1000 euros mensuels. Plusieurs ouvriers ont assuré à RFI sur place que les mineurs se sont rassemblés pour discuter de revendications salariales. Ils risquent, comme à Lonmin, de s'engager dans une grève illégale.

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