Tunisie

La justice tunisienne ordonne l'arrestation d'un patron de chaîne TV

La liberté d'expression est-elle menacée en Tunisie ? L'émission satirique « La Logique politique », sur la chaîne Ettounsiya, a été brusquement arrêtée la semaine dernière, après six mois de diffusion hebdomadaire puis quotidienne. Cette émission de marionnettes, sorte de « Guignols de l'info » version tunisienne, aurait subi des pressions. Ce vendredi 24 août, un tribunal de Tunis a ordonné le placement en détention provisoire de Sami Fehri, patron de la chaîne et producteur de l'émission. Il risque jusqu'à 10 ans de prison.

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Difficile de savoir où se trouve Sami Fehri. Il est injoignable, confirmait ce samedi son avocate. Il a exprimé son désir de se rendre aux autorités. Peut-être une question de jours.

Les faits qui lui sont reprochés remontent à l'ère Ben Ali. L'instruction dure depuis un an. Il est accusé d'usage illicite des ressources de la télévision nationale tunisienne. A l'époque, il était associé à l'un des frères Trabelsi (du nom de la belle-famille du président déchu), au sein de la société de production Cactus.

Le mandat de dépôt a été décidé ce vendredi, avec une rapidité inhabituelle, assure son avocate Sonia Dahmani. Elle se dit surprise qu'aucun mandat n'ait été demandé contre les principaux accusés dans cette affaire, alors que son client n'est poursuivi que comme complice.

Sami Fehri a affirmé que « tout cela est arrivé à cause de quatre Guignols » dans son émission satirique. Il s'est plaint de pressions politiques, notamment de Lotfi Zitoune, conseiller du Premier ministre, qui de son côté dément. Le gouvernement se défend également de toute volonté de censure.

Les Tunisiens, eux, se rebiffent sur internet. Beaucoup n'hésitent pas à critiquer Sami Fehri, certains le soupçonnant même de mise en scène. Mais la plupart des commentaires dénoncent une menace de plus à la liberté d'expression.

Cette affaire intervient dans un contexte de ras-le-bol des professionnels des médias, après des nominations contestées à la tête de médias publics. Le Syndicat national des journalistes a décidé d'entamer une grève générale prochainement. La date doit être fixée d'ici deux semaines.

Le gouvernement pense que les médias doivent être à son service

Belhassine Olfa

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