Guinée Conakry

Elections législatives en Guinée: le dialogue de sourds continue

Conakry, 17 mars 2012. La  police était intervenue brutalement pour disperser la manifestation de l'opposition.
Conakry, 17 mars 2012. La police était intervenue brutalement pour disperser la manifestation de l'opposition. © AFP/Cellou Binali

Plusieurs partis de l’opposition ont décidé de retirer leurs représentants des institutions du pays, notamment du gouvernement et de la commission électorale, pour protester contre les violences à l’encontre de leurs militants qui ont tenté de se rassembler, lundi 27 août. Par ailleurs, la présidence a proposé une refonte de la commission électorale nationale indépendante (Céni) afin de convaincre l’opposition de participer aux prochaines élections législatives dont la date reste à déterminer mais, pour le moment, c’est l’impasse.

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L’épineuse question concernant l’organisation des élections législatives se maintient. Cela fait plus de dix huit mois que la classe politique guinéenne débat de la Céni et de la nécessité – ou non – de la réforme, avant d’organiser les élections législatives. Le sujet continue d’empoisonner le climat politique entre le président guinéen Alpha Condé – démocratiquement élu en décembre 2010 – et ses principaux opposants.

Au mois d’août dernier, le Conseil national de la transition (CNT) - qui fait actuellement office de parlement – et la société civile avaient remis trois propositions au président guinéen qui a choisi celle émanant de la société civile. Pour le gouvernement, il s’agit d’une réforme partielle de la Céni – et non pas d’une réforme totale - dont le but est de tenir compte des évolutions du paysage politique.

Joint par RFI, Albert Damatang Camara, porte-parole par intérim du gouvernement, explique que la répartition des postes entre l’opposition et la mouvance présidentielle reste inchangée mais chacun, dans son camp, aura la possibilité de remplacer les personnes qui y sont déjà.

Cela devrait permettre de redonner un nouveau visage à cette Céni-là.

Albert Damatang Camara

Pas de recomposition paritaire

Ce sont précisément les proportions, c'est-à-dire la répartition des postes entre l’opposition et la mouvance présidentielle, qui posent problème. La répartition reste inchangée alors que l’opposition avait fait une proposition de recomposition paritaire. Pour cette raison, les principaux partis ont décidé de retirer leurs représentants des institutions, à savoir de la Céni, du gouvernement et du CNT.

La présidence guinéenne a, pour sa part, accusé les opposants de vouloir saboter les prochaines législatives. Autant dire que le dialogue est rompu et que le pays est dans une nouvelle impasse.

Joint par RFI, l’opposant Sidya Touré, président de l’Union des Forces Républicaines (UFR), considère qu’il y a là «une mauvaise foi manifeste ».

C’est une proposition qui reconfirme le statuquo.

Sidya Touré

Depuis un an et demi, entre fausses avancées et vrais blocages, le dialogue politique est un dialogue de sourds. A croire que personne n’a intérêt à ce que le scrutin ne se tienne… Les élections devaient initialement se tenir au premier semestre 2011 mais elles ont été, sans cesse, reportées pour diverses raisons.

La France a demandé « solennellement » ce mardi 23 août au président guinéen et à l’ensemble des acteurs politiques de « tout mettre en œuvre pour relancer le processus électoral » pour des élections législatives « sereines et transparentes ».

Lors de la manifestation du lundi 27 août, à Conakry, vingt gendarmes ont été blessés et 38 personnes interpellées dans des heurts avec les forces de l’ordre.

Les partis politiques sont-ils prêts à affronter les urnes ?

Une opposition arc boutée sur ses principes, un pouvoir qui louvoie... depuis un an et demi, le dialogue politique est un dialogue de sourds, avec en toile de fond, le contrôle de la commission électorale. Mais la question de fond est ailleurs. Les partis politiques sont-ils prêts à affronter les urnes ?

Paradoxalement, la présidentielle de 2010 a provoqué une crise dans les états-majors politiques. Au point qu'aujourd'hui, la constitution des listes de candidats à la députation pose d'énormes problèmes.

Au RPG, le clivage oppose les cadres historiques et les nouveaux venus, notamment les alliés de 2010.

Le PEDN, le parti de Lansana Kouyaté, doit pour sa part affronter une hémorragie de cadres vers le RPG - les deux formations partageant le même bassin régional.
L'UFDG, la formation de Cellou Dalein Diallo, est traversée par un fossé croissant entre les partisans de Bah Oury, actuellement en exil, et ceux de Cellou Dalein Diallo.

Enfin L'UFR, de Sidya Touré, doit surmonter une perte de repères en Basse Guinée.

Le doute qui traverse la classe politique explique, sans doute, le peu d'empressement des leaders à surmonter les antagonismes. Le statuquo arrange tout le monde, sauf peut-être le chef de l'Etat que la communauté internationale presse d'organiser les législatives. Pour l'instant, Alpha Condé n'a pas voulu passer en force. Mais jusqu'à quand ?
 

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