Santé

Le suicide fait plus de victimes que les guerres et les homicides réunis

Les secours et des passants tentent d'empêcher le suicide d'une jeune Chinoise à Zhanjiang, le 14 août 2012.
Les secours et des passants tentent d'empêcher le suicide d'une jeune Chinoise à Zhanjiang, le 14 août 2012. REUTERS/Stringer

Alors que la journée mondiale de prévention du suicide a lieu ce lundi 10 septembre, l’OMS publie un rapport qui pointe une aggravation du problème. Selon l’organisation, un million de personnes par an mettent fin à leurs jours. Et paradoxalement, il semble que les pays où l’on vit bien ne sont pas ceux où l’on se suicide le moins. Bien au contraire.

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« Une personne meurt dans le monde suite à un suicide toutes les 40 secondes environ, soit plus que le nombre combiné des victimes de guerres et d’homicides. » La comparaison utilisée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est frappante. Surtout quand on sait que le nombre de tentatives s’élève à 20 millions. Et que 5% des Français ont fait une tentative de suicide au moins une fois dans leur vie.

En première ligne : les jeunes de 15 à 19 ans, chez qui le suicide est la deuxième cause de décès. Mais aussi les personnes âgées. Le rapport relève aussi qu’il y a trois fois plus de suicides chez les hommes, quelque soit le pays ou la classe d’âge. Mais que les femmes font trois fois plus de tentatives que les hommes. Une différence souvent justifiée par le fait que les hommes ont recours à des moyens plus radicaux pour se suicider.

Le suicide touche tout le monde, sans distinction de classes. Mais les niveaux de suicide sont plus élevés chez les personnes à la retraite, au chômage, divorcées, sans enfants, citadines, ou vivant seules.

C’est un rapport en forme d’appel que publie l’OMS avant la 10e édition de la Journée mondiale de prévention du suicide. Car, a souligné le Dr Shekhar Saxena qui a présenté ce rapport, « durant les dernières années, son taux a augmenté de 60% dans certains pays ».

Le paradoxe des « pays heureux »

Il ne précise pas lesquels. Mais, ce qui frappe quand on jette un œil aux statistiques, c’est que les pays les plus enclins au suicide ne sont pas forcément ceux que l’on croit. C’est en Amérique centrale et du Sud que l’on se suicide le moins : Pérou, Mexique, Brésil et Colombie notamment. Tandis que c’est en Europe de l’Est, en Lituanie ou en Russie par exemple, qu’on attente le plus à sa vie.

Toujours cités en exemple comme les pays du bonheur avec leur politique familiale développée, leur égalité sociale et leur économie florissante, les pays scandinaves ont pourtant des taux de suicide parmi les plus élevés d’Europe. Mais a priori, le mal-être scandinave n’a rien à voir avec la longueur et la rudesse des hivers nordiques.

L’année dernière, une étude américaine a mis en évidence le paradoxe selon lequel on se suicide plus dans les « pays heureux ». L’étude remarquait que la corrélation entre bonheur et suicide était évidente pour 21 pays, comprenant 17 pays européens, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, et que ni le climat, ni la religion ne semblaient être décisifs sur ce résultat.

Prenant pour base les Etats-Unis, Etat par Etat, les chercheurs ont évalué si les personnes interrogées étaient satisfaites ou non de leur vie avant de comparer le résultat avec le nombre de suicides dans le même Etat. Il en ressort que l’Utah, premier des Etats où il fait bon vivre, est le neuvième en matière de suicide. Idem pour Hawaï, deuxième au classement du bonheur mais cinquième des Etats suicidaires.

Comment expliquer ce phénomène ? La nature humaine est complexe. Et quand on vit dans un pays où le niveau de bien-être est censé être élevé, nos exigences en déviennent plus élevées et notre malheur ne nous semble que plus cruel. Tandis que si l’herbe n’est pas plus verte chez le voisin, on relativise.

Autre idée reçue : le Japon serait le pays où l’on se suicide le plus. En réalité, avec un taux de suicide de 26 pour 100 000 habitants, le Japon se situe au 8e rang mondial et est largement devancé par de nombreux pays d'Europe comme la Lituanie (38,8), la Russie (32,3) ou encore la Finlande (28). A noter d'ailleurs que les adolescents français se suicident plus que les japonais.

Le Japon demeure néanmoins un des pays industrialisés où le taux de suicide est le plus élevé. Un constat qui s’explique notamment par la culture japonaise de l’honneur. Si un Japonais ne peut pas s’acquitter d’une dette, le suicide peut devenir une issue honorable. Le taux de suicide est aussi très lié au travail et à l’économie dans un pays où il faut être performant. Pour preuve, au Japon, on se suicide davantage aux mois de mars, avril et mai qui correspondent à la fin de l'année fiscale au Japon...

En Europe, le suicide par crise économique

Car les périodes de crises ne sont pas étrangères à la montée des taux de suicide. Déjà en 1897, dans Le Suicide, le sociologue Emile Durkheim décrivait comme « un fait connu que les crises économiques ont sur le penchant au suicide une influence aggravante ».

En avril dernier, une étude de l’Association de recherches économiques et sociales italienne (Eures) indiquait que depuis 2010, le nombre de suicides n’avait eu de cesse d’augmenter, et arrivait à la conclusion que la crise économique causait un suicide par jour dans le pays. En 2010, en Italie, le nombre de suicides parmi les chômeurs aurait augmenté de plus de 30%. Et les chefs d’entreprise et les travailleurs indépendants étaient également plus nombreux à mettre fin à leurs jours.

Près de 11 000 morts par an en France

Un phénomène illustré en France, ces dernières années, par une série de suicides à France Telecom.

« Le suicide tue en France trois fois plus que les accidents de la route », écrivent dans leur livre Le suicide, un tabou français, Michel Debout, fondateur de l'Union nationale pour la prévention du suicide et le journaliste Gérard Clavairoly. Plus de 11 000 morts (autour de 17 pour 100 000 personnes) chaque année, avec le triste record du taux de passages à l'acte réussis le plus élevé de l'Union européenne. Fort de ce constat, des associations appellent à la création d’un observatoire des suicides.

Les plus de 65 ans particulièrement concernés

Le phénomène du suicide chez les jeunes est bien connu. Ce qu’on sait moins, c’est qu’en France, un tiers des suicides sont le fait de personnes de plus de 65 ans, soit près de 3 000 par an. Et plus on est vieux, plus ce taux augmente selon les chiffres de l’Inserm de 2009 : alors que le taux de suicide dans la population française s’élève à environ 17 pour 100 000, il monte à 32 chez les 75-84 ans et à 44 pour 100 000 chez les 85-94 ans.

Raison invoquée : l’allongement de la durée de vie s’accompagne de souffrances propres au grand âge. Souffrances physiques bien sûr, mais également psychologiques. Dans les sociétés occidentales modernes, le lien social et familial notamment est de plus en plus distendu. Le sentiment d’abandon et d’isolement n’en est que plus prégnant. À cela s’ajoute, explique dans La Croix Godefroy Hirsh, qui dirige l’équipe d’appui départementale de soins palliatifs du Loir-et-Cher, « un sentiment d’inutilité plus prégnant que par le passé ».

Le tabou africain

Des statistiques à prendre avec des pincettes bien sûr. La collecte des données variant beaucoup d’un pays à l’autre. Le rapport de l’OMS relève d'ailleurs qu’il n’y a pas de statistiques pour de nombreux pays d’Asie du Sud et d’Afrique. Difficile dans ces conditions de se faire une idée de l’ampleur du problème dans ces pays.

Mais, pour l'Afrique, cette absence de données officielles est sans doute révélatrice du tabou qui pèse encore sur le suicide dans certaines cultures. Le suicide étant encore considéré comme une malédiction. Et si pendant longtemps, après les indépendances, les anthropologues s’accordaient pour dire que le suicide était quasi absent en Afrique de même que dans les sociétés islamiques traditionnelles, aujourd’hui on sait que le suicide affecte toutes les sociétés. Un constat qui semble encore une fois conforter l’hypothèse que le progrès économique et social a partie liée avec le suicide.

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