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Libye/Etats-Unis/Religion

Mathieu Guidère sur RFI: l'attaque contre le consulat américain de Benghazi, un «attentat maquillé»

A l'extérieur du consulat américain à Benghazi le 11 septembre 2012 après l'attaque qui a coûté la vie à quatre Américains dont l'ambassadeur Chris Stevens.
A l'extérieur du consulat américain à Benghazi le 11 septembre 2012 après l'attaque qui a coûté la vie à quatre Américains dont l'ambassadeur Chris Stevens. REUTERS/Esam Al-Fetori

Quatre Américains, dont l'ambassadeur en poste en Libye, ont été tués mardi 11 septembre à Benghazi. Que veulent les auteurs de cet acte terroriste et qui sont-ils ? L'universitaire français Mathieu Guidère vient de publier Le printemps islamiste : démocratie et charia, aux éditions Ellipses. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

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L’attaque de Benghazi, à votre avis, c’est une réaction violente au film, ou c’est un attentat prémédité ?

De mon point de vue, étant donné le lieu, la date et les acteurs, c'est-à-dire ceux qui ont fait cette action, il me semble qu’il s’agit davantage d’un attentat maquillé, dans le cadre d’une manifestation pour un pseudo film contre l’islam, que d’une manifestation contre un film contre l’islam.

Ce n’est pas la première fois qu’une représentation diplomatique est attaquée à Benghazi...

Ce n’est pas la première fois. Il y a eu d’autres attaques. Mais c’est la première fois qu’un ambassadeur en exercice, d’une grande nation, en particulier des Etats-Unis, est tué dans ces circonstances, puisqu’il a vraiment eu une mort atroce. Il a été ciblé personnellement avec ses adjoints.

Est-ce qu’il y a des groupes jihadistes bien identifiés à Benghazi ?

Oui, je crois qu’il existe un certain nombre de groupes, bien sûr, il y a beaucoup de groupes islamistes, mais en particulier des groupes jihadistes violents. Il en existe quelques-uns, dont Ansar al-Charia qui a perpétré cette action. A l’origine, c’est une brigade de rebelles qui porte ce nom-là, qui a participé notamment à la bataille de Syrte, – on s’en souvient – et qui par la suite n’a pas déposé les armes. Aujourd'hui, le noyau dur compte à peu près 300 personnes qui sont très actives à Benghazi et dans ses environs.

Ce groupe était-il proche du numéro deux d’al-Qaïda, Al-Libi, tué par un drone américain en juin dernier au Pakistan ?

C’est là qu’il y a des connexions, effectivement. Le numéro un d’al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, a appelé à venger Abou Yahya Al-Libi, qui était le numéro deux d’al-Qaïda et qui a été tué par un drone américain en juin dernier. On sait que dans le passé cet individu était très écouté par toutes les mouvances qui se réclament d'Ansar al-Charia, puisque Ansar al-Charia est un groupe international. Il existe un groupe équivalent au Yémen et en Tunisie.

Le 10 septembre, il y a donc eu un appel à venger la mort de Abou Yahya Al-Libi - Libyen d’origine - et le 11 septembre il y a eu cette action [au consulat américain de Benghazi, NDLR]. 

Le fait de s’attaquer à un symbole du pouvoir américain, un ambassadeur, le faire le 11 septembre et que ce soit cette brigade connue pour ses connexions avec al-Qaïda, tout porte à croire qu’on est véritablement dans une action de vengeance qui a employé une thématique récurrente : les œuvres ou les films concernant l’islam.

En réalité, lorsqu’on regarde le film en question, c’est un film de propagande néo-conservateur américain, qui est davantage dirigé contre Obama, dans la cadre de la course à la présidentielle américaine, que véritablement vers le monde musulman.

La première réaction du président américain Barack Obama est que l’attaque de Benghazi ne va pas rompre les liens entre les Etats-Unis et la Libye. On est véritablement dans un contexte très sensible et très dangereux, parce que, aux Etats-Unis, nous sommes dans la dernière phase de la présidentielle américaine, et les deux mois qui restent sont des mois très dangereux. Chaque camp, démocrate et républicain, est en train d’employer tous les coups bas possibles et imaginables.

Les républicains, qui sont des adversaires d’Obama l'attaquent aujourd’hui sur sa gestion des relations avec les pays musulmans. Ils veulent lui faire porter le fait qu’il n’a pas été assez dur à l’égard des pays musulmans.

Cette déclaration d’Obama qui tient à dire qu’il ne laissera pas les extrémistes prendre le pouvoir, a été déjà critiquée dans le camp républicain qui lui reproche d'essayer d'être avec les islamistes au lieu de penser à venger l’ambassadeur américain.

On est donc dans un jeu politicien qui risque de faire revenir sur le devant de la scène les néo-conservateurs américains, que l'on a vus sous l’administration Bush, face à des néo-fondamentalistes et islamistes, qui eux, veulent en découdre.

Voulez-vous dire que les agresseurs de Benghazi veulent peser sur les élections américaines de novembre prochain ?

Je ne crois pas que leur objectif était de peser sur les élections américaines. Mais de fait, il y a un jeu politicien aujourd’hui à l’intérieur de la Libye même, entre les différentes factions, à la fois libérales et islamistes, pour le contrôle de la nouvelle assemblée élue en juillet dernier. Et en même temps il y a un jeu pour pousser l’administration américaine, quelle que soit sa sensibilité, à partir de novembre prochain, à être plus interventionniste que ne l’a été Obama, au cours des quatre dernières années dans le monde musulman.

Les terroristes de Benghazi veulent-ils aussi isoler le nouveau régime libyen qui n’est peut-être pas assez islamiste à leurs yeux ?

Malheureusement, en Libye, en Tunisie, en Egypte, il y a une frange islamique radicale, qui est celle des salafistes jihadistes, notamment des groupes comme Ansar al-Charia, qui estiment que les gouvernements qui sont en place - même s’ils sont islamistes - ne sont pas assez islamistes à leurs yeux. Ils sont leurs challengers, et ils veulent pousser à la faute : le gouvernement islamiste, les gouvernements occidentaux, le futur gouvernement américain et l’administration américaine.

Est-ce que c’est le « printemps arabe » lui-même qui est menacé par ces terroristes de Benghazi ?

Effectivement, après tous les événements qu’on a vus à Tunis, après cette action d’envergure, spectaculaire et violente en Libye, après les manifestations équivalentes en Egypte contre l’ambassade américaine également.

Oui, je crois que le « printemps arabe » et surtout la transition démocratique dans les pays arabes, est aujourd’hui en danger, par le fait de ces groupes qui sont radicaux, qui sont irrécupérables – de mon point de vue – il faut absolument que les gouvernements, y compris islamistes dans les pays arabes, agissent très rapidement, avant que véritablement la situation ne devienne totalement incontrôlable.

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