Etats--Unis / Libye

Libye: l’enquête sur l’attaque «terroriste» du consulat américain progresse

Sur le portail du consulat américain gardé par un soldat libyen, des lettres d'habitants qui regrettent ce qui s'est passé. Benghazi, le 18 septembre 2012.
Sur le portail du consulat américain gardé par un soldat libyen, des lettres d'habitants qui regrettent ce qui s'est passé. Benghazi, le 18 septembre 2012. REUTERS/Asmaa Waguih
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La Maison Blanche a pour la première fois qualifié de « terroriste », l'attaque du 11 septembre dernier contre le consulat américain à Benghazi. L'ambassadeur américain en Libye, Christopher Stevens, et trois autres diplomates avaient été tués au cours de l'assaut. Jusqu'à présent, Washington refusait d'évoquer une attaque terroriste et privilégiait la thèse d'un débordement incontrôlé de la manifestation consécutive à la diffusion sur internet d'un film insultant l'islam.

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« D'évidence, ce qui s'est passé à Benghazi était une attaque terroriste », a annoncé, jeudi 20 septembre, le porte-parole de la Maison Blanche, à bord de l’avion présidentiel Air Force One. Avec cette déclaration et après une semaine de propos parfois contradictoires, l'administration américaine concède donc que l'assaut mené le 11 septembre était prémédité. Selon les premiers éléments de l'enquête dévoilés par la presse américaine, deux attaques se sont en fait déroulées. La première, vers 21h30, a ciblé le site du consulat sur trois côtés, à l'arme automatique. Les assaillants auraient ensuite versé du diesel au sol et mis le feu, afin de contraindre le personnel du consulat à sortir du bâtiment. C'est sans doute à ce moment-là que l'ambassadeur a été tué, asphyxié par les fumées.

La seconde attaque, peu après 2h du matin, a directement visé la villa où s'était réfugié le personnel qui se préparait à l’évacuation vers l'aéroport, à plus d’un kilomètre du consulat. Une équipe du département d’Etat venait d’arriver sur place, et les tirs avaient cessé depuis un moment. Plus sophistiqué et plus bref, ce deuxième assaut a été mené à coups de tirs de mortiers. « Les assaillants savaient ce qu'ils faisaient. Il s'agissait d'une embuscade », rapporte un garde libyen affecté à la sécurité des lieux dans les colonnes du New York Times.

De nombreuses questions en suspens

De nombreuses questions restent cependant en suspens, notamment sur l'identité des agresseurs. Les enquêteurs n’excluent pas que les auteurs de l’assaut soient affiliés à al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), une branche de la nébuleuse terroriste née en Algérie. Un ancien détenu de Guantanamo, Abu Sufian Ibrahim Hamouda, libyen, membre du groupe extrémiste Ansar al-Charia est également suspecté d’être lié à l’attaque. Aucune preuve ne corrobore l’implication de ces organisations terroristes, mais le niveau de coordination des assaillants semble attester d’une certaine expérience en la matière.

La sécurité du consulat en question

L'assaut suscite par ailleurs un débat aux Etats-Unis sur la sécurité du consulat américain de Benghazi. Le bâtiment n’a pas été conçu pour abriter une représentation diplomatique et la villa dans laquelle s’est réfugié le personnel à l’issue de la première attaque, ne disposait pas de dispositif de sécurité spécifique. Aucun soldat américain n’était déployé sur place. A Washington, les parlementaires républicains ont fait état de leur étonnement : « Je suis stupéfaite et écœurée d’apprendre que le dispositif de sécurité au consulat de Benghazi était insuffisant pour protéger le personnel, étant donné l’environnement à haut risque », a ainsi déclaré la sénatrice du Maine Susan Collins, citée par le Washington Post. La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a annoncé la mise sur pied d’une commission d’enquête, chargée d’étudier les mesures de sécurité en vigueur au moment des faits.

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