RDC

RDC: les rebelles du M23 prêts à quitter Goma

Le représentant de la branche politique du M23, Jean-Marie Runiga, le 17 octobre 2012 à Bunaganan.
Le représentant de la branche politique du M23, Jean-Marie Runiga, le 17 octobre 2012 à Bunaganan. AFP PHOTO / Junior D.Kannah

Dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), les rebelles du M 23 vont-ils se retirer de Goma, d'ici vendredi, sans conditions ? C’est ce qu’a affirmé, ce mardi 27 novembre, le chef d’état-major de l’armée ougandaise, Aronda Nyakairima – Kampala étant médiateur dans cette crise – après une rencontre avec le chef militaire du M23, le général Sultani Makenga. Cependant, le chef politique du mouvement rebelle, Jean-Marie Runiga, a énoncé de nouvelles conditions préalables à tout retrait. Le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Hervé Ladsous, a fait état mardi soir «d'indications selon lesquelles des éléments du M23 commencent à se retirer de Goma ».

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Contrairement aux apparences, « il n’y a pas de contradiction », assure Jean-Marie Runiga. Le chef politique du M23 a affirmé que le retrait des hommes armés de son mouvement, à 20 kilomètres au nord de Goma, d’ici jeudi midi, « n’est pas un problème » si certaines conditions sont, en même temps, remplies.

Il faut, pour cela, que les forces congolaises, les FARDC, ne reviennent pas en ville ; que Goma soit sous administration politique et administrative du M23 et que le mouvement puisse maintenir une centaine d’hommes à l’aéroport, aux côtés des FARDC et de la Monusco (Mission des Nations unies en RDC).

Invité de Christophe Boisbouvier, sur RFI, mercredi 28 novembre, Jean-Marie Runiga demande des preuves de bonne volonté des autorités de Kinshasa.

En même temps que nous nous retirons de Goma, il doit y avoir des actes de bonne volonté avant que les négociations proprement dites ne se fassent.

Jean-Marie Runiga

« C’est ce qui a été convenu par les présidents des pays des Grands Lacs lors du sommet de samedi dernier », précise le chef politique du M23. Et lors de ce sommet de Kampala, les présidents ougandais Yoweri Museveni, congolais Joseph Kabila, kényan Mwai Kibaki et tanzanien Jakaya Kikwete avaient aussi promis de « prendre en compte les revendications légitimes » des rebelles.

La réaction des autorités, à Kinshasa, ne s’est pas fait attendre. Ces exigences choquent Lambert Mendé. Joint par RFI, le porte-parole du gouvernement considère que le M23 – quoi qu’il arrive – n’a pas les capacités de rester à Goma.

Personne ne donnera, au M23, une partie de l’administration de Goma. C’est quoi, cette blague ?!

Lambert Mendé

Le M23 en position de force

En acceptant le retrait, le M23 donne ainsi des gages de bonne volonté, tout en restant en position de force. En assurant que le retrait de Goma, dans les prochains jours, « n’est pas un problème » le mouvement montre qu’il respecte la décision des chefs d’Etat des pays des Grands Lacs et qu’il se plie à leurs demandes. Cependant, ce retrait, à 20 km de la ville, ne signifie pas qu’il ne passera pas à l’offensive si l’armée congolaise revient à Goma.

Le chef politique du M23 insiste « si le général François Olenga met sa menace de contre offensive à exécution, nous nous réservons le droit de nous défendre ». Même s’ils se retirent, les hommes du M23 ne seront donc qu’à quelques kilomètres, sur les hauteurs de Goma, prêts à reprendre le contrôle de la capitale du Nord Kivu.

Ainsi, et parallèlement au retrait de Goma, le M 23 demande des actes de bonne volonté des autorités de Kinshasa avant l’ouverture de négociations directes avec le président Joseph Kabila qui cette fois-ci porteront, entre autres, sur la liberté de mouvement de l’opposant Etienne Tshisekedi ; sur la vérité au sujet de l’assassinat du défenseur des droits de l’homme, Floribert Chebeya ou encore sur la dissolution de la Commission électorale.

Le nouveau chef de l’armée terre remobilise ses hommes

Du côté de l’armée congolaise, on veut bien croire à un retrait volontaire du M23 tout en laissant planer la menace d’une contre offensive sur Goma au cas où le retrait ne se ferait pas. Le nouveau chef de l’armée de terre, le Général François Olenga dit qu’une trêve sera respectée pour leur permettre de se retirer « mais pour le reste » ajoute-t-il « il n’est pas question d’accéder à la revendication de voir Goma sans FARDC ».

Entre Bukavu et Minova, le général se livre, depuis trois jours, à des séances de mobilisation. Il passe partout pour les haranguer les troupes : « Vous ne devez plus fuir devant l’ennemi, vous portez l’uniforme pour protéger le Congo ». Le général Olenga insiste beaucoup sur la présence de traîtres au sein de l’armée. « Ceux qui commettent des exactions, ainsi que ceux qui démoralisent les soldats sont des traitres infiltrés » affirme-t-il. Et il s ’emporte parfois : « les traitres on va les fusiller ».

Le général Olenga est un vétéran ; il a pris les armes dès l’âge de quatorze ans, au début des années soixante, avec Laurent Désiré Kabila. Il nourrit l’ambition de faire renaitre la combativité dans l’armée. Il dit enfin avoir reçu les fonds nécessaires pour améliorer la nourriture des troupes.

Les chefs d’état-major des pays des Grands Lacs ont, quant à eux, annoncé un sommet vendredi, à Goma, pour s’assurer du retrait annoncé par le M23.

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