Accéder au contenu principal
ANC / Elections

L'ANC, cent ans d'existence et des divisions

Nelson Mandela, leader de l’ANC, le Congrès national africain, en 1961.
Nelson Mandela, leader de l’ANC, le Congrès national africain, en 1961.
Texte par : Nicolas Champeaux
7 mn

En Afrique du Sud, 4 500 délégués du Congrès national africain (ANC) choisiront leur président lors de la conférence du parti de libération à Bloemfontein. Le président Jacob Zuma brigue un deuxième mandat à la tête du parti. Il devrait aisément l'emporter face à Kgalema Motlanthe, qui rassemble derrière lui tous les déçus du président zulu. L'ANC a remporté haut la main toutes les élections depuis la chute du régime d'apartheid. Le mouvement, qui fête son centième anniversaire cette année, est profondément divisé.

Publicité

Le Congrès national indigène sud-africain, ancêtre de l'ANC, a été fondé le 8 janvier 1912. Durant les 30 premières années de son existence, le Congrès est dirigé par des notables noirs respectueux du pouvoir blanc. Vers le début des années 1940, Walter Sisulu, Oliver Tambo et Nelson Mandela, surnommés les « jeunes lions » en raison de leur fougue, réveillent le mouvement. Ils fondent la ligue des jeunes de l'ANC et s'opposent à l'institutionnalisation de l'apartheid, par le biais de grèves et de boycott.

En 1952, leur campagne de désobéissance civile, emmenée par Nelson Mandela, rencontre un franc succès. Des milliers de Sud-Africains défient le régime et brûlent les passeports intérieurs imposés aux Noirs. L'ANC, pour la première fois de son histoire, peut revendiquer une réelle assise populaire. Le mouvement adopte en 1955 à Kliptown son texte fondateur : la Freedom Charter, ou charte de la liberté, en présence de dizaines de milliers de militants et sympathisants venus de tout le pays. La charte prône l'égalité et les mêmes droits pour tous, quels que soient la race, la couleur ou le sexe.

Clandestinité

En 1960, 69 personnes sont tuées par la police à Sharpeville lors d'une manifestation qui n'était pas organisée par l'ANC mais par son concurrent, le Pan African Congress. Le gouvernement d'apartheid décrète l'état d'urgence et bannit l'ANC. Ses chefs entrent dans la clandestinité et fondent la branche armée du mouvement, l'Umkhonto We Sizwe, qui organisera des campagnes de sabotages, avec le souci d'épargner des pertes civiles.

En 1962, Nelson Mandela et la plupart des cadres du mouvement sont arrêtés dans une de leurs caches à Rivonia en banlieue de Johannesburg. Ils sont emprisonnés à Robben Island, au large du Cap. Oliver Tambo et Thabo Mbeki prennent la tête de l'ANC en exil et mobilisent la communauté internationale pour dénoncer les injustices du régime ségrégationniste. Ils mettent également sur pieds des camps d'entraînement dans des pays amis en Afrique australe, et envoient les jeunes éléments prometteurs se former en Grande-Bretagne et en Russie.

Pendant ce temps là, Walter Sisulu, Ahmed Kathrada, Nelson Mandela et Govan Mbeki transforment la prison de Robben Island en une véritable université ANC. Ils initient les prisonniers à la politique et à l'histoire du mouvement de libération. Mandela transmet aussi à ses visiteurs des consignes destinées aux membres de l'ANC qui continuent de militer pour la cause du mouvement dans la clandestinité.

Le tournant de Soweto

Les émeutes de Soweto de 1976 sont un tournant dans la lutte contre le régime d'apartheid. En juin 1976, la police ouvre le feu pour disperser les lycéens noirs qui protestaient contre l'enseignement de leurs leçons en Afrikans, la langue de l'oppresseur. Le sang coule et la communauté internationale s’indigne. C'est le début de l'isolement de l'Afrique du Sud et les premiers embargos. Encore une fois, l'ANC n'était pas à l'origine de cette révolte, menée par des jeunes inspirés par le mouvement de la conscience noire de Steven Biko, mais le Congrès parvient à recruter les jeunes issus du mouvement, notamment en prison.

Vers la fin des années 80, le régime d'apartheid est aux abois. Isolé sur le plan international, le gouvernement est menacé par une ébullition contestataire qui se propage à travers les townships du pays. De nombreux jeunes blancs refusent d'accomplir leur service militaire, et les acteurs économiques supplient le gouvernement de céder.
Le ministre de la Justice Kobie Coetsee et le chef des renseignements Neil Barnard approchent Mandela en prison, et commencent à libérer des cadres du mouvement.
En février 1990, le président Frédérik de Klerk décide de lever l'interdiction de l'ANC et annonce la prochaine libération de Nelson Mandela.

Mandela prend la tête de l’ANC en 1991 et engage des négociations avec le gouvernement blanc sur les modalités de la transition et l'organisation des premières élections multiraciales, que Mandela emportera haut la main le 27 Avril 1994. Au pouvoir, Mandela se veut le chantre de la réconciliation et pose les premières pierres de la nation arc en ciel, tandis que son vice-président Thabo Mbeki gère les affaires courantes du pays. Mandela lui cède la présidence du parti en 1997, et Thabo Mbeki remporte les élections suivantes. Vingt après la chute de l’apartheid, l’Afrique du Sud est le pays où les inégalités économiques et sociales sont les plus marquées, mais les noirs continuent de voter ANC par réflexe affectif, car le parti les a libérés du joug de l’apartheid.

La victoire de Zuma

Les deux mandats de Mbeki sont ternis par le « arms deal », un scandale de corruption lié à des ventes de frégates. Mbeki s’obstine aussi à nier la menace du virus VIH. Thabo Mbeki, qui a étudié en Grande-Bretagne, est aussi jugé froid, hautain, éloigné de la base du parti qui lui reproche de consacrer trop de temps à la politique étrangère et aux rencontres diplomatiques, au lieu de se préoccuper des défis de ses concitoyens. Jacob Zuma, un populiste polygame, qui avait dirigé les services de renseignements de l'ANC durant l’apartheid, lui ravit la direction du parti lors d'un congrès fratricide à Polokwane en décembre 2007.

Neuf mois plus tard, l'ANC réalise un coup de force. Le comité exécutif national du parti décide de débarquer Thabo Mbeki, accusé d’instrumentaliser la justice pour enrayer l’ascension de Jacob Zuma. Thabo Mbeki respecte la discipline du parti et présente sa démission. Il est remplacé durant huit mois par le numéro deux de l’ANC, Kgalema Mothlante, jusqu' à l'élection de Zuma en 2009. Des partisans de Zuma, emmenés par l’ancien ministre de la Défense Mosiuoa Lekota, font sécession et fondent le Cope, qui enregistre un faible score aux élections de 2009.

Un parti divisé

En 2012, le parti est profondément divisé sur le front idéologique, et les disputes liées à la conquête de postes ont aussi laissé des traces. Après avoir hésité, Motlanthe a finalement décidé de défier Zuma. Il est soutenu par un groupe de partisans pour le moins hétéroclites. Ce groupe inclut en effet la ligue des jeunes, qui réclame la nationalisation des mines, mais aussi des libéraux proches de Mbeki. Zuma devrait néanmoins se maintenir à la tête d’un parti centenaire qui a conservé des règles de fonctionnement internes archaïques.

Les membres des branches de l’ANC dans les provinces désignent leurs candidats pour les six plus hauts postes du parti seulement quinze jours avant la tenue du congrès électif. Les candidats n’ont pas le droit de faire campagne au cours d’un procédé électoral opaque qui ne fait aucune place au débat.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.