Algérie

Prise d'otages d'In Amenas en Algérie: la grande inquiétude des Occidentaux

Le complexe gazier d'In Amenas est situé dans le sud-est algérien, à une centaine de kilomètres de la frontière libyenne.
Le complexe gazier d'In Amenas est situé dans le sud-est algérien, à une centaine de kilomètres de la frontière libyenne. REUTERS/Kjetil Alsvik / Statoil/Handout
Texte par : RFI Suivre
8 mn

Après l'intervention lancée par l'armée algérienne pour tenter de libérer les otages retenus sur le complexe gazier d'In Amenas dans le sud-est de l'Algérie, c'est l'inquiétude et le mécontentement qui dominent les réactions occidentales. L'opération aurait fait de nombreux morts et les pays dont des ressortissants figurent parmi les otages redoutent un bilan particulièrement lourd.

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Avec nos correspondants à Londres, Washington et Dublin, Muriel Delcroix, Jean-Louis Pourtet, Hervé Amoric

La Grande-Bretagne a fait part jeudi soir de ses regrets de ne pas avoir été informée plus tôt de ce qu'envisageaient de faire les autorités d'Alger, tandis que David Cameron indiquait s’attendre à de « mauvaises nouvelles ». Le gouvernement britannique a assisté impuissant au dénouement brutal de cette prise d’otages et ne cache pas sa frustration alors que la situation demeure très confuse.

Pour les autres otages, avec donc parmi eux des Britanniques et des Ecossais, les informations sont contradictoires. Depuis le début de la crise, le cabinet de David Cameron a tenu cinq réunions « Cobra », des réunions d’urgence destinées surtout à communiquer avec les différents gouvernements impliqués et notamment le gouvernement algérien.

Londres avait proposé mercredi d’apporter son soutien pour dénouer la crise, une offre refusée par Alger. Les autorités britanniques avaient également souhaité que des négociations puissent être maintenues aussi longtemps que possible. Au lieu de cela une intervention armée a été décidée et menée à peine 24 heures après la prise d’otages.

David Cameron qui ne l’a appris que dans la matinée n’a pas manqué de signifier son mécontentement en faisant savoir à son homologue algérien qu’il aurait préféré être prévenu à l’avance. Mais en coulisses, le ton est beaucoup moins diplomatique et ses conseillers décrivent un Premier ministre furieux pour qui Alger devra répondre à de nombreuses et difficiles questions.

Les Etats-Unis essaient d’obtenir des « éclaircissements »

L’administration Obama fait preuve de la plus grande discrétion sur la situation, expliquant que celle-ci restait très fluide et que Washington ne voulait pas compliquer les choses en parlant trop. Le porte-parole de la Maison Blanche a déclaré que les Etats-Unis condamnaient avec force l’attentat terroriste contre le personnel et les installations de BP, qu’ils s’inquiétaient du sort des otages, et qu’ils essayaient d’obtenir d’Alger des « éclaircissements » sur le raid contre l’usine de gaz.

Le département d’Etat n’a guère été plus disert, disant simplement qu’Hillary Clinton continuait d’être en contact avec le Premier ministre Abdelmalek Sellal. Le ministère s’est refusé à dire si le gouvernement algérien avait prévenu à l’avance Washington de ses intentions, et s’il avait demandé une aide des Etats-Unis.

Selon le correspondant de la NBC au Pentagone, la réponse est « non » aux deux questions. Un drone de surveillance aurait survolé le complexe gazier, mais il est arrivé une fois l’assaut des forces algériennes terminées. Washington avait offert de fournir de l’équipement militaire, mais l’offre avait été ignorée.

Selon CBS citant un responsable américain, quatre otages américains figureraient parmi ceux libérés, mais cette information n’a pas encore été confirmée.

« Profonde préoccupation » au Japon

Plus tôt dans la journée jeudi, Tokyo avait réagi avec virulence. Les Japonais avaient appelé les Algériens à cesser immédiatement leur opération militaire. En visite à Bangkok, le Premier ministre nippon Shinzo Abe a appelé son homologue algérien pour lui demander de « considérer la vie des personnes comme la plus haute priorité ». Il a par ailleurs exprimé sa « profonde préoccupation » sur le déroulement de l'assaut.

Toujours hier soir, jeudi, le président français François Hollande a quant à lui déclaré que la crise « semblait se dénouer dans des conditions dramatiques ».

Le soulagement des Irlandais

L'unique bonne nouvelle est finalement pour l'Irlande dont le seul ressortissant retenu captif, Stephen McFaul, 36 ans, a été libéré par le groupe islamiste.

Au nord comme au sud de l’île, on pousse un immense soupir de soulagement. Dans l’ouest catholique de Belfast, en particulier, après 48 heures d’enfer, les McFaul revivent depuis que Stephen les a appelés au téléphone aussitôt libéré. Devant les reporters et le député local qui s’étaient pressés dans la maison familiale, le fils de 13 ans de l’otage n’a pas caché sa joie et son impatience d’aller chercher son père à l’aéroport. Mais au même moment, une autre famille nord-irlandaise, sur la côte nord d’Antrim vit des moments difficiles. Le député local Ian Paisley a confirmé qu’un habitant de sa circonscription, qui, contrairement à Stephen portait un passeport britannique et non un passeport irlandais, pouvait bien être parmi les autres otages.

L’Irlande n’avait pas prêté grand intérêt à l’opération militaire française au Mali. Mais cette prise d’otages en Algérie pourrait bouleverser la situation.

Cette nuit de jeudi à vendredi, l'armée algérienne ne maîtrisait qu'une partie du site. La situation ne serait donc pas complètement sous contrôle après l'assaut lancé hier, jeudi, par les forces de sécurité.

« Toutes les mesures ont été prises » pour obtenir la libération des otages sains et saufs, assurait hier soir le ministre algérien de la Communication Mohammed Said Belaid dans une première déclaration officielle.

Dans la matinée de jeudi, des discussions ont été engagées mais les ravisseurs ont tenté de quitter le site gazier avec des otages. L'armée a donc lancé l'assaut en fin de matinée. Les autorités n'ont pas donné de détails.

De leur côté, dans leurs communiqués, les ravisseurs ont affirmé que des hélicoptères de combat avaient pilonné le site d'hébergement. Selon l'APS, l'agence de presse officielle cette opération aurait permis à 600 travailleurs algériens d'être évacués par l'armée. Ces Algériens n'étaient pas pris en otage au même titre que les étrangers, ils avaient reçu l'interdiction par les ravisseurs de quitter le site.

Les ravisseurs parlent de 34 otages tués et de 15 morts dans leurs rangs, un bilan non confirmé et encore impossible à vérifier.

De source officielle, on en sait tout de même un peu plus sur les ravisseurs qui seraient de « différentes nationalités », selon Alger. Revenant sur ses précédentes déclarations, le ministre algérien de l'Intérieur a assuré que les assaillants venaient de Libye et il a confirmé que l'opération avait été planifiée sous la direction de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar.

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