Nigeria / France

Otages français: l'étonnante revendication de Boko Haram

Les sept Français circulaient au nord du Cameroun à bord de leur 4x4 au moment de l'enlèvement.(photo prise le 19 février).
Les sept Français circulaient au nord du Cameroun à bord de leur 4x4 au moment de l'enlèvement.(photo prise le 19 février). AFP PHOTO

Il a fallu attendre six jours pour en avoir confirmation. Elle est intervenue ce lundi 25 février par le biais d’une vidéo postée sur internet. Les ravisseurs des sept Français capturés dans le nord du Cameroun mardi 19 février se réclament de Boko Haram, cette secte islamiste implantée dans le nord du Nigeria. Une revendication qui, bien qu’attendue, est surprenante.

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La revendication est surprenante. Car Boko Haram n’a jamais perpétré d’enlèvements. Elle est également inhabituelle parce que l’homme en treillis enturbanné que l’on voit au premier plan de la vidéo s’exprime en arabe et non en haoussa – la langue la plus parlée dans le nord du Nigeria –, comme le fait d’ordinaire la secte. Et pas une seule fois le leader de Boko Haram, Abubakar Shekau, n’est mentionné.

Par ailleurs, alors que le combat de Boko Haram s’inscrit traditionnellement dans des problématiques internes au Nigeria, les ravisseurs demandent non seulement la libération de leurs membres emprisonnés dans le pays, mais aussi au Cameroun. Leurs revendications dépassent des intérêts personnels et revêtent la forme d’une lutte plus large, avec une prise d’otages présentée comme une réponse à « cette guerre contre l’islam que le président français François Hollande aurait engagée ». Une référence à l’opération Serval qui se déroule en ce moment au Mali.

A ce stade, la prudence reste de mise du côté nigérian. Les autorités n’ont pas encore authentifié la vidéo. Si ce sont bien des membres de Boko Haram que l’on voit à l’écran, ce serait donc la première fois que la secte nigériane revendique un enlèvement d’étrangers. Ce serait aussi la première fois qu’elle se place dans une logique jihadiste régionale, voire internationale. Il s’agirait donc d’un changement de stratégie et d’une radicalisation du mouvement, dans la veine d’al-Qaïda au Maghreb islamique.

Où se trouvent les otages ?

Selon les dires de leurs ravisseurs, les otages seraient détenus à la frontière entre le Nigeria et le Cameroun. Or, depuis jeudi dernier, les forces de sécurité nigérianes ont laissé entendre que les ravisseurs et leurs otages se trouvaient à l’extrême nord-est du Nigeria, précisément dans l’Etat de Borno au nord de la localité de Dikwa, dans les environs de Ngala, à peu près au niveau du lac Tchad.

Rien ne permet cependant d’affirmer qu’ils s’y trouvent encore car on ne sait pas quand cette vidéo a été tournée. Ce lundi soir, les autorités ont simplement indiqué que les opérations se poursuivaient, sans plus de précisions. Aucune information supplémentaire n’a été donnée quant à la nature de ces opérations et sur d’éventuels contacts avec les preneurs d’otages.

Mais d’après les témoins sur place, il y a eu ces derniers jours un ballet d’officiels. Le contrôleur général de l’Immigration s’est déplacé. Des chefs religieux du nord du Cameroun se sont également rendus à Dikwa et ils ont rendu visite aux leaders politiques et religieux de la zone. Des habitants ont, par ailleurs, affirmé que des véhicules militaires se dirigeaient dimanche vers le nord. Et lundi matin, deux hélicoptères nigérians ont survolé la zone.

Une revendication dans un arabe parfait, sans mention du leader de la secte Aboubacar Shekau, et des demandes de libération de membres emprisonnés au Nigeria mais aussi au Cameroun. A bien des égards, cette vidéo diffusée lundi 25 février sur internet marque un glissement de stratégie de Boko Haram qui n’est pas sans rappeler al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

A côté d’une aile politique qui s’occuperait des affaires intérieures nigérianes, il faudra désormais compter sur une tendance plus radicale et internationale qui n’hésite pas à enlever des expatriés, de surcroît à l’extérieur du pays. Une première pour la secte qui jusque-là s’en prenait plus au pouvoir nigérian et à ses symboles, via des attentats tous azimuts, qu’aux étrangers eux-mêmes.

Cela dit, le contexte national et régional a changé. Au Nigeria, le groupe Ansaru est monté en puissance ces derniers mois en multipliant les rapts d’étrangers. Et il n’est pas exclu que Boko Haram entende désormais rivaliser avec eux.

Quant au conflit contre les jihadistes du nord du Mali, il a durci les positions des islamistes à l’égard de la France. Cet enlèvement est d’ailleurs présenté comme une réponse à « cette guerre contre l’islam », menée par le chef de l’Etat français, François Hollande.
 

 

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