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Mali: «Je vois mal l'armée française partir et laisser le travail inachevé»

Le général Shehu Abdulkadir, commandant en chef de la Misma (debout), lors d’une réunion avec les chefs de la Cédéao. Bamako, le 15 janvier 2013.
Le général Shehu Abdulkadir, commandant en chef de la Misma (debout), lors d’une réunion avec les chefs de la Cédéao. Bamako, le 15 janvier 2013. Photo AFP / Issouf Sanogo

« Désormais, nous sommes au coeur du conflit », lâche le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, après les accrochages meurtriers de ces derniers jours dans le nord-est du Mali. Combien de temps va vraiment rester l'armée française dans ce pays ? Et dans quel délai les forces africaines de la Misma seront-elles en mesure de prendre le relais ? Questions posées à l'ancien président burundais Pierre Buyoya,  représentant spécial de la Commission de l'Union africaine au Mali, et chef de la Mission internationale d'appui au Mali (Misma).

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RFI : D’ici combien de temps la Misma sera-t-elle en mesure de prendre le relais de l’armée française au Mali ?

Pierre Buyoya : La Misma est en place et déjà elle travaille étroitement avec l’armée française. Et nous venons de réviser le concept d’opération de la Misma de telle manière que si l’armée française se retire d’ici un mois, deux mois, trois mois, nous soyons en mesure de gérer la situation.

De retour d’une mission au Mali, deux sénateurs américains sont très sceptiques sur les capacités de la Misma. Les soldats africains ne sont pas prêts pour se battre dans le désert, affirme Christopher Coons à Washington.

Ce sont des opinions mais je vois que les soldats africains sont au combat à Gao, à Kidal, dans les montagnes des Ifoghas. C’est donc une opinion que je ne partage pas. Peut-être les capacités des Africains sont limitées au niveau de l’appui aérien, mais cela ne traduit pas le manque de volonté de se battre.

Vous parlez de Gao. Depuis deux semaines, les jihadistes lancent des opérations commandos sur la ville. Si demain les soldats français s’en vont, est-ce que les soldats africains de la Misma seront en mesure de protéger cette ville ?

Les soldats africains seront en mesure. Je vois quand les jihadistes attaquent Gao, ils sont repoussés par des Africains et par des Français, ensemble. Il faudra donc prendre des mesures nécessaires pour que les Africains puissent faire le travail tout seul. Il faudra les renforcer en terme d’appui aérien provenant des pays africains, mais aussi provenant d’autres pays, peut-être même de la France. Ce n’est pas exclu que la France puissent continuer à opérer en appui aux forces africaines.

Est-ce que l’Afrique du Sud et peut-être votre propre pays, le Burundi, pourraient apporter leur concours ?

Le Burundi est déjà engagé pour fournir un bataillon d’infanterie et une compagnie de génie pour intervenir.

Vous avez parlé de l’Adrar des Ifoghas. Vendredi dernier, 22 février, a eu lieu la plus grande bataille de la guerre : 23 morts côté tchadien, 93 côté jihadiste dans ce massif du nord-est du Mali. Comme dit le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, on est maintenant au cœur du conflit. Est-ce que l’armée tchadienne va pouvoir tenir le choc ?

A Abidjan hier, mardi 26 février, il y avait le conseil de médiation et de sécurité de la Cédéao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) auquel participait le ministre tchadien de la Défense. Il a déclaré à ses homologues que les pertes que son pays a subies ne vont en rien diminuer sa volonté et sa détermination de servir dans la Misma pour la libération du Nord du Mali.

Combien de temps doit encore rester l’armée française ?

Il serait vraiment péremptoire pour moi de donner des délais à l’armée française. Ce que je souhaite, c’est que son retrait soit progressif et surtout que pendant un temps suffisamment long, l’armée française continue à fournir l’appui aérien par la force africaine.

Et quand Paris dit que l’armée française devrait commencer à se désengager d’ici la fin de ce mois de mars. Est-ce que ce n’est pas trop tôt ?

Mais si vous voyez l’engagement de la France, c’est depuis le début que le discours des autorités françaises a varié avec l’évolution de la situation sur le terrain. Je vois mal cette armée partir et laisser le travail inachevé.

Vous voulez dire qu’au vu des dernières attaques de la guérilla jihadiste, les déclarations françaises de début février étaient peut-être trop optimistes ?

L’attitude de ce pays va dépendre de comment le travail de neutralisation des jihadistes et de reconquête du nord du Mali va avancer.

C’est plus dur que prévu ?

C’est plus dur que prévu évidemment.

Donc les Français vont peut-être rester plus longtemps que prévu ?

C’est à eux de tirer la conclusion.

Lundi 25 février, lors d’une réunion à Abidjan, la Cédéao a augmenté la facture pour la Misma : les 450 millions de dollars promis à Addis-Abeba ne suffisent pas, il faut le double, a dit le ministre ivoirien des Affaires étrangères Charles Koffi Diby. Le problème, c’est que pour l’instant, on ne voit pas vraiment la Misma sur le terrain. Est-ce que vous ne craignez pas que la communauté internationale finisse par se lasser ?

Mais la Misma est déployée sur le terrain à 70%. Et aujourd’hui il est question de tripler les effectifs. Il est donc normal que le budget augmente aussi mais la Misma est bel et bien déployée sur le terrain.

Vous dites qu’elle est sur le terrain. Mais est-ce qu’elle est sur le front ou à l’arrière ?

Les Tchadiens sont sur le front à Kidal, dans les montagnes des Ifoghas. Le Tchad est bel et bien intégré à la Misma. Les Nigérians sont au front dans la région de Gao.

Des exactions sont commises par l’armée malienne contre des civils arabes et touaregs, notamment à Tombouctou. Qu’est-ce que vous pouvez faire pour empêcher cela ?

La priorité est donnée au déploiement des observateurs des droits de l’homme. Et le 1er mars, nous comptons déployer 50 observateurs des droits de l’homme, mais ils sont en train d’être mis en place. Et c’est une des mesures qui peut contribuer à diminuer ce genre d’abus.

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