Centrafrique

RCA: les rebelles de la Seleka sont désormais aux abords de Bangui

Combattants de la rébellion Seleka.
Combattants de la rébellion Seleka. AFP PHOTO / SIA KAMBOU

Les rebelles centrafricains de la Seleka ont annoncé le 23 mars être aux portes de Bangui. Ils ont même revendiqué être entrés dans la capitale, mais les autorités ont démenti. La Seleka exige que le président François Bozizé quitte le pouvoir, et que les Forces armées centrafricaines ne combattent pas. Le chef de l'Etat n'a fait aucune déclaration samedi. Les habitants de Bangui attendent désormais dans l'angoisse la suite des événements. La France demande à ses ressortissants de rester chez eux.

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Les tirs se sont tus hier au soir à la lisière de Bangui mais toute la journée du 23 mars a été marquée par une sérieuse progression des éléments de la Seleka. Selon plusieurs sources, une colonne de rebelles était postée hier soir au niveau du PK 12, soit à douze kilomètres du centre-ville et du palais présidentiel.

J'ai vu la Seleka entrer dans Bangui

Un habitant du quartier PK 12 (entrée principale de Bangui)

 

La journée de samedi a été marquée par des accrochages à répétition entre les rebelles et les forces gouvernementales appuyées par des soldats sud-africains et l’on peut craindre une reprise des combats aujourd’hui dimanche 24 mars. 

Le président Bozizé a remis ses habits de général en partant au front au nord de Bangui. Les habitants de la capitale, eux, vivent dans la terreur. Les plus riches, c'est-à-dire une infime minorité, ont pu faire quelques réserves. Les autres attendent la suite des événements naviguant entre peur et fatalisme.

Bangui appartient désormais aux hommes en armes. Tout l’après-midi, des soldats équipés de lance-roquettes, de kalashnikov ou de mitrailleuses patrouillaient sur des pick-up.

La France, qui se voit accusée pêle-mêle de ne pas intervenir ou de soutenir en sous-main la déstabilisation du pays a commencé à renforcer son dispositif pour évacuer ses ressortissants le cas échéant. Des militaires ont commencé à arriver de Libreville. Bangui a désormais les allures d’un volcan prêt à entrer en éruption à tout moment.

Pour sa part, le général Noël Léonard Essongo, représentant du médiateur Denis Sassou Nguesso, s'adresse à la Seleka afin qu'elle ne s'en prenne pas à la population.

Nous demandons aux troupes de la Seleka, qui sont aux abords de Bangui, de ne pas commettre d'impair. Elles ont certainement des objectifs ciblés. Mais il ne faudrait pas que les populations aient à souffrir des affres de cette guerre-là.

Le général Noël-Léonard Essongo

 Les rebelles de la Seleka ont coupé l'électricité en arrivant hier à Bangui. Toute la ville est plongée dans le noir, une tactique militaire,  explique l'un des porte-parole du mouvement. Mais les habitants de la capitale ont mal vécu cette nuit sans électricité.

Nous sommes dans l'obscurité, il n'y a plus d'électricité, pas de radio... Et surtout pas de ravitaillement car la route est bloquée.

Un habitant de Bangui quartier PK 10 proche de la base sud-africaine

Les habitants de Bangui ont peur

Bangui est une cité militarisée. Dans les rues, les civils ont laissé la place aux militaires bien armés, sur des voitures surmontées de mitraillettes. Dans les quartiers de la capitale, l'angoisse a envahi tous les esprits. Les habitants, qui ont encore en mémoire les événements de 2003 avec l’arrivée au pouvoir du président Bozizé, craignent que ce scénario se répète.

Il y a dix ans, la capitale a été le théâtre de tueries, de viols, de pillages. Et les promesses de la Seleka d’une entrée dans la ville sans exactions ne sont guère convaincantes. Aucun couvre-feu n’a été officiellement décrété, mais passé 18h00, personne ne se hasarde dans les rues. Plus tôt dans la journée, quelques personnes sont sorties faire des provisions. Mais il s’agit là d’une infime minorité de la population qui détient un peu d'argent.

La journée d’hier a été une longue journée pour de nombreux habitants de Bangui. Beaucoup n’ont plus les moyens de se nourrir et tous redoutent de voir leur ville transformée en champ de bataille.

 

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