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Entretien / France

Christophe Guilloteau, député UMP: «Serval bénéficie au Livre blanc»

Un véhicule blindé français, près de Gao, le 9 mars dernier. Le quatrième Livre blanc de la Défense prévoit des baisses de moyens dans l’armée, mais un renforcement de ceux destinés à l’Afrique.
Un véhicule blindé français, près de Gao, le 9 mars dernier. Le quatrième Livre blanc de la Défense prévoit des baisses de moyens dans l’armée, mais un renforcement de ceux destinés à l’Afrique. REUTERS/Emmanuel Braun

L’Afrique est l’une des priorités du Livre blanc de la Défense dévoilé lundi 29 avril en France. Et ce, alors que l’armée française est engagée depuis le 11 janvier au Mali. Quel bilan et quelles leçons tirer de cette opération Serval au moment où la France commence son retrait ? Christophe Guilloteau est député UMP (opposition), membre de la commission de Défense, membre de la commission du Livre blanc, et rapporteur de la mission d’information parlementaire sur l’opération Serval. De retour d’une tournée au Mali, il répond aux questions de Charlotte Idrac.[ Cette interview a été réalisée avant l'annonce lundi 29 avril de la mort du soldat français à l'extrême nord du Mali]

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RFI : Vous revenez donc d’une mission au Mali. Là-bas, le démontage Serval vient de commencer. Quel est le moral des troupes ?

Le moral des troupes est absolument bon et extraordinaire. Les objectifs, d’après ce que j’ai vu et ce qu'il nous a été expliqué, sont remplis et la zone des Adrars où était réfugiée la dernière partie des jihadistes est aujourd’hui, comme on dit en termes militaires, une « zone nettoyée ».

Mais les jihadistes, on le voit, conservent une capacité de nuisance.

C’est ça la difficulté. Les derniers qui restaient sont partis sur les pays étrangers, mais d’autres se sont fondus dans la population. On en est certain. Un jihadiste qui se rase la barbe, c’est un citoyen comme tout le monde. C'est impossible de l’identifier, même si aujourd’hui on a dans les villages des hommes et des femmes qui désignent tel ou tel. Aujourd’hui, 650 prisonniers jihadistes sont partis sur Bamako en attente d’être jugés.

Sur ce terrain difficile du nord du Mali, c’est la logistique qui a souvent dicté la manœuvre à l’armée française. Est-ce que l’armée française a été à la hauteur, selon vous ?

L’armée française a été à la hauteur. Le président de la République a décidé d’engager le feu le 11 janvier. Dès le 11 janvier après-midi, les premières frappes commençaient avec nos commandos. Ce sont des tonnes et des tonnes de matériel qui sont arrivées soit par bateau, soit par les pays pré-positionnés comme le Tchad et la Côte d’Ivoire. Sur un combat aussi intense, cela montre qu’on a une belle armée, une armée extraordinaire. Certes, elle a peut-être des trous capacitaires dans le ravitaillement, peut-être dans le drône, mais pour le combat au sol, nos hommes -et les femmes aussi-, n’ont manqué de rien, n’ont pas manqué de munitions, pas manqué de moyens, pas manqué de radios, dans un terrain très difficile.

Il y a quand même eu manifestement des gros problèmes de maintenance, des hélicoptères Tigre qui n’ont pas pu voler faute de pièces détachées. Est-ce que ça peut servir de leçon ? Est-ce que l’armée aurait pu mieux faire sur ce plan-là ?

On a eu des problèmes de maintenance très simples, par exemple la maintenance des chaussures. Il se trouve que dans les Adrars, il a fallu d’un seul coup réapprovisionner à cause d'une pierre coupante, tranchante et qu’on a réapprovisionné avec les soldats qui étaient à Bamako et qui n’avaient pas besoin de leur deuxième paire de chaussures. Celles qui sont venues de France ont été bloquées par la neige, ce qui est extraordinaire pour envoyer à des gens qui sont sous une chaleur de 45°. On a eu des hélicoptères qui ont été bloqués pour un problème de tir. On n’a pas eu de difficulté de matériel mais du matériel qui a souffert à cause des chaleurs importantes. Entre Bamako et Gao, c’est trois heures d’avion. C’est un import de matériel qui est compliqué. Quand nos hommes sont montés de Côte d’Ivoire avec le matériel, ils ont roulé pendant deux jours et trois nuits sans s’arrêter, pour amener dans les plus brefs délais le matériel qu’il nous fallait. Il faut aussi nourrir les hommes. Il faut faire en sorte que tout suive. Ce qui montre que nos pré-positionnements en Afrique sont indispensables.

Vous confirmez le soutien logistique de l'Algérie à la France ?

L’Algérie a apporté ses services de renseignement aussi, amené des moyens en ravitaillement essence pour nos hélicoptères. L’Algérie est un partenaire. Ils sont à nos côtés.

Vous êtes également membre de la commission du Livre blanc qui vient d’être dévoilé en France. Est-ce que cette opération Serval a pesé, selon vous, sur les grandes lignes du Livre blanc ?

Serval a beaucoup servi au Livre blanc dans la posture Afrique et a fait en sorte que certains, qui considéraient qu’on devait désengager encore plus au-delà l’Afrique, se sont aperçus que ce n’était pas une bonne idée. Si nous n’avions pas eu des forces pré-positionnées et au Tchad, et surtout en Côte d’Ivoire avec l’opération Licorne, on n’aurait pas pu répondre à l’appel des Maliens avec autant de rapidité. Serval sera bénéfique au Livre blanc.

Est-ce que vous pensez que l’opération Serval, avec une capacité d'intervenir rapidement, et puis ensuite laisser la main pour la stabilisation, pourrait à l’avenir servir de modèle à d’autres opérations extérieures de la France ?

Cela peut nous servir de modèle mais aussi à d’autres pays. On ne va pas laisser la main complètement, car l’objectif est de laisser 1 000, 1 500 personnes. La France ne peut pas partir tout de suite, elle doit rester au Mali parce que sa tâche n’est pas finie. Mais ce que nous avons fait est unanimement reconnu. Je suis allé plusieurs fois en Afghanistan où la France était dans un groupe de 47 pays, sous dominance américaine. Au Mali, à l'inverse, on est les patrons dans la décision, dans le choix des cibles, des objectifs. Et ça a amené aussi le respect de certains autres pays européens qui pensaient que la France était en train de devenir une force militaire de deuxième rang. On a montré qu’on était une force militaire de premier rang. D’autres pays auraient été dans l’incapacité de faire un déploiement et des opérations militaires comme Serval.

Je suis intimement convaincu que nos gouvernants sauront en tirer des conclusions pour la future loi de programmation militaire et surtout pour le futur budget. Il faudra aussi se poser une autre question : il serait peut-être temps maintenant d’imaginer un Livre blanc de la Défense européenne. Et dire à nos amis anglais, allemands, polonais de se mettre autour de la table afin de proposer une vraie force d’interposition où l'on mutualise les uns, les transports, les autres, les combats, et faire en sorte que si on devait aller une autre fois quelque part, réfléchir à une posture européenne.

Reportage à Gao de David Baché

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