66e Festival de Cannes

«La Vie d’Adèle» d’Abdellatif Kechiche décroche la Palme d’or dédiée à la jeunesse de France et de Tunisie

Abdellatif Kechiche avec ses actrices Léa Seydoux (à gauche) et Adèle Exarchopoulos lors de la remise de la Palme d’or 2013 au Festival de Cannes.
Abdellatif Kechiche avec ses actrices Léa Seydoux (à gauche) et Adèle Exarchopoulos lors de la remise de la Palme d’or 2013 au Festival de Cannes. REUTERS/Eric Gaillard

C’est le choc charnel du 66e Festival de Cannes qui a décroché ce 26 mai la première Palme d’or française depuis 2008. Le Jury a décerné la plus prestigieuse distinction du cinéma « aux trois artistes du film » qui font vivre cette histoire très sensuelle d’amour lesbienne : le réalisateur franco-tunisien Abdellatif Kechiche, l’actrice Léa Seydoux et la révélation féminine du Festival, Adèle Exarchopoulos. Le prix de l’interprétation masculine a été remis à Bruce Dern dans Nebraska d’Alexander Payne, le prix d’interprétation féminine à Bérénice Bejo pour Le Passé d'Asghar Farhadi.

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C’est avec une scène de grande émotion que l’annonce de la Palme d’or avait été accueillie ce soir au Grand théâtre Lumière de Cannes. Avant les larmes de son actrice Adèle Exarchopoulos et la voix tremblante de Léa Seydoux, le réalisateur Abdellatif Kechiche a tenu le discours le plus touchant et le plus profond des derniers années pour dédier son prix à la jeunesse en France et en Tunisie : « Je voudrais dédier ce prix et ce film à cette belle jeunesse de France que j’ai rencontré pendant la longue période qui fut la réalisation de ce film et qui m’a beaucoup appris sur la liberté et le vivre-ensemble. Je veux le dédier aussi à une autre jeunesse par rapport à un acte qui s’est déroulé pas si longtemps, la révolution tunisienne pour s’exprimer, vivre et aimer librement. »

La Vie d’Adèle, Chapitre 1 et 2 avait bouleversé la Croisette pas seulement pendant et après sa projection, mais jusqu’à l’annonce du palmarès. Pendant presque trois heures, la jeune Adèle croque la vie en se laissant joyeusement dévorer par son amour pour une femme aux cheveux bleus. Abdellatif Kechiche nous propose une sensualité entre deux corps féminins à nulle autre pareille. Et les plans sulfureux font certainement partie des plus longues scènes de sexe entre deux femmes dans l’histoire du cinéma d’auteur. Pas si sûr que l’actrice indienne Vidya Balan, membre du jury, aura la chance de regarder ce chef d’œuvre dans sa version originale dans son propre pays. Souvenons nous que Hollywood avait refusé de produire un autre film de la compétition, Behind The Candelabra (Ma vie avec Liberace), à cause de scènes homosexuelles beaucoup moins explicites, joué entre autre par Michel Douglas.

Ce dernier était le grand favori et finalement le grand perdant de la soirée. Le Prix de l’interprétation masculine a été décerné à l’unanimité décerné à Bruce Dern pour son interprétation dans Nebraska de l’Américain Alexander Payne. Un film sans aucune prétention, merveilleusement servi par ses acteurs. Dern qui y joue un homme âgé, un peu alcoolique et beaucoup en guerre contre sa femme, qui veux aller au Nebraska parce qu’il s'est mis dans la tête d'avoir gagné un million de dollars dans une tombola.

 « On est le fantasme de quelqu’un, le rêve exhaussé d’un réalisateur » a justifié le jury sa décision du Prix de l’interprétation féminine à Bérénice Bejo. L’actrice du Le Passé était presque en larmes avant de déclarer : « Le film était un voyage merveilleux pour moi ». Pour signaler combien le réalisateur iranien Asghar Farhadi a compté pour son jeu d’interprétation, elle a réclamé le réalisateur iranien sur scène. Décidément, après le César 2012 pour The Artist, le conte de fée continue pour Bejo.

Le chef d’œuvre du réalisateur japonais Kore-Eda Hirokazu a reçu le bien mérité Prix du Jury pour Tel père, tel fils, une histoire de deux bébés échangés à la naissance qui met le concept de la paternité à rude épreuve. La paternité, est-ce le sang ou le lien social établi ? « Je veux partager ce prix avec ma femme qui m’a fait père d’une petite fille qui m’a permis de faire ce film » a déclaré humblement le cinéaste.

Le Prix du scénario célèbrela fresque cinématographique A Touch of Sin (Un zeste de péché) du Chinois Jia Zhangke. Le jury a loué « unehistoire captivante du début jusqu’à la fin ». Le réalisateur dont les films ont étés interdits en Chine jusqu’à 2005 a expliqué que « le cinéma me permet de croire dans la vie. Le film est pour moi la meilleure façon de lutter pour la liberté. »

Le Grand Prix a été remis par une légende encore très vivante, Kim Novak, à des frères qui vont peut-être le devenir bientôt. Inside Llewyn Davis, des cinéastes oscarisés Ethan et Joel Coen, raconte aussi bien en musique qu’en images la vie d’un jeune chanteur fauché dans le New York des années 1960 qui avait jadis préparé le terrain pour des stars comme Bob Dylan sans pour autant d’en profiter.

« L’exception culturelle reste la meilleure façon de défendre le cinéma » avait déclaré Steven Spielberg au début de la cérémonie en prenant le contrepied de Hollywood. Un principe mis en pratique aussi au niveau artistique avec le Prix de la mise en scène attribué au film le plus violent et le plus discuté du Festival. Heli du Mexicain Amat Escalante met en scène l’enfer quotidien que les narcotrafiquants font subir à la population. Escalante montre des scènes de tortures d’une cruauté rarement montrée sur grand écran qui ont fait quitter la salle à pas mal de gens. Visiblement surpris, Escalante a remercié le « jury courageux » : « Cannes, je t’aime. C’est un espoir pour la Mexique. J’espère qu’un jour le désespoir quittera le pays. »

La Caméra d’or pour un premier film a été attribuée à Anthony Chen pour Ilo Ilo. Le jury a loué « un film de musique de chambre avec quatre personnages d’une chronique familiale à Singapour ». Un film qui se distingue par son traitement de « l’enfance, de l‘immigration, des rapports de classe, de la crise économique ».

La Palme d’or du court métrage a été remise à Safe du réalisateur coréen Moon Byoung-Gon, né en 1983. Pendant 13 minutes, il raconte avec beaucoup de finesse l’histoire terrifiante d’une fille qui se cache à la fin dans un coffre-fort.

Voilà, la plus grande fête du cinéma au monde est finie. Après le palmarès, Cannes a remballé son tapis rouge qui, pendant les derniers douze jours, a vu défiler des stars du monde entier. Ou, comme disait la maîtresse de cérémonie, Audrey Tautou dans sa robe rouge longue comme un nuage : « Fini la bise à Steven Spielberg ».

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