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Entretien

Mamadou Koulibaly sur RFI : en Côte d'Ivoire, «la croissance est appauvrissante»

Mamadou Koulibaly.
Mamadou Koulibaly. AFP/Kambou Sia
Texte par : Cyril Bensimon
6 mn

Mamadou Koulibaly, homme politique et universitaire ivoirien, président de Liberté et démocratie pour la République (Lider), revient sur les conclusions du dernier sommet de l’Union africaine. Il évoque également la venue à Addis-Abeba de François Hollande, les diatribes des chefs d’Etat du continent contre la Cour pénale internationale (CPI) ou bien encore la situation de son pays, la Côte d’Ivoire.

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RFI : Le président François Hollande qui s’exprime à la tribune de l’Union africaine et  qui, il y a quelques mois, était publiquement applaudi et remercié pour l’opération Serval au Mali. Qu’est-ce que tout cela vous inspire ?

Mamadou Koulibaly : Peut-être que la confiance est en train de revenir entre la France et les pays africains. C’est l’occasion pour ces pays africains de négocier une plus grande indépendance et la fin de cette tutelle de la France sur un certain nombre de pays. Je crois que c’est une bonne occasion en ce moment.

Mais cette intervention française au Mali n’a-t-elle pas replacé Paris comme gendarme de l’Afrique ?

L’intervention française au Mali a plutôt montré aux Etats africains que les armées nationales ne servent pratiquement à rien. L’ayant compris, peut-être que les pays africains peuvent améliorer leur collaboration économique, diplomatique avec Paris et renoncer à ces frontières héritées de la période coloniale.

Est-ce que, selon vous, il y a une différence profonde entre l’intervention française en Côte d’Ivoire et celle qui a été menée au Mali ?

Oui, en Côte d’Ivoire l’ordre constitutionnel a été attaqué. Paris est intervenu pour soutenir la rébellion. Au Mali, l’ordre constitutionnel a été attaqué par une rébellion. Paris est intervenu pour soutenir l’Etat régulier.

Mais est-ce qu’en Côte d’Ivoire, la France n’est pas intervenue pour soutenir un président qui avait été élu ?

Oui avec Ouattara, non avec Gbagbo.

Voyez-vous une différence réelle entre la politique menée aujourd’hui par l’Elysée et celle qui avait été menée sous la présidence Sarkozy ?

Non, Paris intervient toujours pour défendre ses propres intérêts. Les Etats africains devraient comprendre qu’il y a des intérêts africains qui méritent d’être défendus par des Etats africains.

Justement il y a quelques jours, les dirigeants du continent ont décidé de mettre en place une force africaine de réaction rapide. Est-ce que vous y croyez ?

Je reste sceptique, parce qu'individuellement chaque pays considère que le voisin est un ennemi et il est difficile de faire la sommation d’ennemis pour arriver à une force d'intervention rapide. Lorsque leurs Etats africains renonceront à leur frontière et donneront plus de responsabilité à leur population, il ne sera plus question de se défendre contre le voisin, mais contre la pauvreté, contre le terrorisme éventuellement.

Autre sujet qui a fait débat à Addis-Abeba : la Cour pénale internationale. Le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn a accusé la CPI de mener une chasse raciale contre les Africains. Est-ce que vous partagez ce point de vue qui revient dans la bouche de nombreux chefs d’Etat africains ?

Je ne pense pas que ce soit une chasse raciale. Il faut que nous comprenions que c’est en Afrique qu’il y a les coups d’Etat, les rébellions armées, les chefs d’Etat qui n’organisent pas des élections correctes. Et il faut bien que quelqu’un fasse justice à toutes les populations civiles qui sont tuées. La vie humaine est sacrée, ici comme ailleurs.

Cela signifie que vous pensez qu’il faille un procès Gbagbo à La Haye ?

Ce qui me gêne dans le cas de Gbagbo, c’est qu’il soit le seul. Ouattara, Soro et les autres n'y sont pas. C'est très gênant.

Lors de sa dernière intervention devant les juges, Laurent Gbagbo a clairement dit qu’il avait gagné les dernières élections ivoiriennes. Vous-même qui avez fait partie de son équipe de campagne, est-ce que vous pensez comme Laurent Gbagbo qu’il a gagné la dernière présidentielle en Côte d’Ivoire ou bien qu’il l’a perdue ?

Lorsque la crise post-électorale a été déclenchée, le président Gbagbo et le président Ouattara sont tombés d’accord pour qu’un panel de chefs d’Etat viennent trancher entre les deux. Le panel est venu et a déclaré que Gbagbo avait perdu. Moi, je m’en tiens à cela.

Dans une récente interview accordée à nos confrères camerounais du journal Mutations, vous avez déclaré que Laurent Gbagbo a offert la Côte d’Ivoire à la France. Est-ce que vous pouvez développer cette affirmation ?

Oui, on a offert à Bolloré le terminal à conteneurs. La liste électorale et les cartes d’électeurs ont été données à Sagem, sans appel d’offres sachant très bien que le travail mélangé que Sagem avait déjà fait en RDC. Entre les deux tours des élections, on a offert les puits de pétrole à Total, sans appel d’offres.

Alors pourquoi la France est-elle intervenue contre Laurent Gbagbo puisque finalement il préservait les intérêts français ?

J’ai l’impression que Gbagbo s’est présenté comme un amant qui offrait des fleurs mais que la dulcinée n’avait d'yeux que pour Ouattara.

Aujourd’hui en Côte d’Ivoire, le taux de croissance approche les 9%. Est-ce que le pays n’est pas en train de se redresser économiquement ?

L’Etat ivoirien est en train de se redresser économiquement. Le taux de croissance que nous voyons n’est pas un taux de croissance lié à la performance des entreprises ivoiriennes, à l’augmentation du niveau de consommation des ménages. C’est un taux de croissance lié simplement à l’augmentation de la dette des investissements chinois et de l’Etat ivoirien. La croissance que nous connaissons ici est une croissance appauvrissante.

Concernant la politique intérieure ivoirienne, vous avez claqué la porte du Front populaire ivoirien, le FPI. Que pensez-vous des appels du pied de votre ancien parti, au Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) ? Est-ce qu’une seule alliance n’est pas le seul moyen de battre Alassane Ouattara dans les urnes lors de la prochaine élection ?

C’est possible. Mais j’ai déjà vu par le passé ce type d’alliance. Ce sont des arrangements de dupes, chacun pensant qu’il pourra à tout moment doubler l’autre. On ne se met d’accord que sur le partage du gâteau. Dans cette logique-là, ça se termine toujours mal.

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