Culture

La Saison sud-africaine en France : «Ké nako»

Des matériaux de récupération pour les somptueux costumes de la création de la chorégraphe Robyn Orlin.
Des matériaux de récupération pour les somptueux costumes de la création de la chorégraphe Robyn Orlin. DR

« Ké Nako » ou, en français, « c'est parti » pour sept mois de spectacles. De même que l'Afrique du Sud avait invité des centaines d'artistes français l'année dernière, c'est au tour de la France d'accueillir de mai à décembre 30 expositions, 100 concerts, 250 spectacles de danse ou de théâtre sud-africains : en tout, plus de 800 artistes venus de la première puissance d'Afrique.

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Des militants de l'anti-apartheid à la nouvelle génération, c'est toute la palette de la création sud-africaine qui s'exprime dans 100 villes de France, en métropole et à La Réunion. Les voix déjà légendaires et les nouveaux créateurs vont se croiser jusqu'en décembre 2013.

Impossible de les citer tous, mais l'une des figures les plus connues est sans doute le trompettiste Hugh Masekela, qui, en 1967, était à l'affiche du Festival de Monterey (Californie), pour faire entendre la voix des opposants à la ségrégation raciale. Dans le cadre de la saison sud-africaine, il se produira en juillet au Festival de Martigues (sud-est de la France), avec les Mahotella Queens, tout aussi légendaires, ou Thandiswa Mazwai et Pu2ma, qui, elles, incarnent la relève de la musique zoulou ou de l'afro-jazz.

Tout aussi novateurs, les DJ du Cap, James Copeland, alias Broken Toy ou David Miller, Humerous de son nom de scène, qui feront entrer en transe les 30 000 raveurs attendus au Hadra Transe Festival, en août, à Lans-en-Vercors, au cœur d'un parc naturel de l'est de la France.

Bouillonnement créatif
 

Le trompettiste sud-africain Hugh Masekela sera le 28 juillet au Festival de Martigues.
Le trompettiste sud-africain Hugh Masekela sera le 28 juillet au Festival de Martigues. DR

Cette diversité se retrouve aussi parmi les photographes présents aux Rencontres d'Arles (sud-est) du 1er juillet au 22 septembre. Pieter Hugo, né en 1976 au Cap, a pris ses premières photos à l'âge de 10 ans. Ses reportages sur le Rwanda de l'après-génocide, ou sur Nollywood, l'industrie nigériane du cinéma, ont fait le tour du monde. Zanele Muholi, elle, photographie notamment des couples de lesbiennes stigmatisées pour leur orientation sexuelle en Afrique du Sud.

La violence, qu'elle soit sexuelle, raciale, ou économique, et qui s'incarne dans la démesure d'une ville comme Johannesburg - 6 millions d'habitants - nourrit bien sûr également le travail des artistes. Mais attention aux clichés, prévient Laurent Clavel, commissaire général de la saison sud-africaine en France : « Les artistes sud- africains ont été sclérosés dans leur rapport au monde, mais depuis l'ouverture du pays, ils ne cessent d'explorer de nouveaux moyens de s'exprimer, ils multiplient les collaborations avec les artistes du monde entier. C'est ce ‘vivre ensemble’, cette philosophie ‘ubuntu’ de l'Afrique du Sud que nous voulons faire partager au public français ».

Ouverture au monde

Témoin de cette ouverture, la plus célèbre des chorégraphes sud-africaines, Robyn Orlin. Née de parents lituaniens et polonais, qui ont immigré en Afrique du Sud pour fuir les persécutions contre les Juifs avant la Seconde Guerre mondiale, elle partage désormais sa vie entre Johannesbourg, Berlin, Montréal ou Paris... Et alors que ses précédentes créations étaient marquées par le poids de l'histoire -l'apartheid-, ou par la lutte contre le Sida, son spectacle présenté ce jeudi 30 et ce vendredi 31 mai à Ris-Orangis, apparait beaucoup plus apaisé, plus joyeux.
 

Qu’est-ce que la beauté ?

Robyn Orlin, chorégraphe sud-africaine

Derrière un titre à rallonge (Beauty remained for just a moment, then returned gently to her starting position), la chorégraphe cherche la beauté en toute chose : « Je veux montrer que l'Afrique du Sud est un très beau pays, et que l'Afrique est un très beau continent. Bien sûr, nous avons beaucoup de colère en nous, des guerres (...), mais on peut essayer de trouver de la beauté partout : dans les rues, dans le ciel, juste au coin de l'immeuble. La beauté n'est pas seulement quelque chose d'exotique, mais quelque chose qui vient de l'intérieur. »

Un message porté par les sept jeunes danseurs de la compagnie Moving Into Dance, tous formés en Afrique du Sud, à la différence des générations précédentes, obligées de s'exiler. « Ils représentent le futur du continent », se réjouit Robyn Orlin. Ils représentent aussi l'énergie, qui va irriguer toute cette saison sud-africaine en France.

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Plus d'informations sur www.france-southafrica.com

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