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Egypte

Les Frères musulmans égyptiens, pas tout à fait hors jeu

Affiche de campagne de Mohamed Morsi, le candidat des Frères musulmans, lors de la campagne pour l'élection présidentielle, en mai 2012.
Affiche de campagne de Mohamed Morsi, le candidat des Frères musulmans, lors de la campagne pour l'élection présidentielle, en mai 2012. REUTERS / Mohamed Abd El Ghany

Les Frères musulmans égyptiens ont vécu une semaine éprouvante. Mercredi 3 juillet 2013, leur président élu en 2012, Mohamed Morsi a été destitué par l'armée, après une contestation populaire sans précédent. L'Egypte a désormais un président par intérim et depuis ce mardi un Premier ministre. Mais que va-t-il advenir des Frères musulmans, longtemps première force politique d'opposition ?

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La destitution par l’armée égyptienne du président Mohamed Morsi a été un choc pour le camp des Frères musulmans. Les partisans ne désarment pas, ils continuent d'exiger le retour de leur président. Ils rejettent par conséquent tout ce qui émane du chef de l'Etat intérimaire, Adly Mansour. Les violences qui ont visé, lundi 8 juillet, les partisans de Mohamed Morsi, rassemblés devant le siège de la Garde républicaine ont particulièrement choqué.

« Nous déplorons 70 morts, dont des enfants, suite à cette attaque brutale de l'armée contre les partisans du président légitime, Mohamed Morsi, estime Ali Kamel, membre du bureau politique du parti Liberté et Justice. L'armée a fait cela à l'aube, en pleine prière, avec des coups de feu nourris. Sans parler des centaines de partisans arrêtés, qui devront comparaître devant la justice militaire. Voilà un spectacle tragique, un véritable massacre, un crime commis contre la Nation après un coup d'Etat injustifié qui viole la légalité constitutionnelle ».

Sans mettre fin aux manifestations pro-Morsi, les violences viennent renforcer la position de victime de la confrérie. Celle-ci est particulièrement fière de son martyrologe et de sa longue histoire faite de répression, de clandestinité et de confrontation avec le pouvoir, c'est-à-dire avec l'armée. Il n'en demeure pas moins que pour leur première expérience à la tête de l'Etat, les Frères ont raté une occasion historique de rester au pouvoir. Ils ont un bilan assez catastrophique, d'abord dans le domaine économique. Mais on leur reproche surtout d’avoir accaparé le pouvoir, amenant des millions de mécontents dans la rue.

Au sein des Frères musulmans, ligne dure a pris le pouvoir

« Les erreurs proviennent de certains des membres qui ont agi par idéologie, ou parce qu’ils n’ont pas compris l’originalité de la situation actuelle, explique notamment Ali Adraoui, chercheur à l’Institut d’études politiques de Paris. En réalité, il était certainement nécessaire de mettre en place un gouvernement plus large de manière à augmenter le nombre de sympathisants et accroître la légitimité du pouvoir en place. Je crois que la ligne dure, la plus idéologique au sein des dirigeants des Frères musulmans a pris le pouvoir. Ce n’est pas le seul facteur, mais cela explique un certain nombre d’erreurs qui ont exaspéré une grande partie de la population égyptienne ».

A mesure que la crise politique se poursuit, les risques d’une augmentation des violences se précisent. Il y a déjà eu des dizaines de morts depuis une semaine. Lundi 8 juillet, une source sécuritaire anonyme indiquait que des armes avaient été trouvées dans le quartier général du parti Liberté et Justice, émanation des Frères musulmans. Une accusation rejetée par un responsable de la confrérie. « La radicalisation est un risque, pour le chercheur Ali Adraoui, de même que celui d’une recrudescence du terrorisme, comme au Sinaï ».

Un acteur incontournable

Beaucoup va dépendre de la capacité du nouveau pouvoir et de l'ancienne opposition à rallier les Frères musulmans, afin d’apaiser le climat. La confrérie reste, en effet, un acteur politique incontournable, selon Ali Adraoui. « C’est un mouvement qui a, de manière incontestable, une véritable base sociale. A côté des millions de personnes de la place Tahrir, plusieurs autres millions se réunissaient pour défendre le président Morsi, à Nasr City, ou ailleurs en Egypte. Est-ce que (parmi les adversaires des Frères musulmans) les pragmatiques vont prendre le dessus pour essayer de trouver une solution à la situation, c’est toute la question ».

Fortes de ce constat, les nouvelles autorités n’excluent pas de négocier avec les Frères musulmans. Le désormais vice-président, Mohamed el-Baradeï a appelé à discuter avec les Frères, tandis que le nouveau Premier ministre Hazem el-Beblaoui multiplie les appels du pied. Des sollicitations rejetées pour le moment par la confrérie dont les principaux cadres sont derrière les barreaux depuis près d’une semaine. Le climat dans la rue reste tendu. Les Frères musulmans peuvent espérer faire monter les enchères.

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