67e Festival d’Avignon

Mamela Nyamza pense et danse l’histoire de l’Afrique du Sud

"19-Born- 76-Rebels", interprété par Mamela Nyamza & Faniswa Yisa.
"19-Born- 76-Rebels", interprété par Mamela Nyamza & Faniswa Yisa. Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Au Festival d’Avignon, elle a présenté 19-born – 76-rebels. Ce 18 juillet, lors de la Journée internationale Nelson Mandela et jusqu’au 20 juillet, elle danse au Théâtre 13 à Paris autour de la question: « Comment devient-on une femme en Afrique du Sud? » dans Hatched. La danseuse et chorégraphe sud-africaine Mamela Nyamza pense et danse l’histoire de l’Afrique du Sud, de l’apartheid jusqu’à sa liberté.

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Leur entrée en scène est particulière, la comédienne Faniswa Yisa est habillée en couleurs traditionnelles des mouvements noirs africains avec une veste et un petit chapeau verts et des gants noirs. Mamela Nyamza apparaît en tant que femme à chapeau jaune très distingué, en robe large aux couleurs des républiques boers : orange et bleu, habillée de gants blancs. Toutes les deux marchent bizarrement, juchées sur des boîtes de conserve Ricoffee, attachées à leurs pieds.

19-born – 76-rebels est une pièce inconfortable où la recherche de l’esthétique reste limitée aux robes portées sur scène. Un spectacle où la danseuse contemporaine Mamela Nyamza ne danse pas et l’actrice Faniswa Yisa ne joue pas. Tout au plus, la pièce ressemble à une chorégraphie de narration sans véritable mise en scène.

Un vide difficile, un vide nécessaire pour ne pas encombrer le récit qui suit. L’histoire évoquée, c’est une vie marquée par l’apartheid, la vie de Mamela Nyamza, depuis sa naissance au 20e siècle (19-born), jusqu’à aujourd’hui. Des histoires vécues, entendues, jamais résolues. La pièce est là pour expulser ce fardeau de beaucoup de Sud-Africains, dépasser le sentiment d’infériorité qui les guette depuis la sortie du ventre de leur mère. Mais, il y a encore cette autre force qui les habite, cristallisée sous forme d’un autre chiffre, 1976, l’année de sa naissance et des émeutes dans les townships de Soweto, source de fierté et créativité des ces « 76-rebels ».

La poignée levée vers le ciel

Les robes finissent au vestiaire. Il y a des scènes très bavardes, avec peu de mots et pleines de non-dits. Quand elles lèvent leur regard vers le ciel, s’enlacent, s’efforcent d’arriver à un sourire glacé, la poignée levée vers le ciel. Et puis, deux bergers allemands apparaissent, et avec eux, ce passé pas si lointain où ces chiens dressés étaient là pour chasser les Noirs. Aujourd’hui, pour se protéger et pour avancer, elles sortent un très grand livre sur scène, rempli de beaucoup de chiffres, par exemple 1211 et 146, témoins d’un passé cruel qui ne passe pas. Pendant l’apartheid, l’État sud-africain avait dépensé pour l’éducation d’un enfant blanc huit fois plus que pour un enfant noir. C’est écrit noir sur blanc. À lire deux fois.

Toutes ces histoires non cicatrisées, ces cauchemars collectifs, donnent le tournis, c’est pour cela qu’elles se colmatent les oreilles avec du papier déchiré. Née en 1976 dans le township de Gugulethu au Cap, Mamela Nyamza avait dansé dans de grandes comédies musicales comme Le Roi Lion et We Will Rock You. Aujourd’hui, elle raconte ses propres histoires. À la fin de 19-born – 76-rebels, elle donne à boire aux bergers allemands.

"19-Born- 76-Rebels", Mamela Nyamza & Faniswa Yisa.
"19-Born- 76-Rebels", Mamela Nyamza & Faniswa Yisa. Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

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19-born – 76-rebels
de Mamela Nyamza a été présenté au Festival d’Avignon dans le cadre de Sujets à Vif, du 10 au 14 juillet au Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph. Mamela Nyamza présente jusqu’au 20 juillet sa création Hatched au Théâtre 13 à Paris dans le cadre du Festival Paris Quartier d’été.

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