Mali / Présidentielle

Ibrahim Boubacar Keïta du RPM: «J’ai rarement senti une telle fusion avec le peuple du Mali»

Ibrahim Boubacar Keïta à son arrivée au stade du 26-Mars à Bamako, lors du lancement de sa campagne, le 7 juillet 2013.
Ibrahim Boubacar Keïta à son arrivée au stade du 26-Mars à Bamako, lors du lancement de sa campagne, le 7 juillet 2013. AFP PHOTO / Habibou Kouyate

Dernier jour de campagne au Mali avant la présidentielle du dimanche 28 juillet. Parmi les candidats, on retrouve Ibrahim Boubacar Keïta, IBK. A 68 ans, le chef du Rassemblement pour le Mali (RPM) a occupé les plus hautes fonctions : Premier ministre pendant six ans, président de l'Assemblée pendant cinq. Arrivé troisième en 2002 et deuxième en 2007, il espère gagner cette fois-ci. Mais avec quels arguments ? A Bamako, IBK répond aux questions de l'un de nos envoyés spéciaux, Christophe Boisbouvier.

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RFI : C’est votre troisième campagne, qu’est-ce qui vous fait penser que cette fois-ci, c’est la bonne ?

Ibrahim Boubacar Keita : J’ai rarement senti une telle fusion avec le peuple du Mali, une telle communion. J’ai rarement vu monter vers moi une telle ferveur.

Sur quoi cette élection va-t-elle se gagner, sur le meilleur programme, sur la personnalité la plus forte ?

Sur la stature d’homme d’Etat, sur l’homme qui va rassurer les Maliens par sa parfaite individualité morale, par son patriotisme ardent et c’est cela aujourd’hui qui pourra redonner à ce pays sa fierté d’antan que nous avons perdue quelque part au détour de 2011, 2012 et 2013. Les Maliens ont besoin de dignité et d’honneur. Le reste suivra.

J’ai rarement senti une telle fusion avec le peuple du Mali, une telle communion. J’ai rarement vu monter vers moi une telle ferveur. (…) L’élection sera gagnée sur la stature d’homme d’Etat, sur l’homme qui va rassurer les Maliens par sa parfaite intégrité morale, par son patriotisme ardent et c’est cela aujourd’hui qui pourra redonner à ce pays sa fierté d’antan…

Ibrahim Boubacar Keïta

Quand vous parlez d’honneur et de dignité, à quoi faites-vous référence ?

Le général de Gaulle, l’homme du 18 juin. Le meilleur exemple de refus d’un peuple de la servitude.

Vous voulez être le « de Gaulle du Mali » ?

Oh non, d’autres ont déjà eu cette vocation, je la leur laisse. Je veux simplement dire aujourd’hui que, comme lui, j’ai une certaine idée du Mali.

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous êtes le candidat des putschistes ?

Je ne suis pas de ceux qui disent de faire un putsch militaire et qui en ont pleurniché au sein des militaires.

Oui, mais vous savez bien que vos militants RPM aux côtés de ceux de la Coordination des organisations patriotiques du Mali (Copam), en janvier dernier, cela a créé le doute sur vos convictions démocratiques ?

J’ai pu vous donner l’assurance qu’aucun membre de ma famille politique, l’Internationale socialiste, n’a jamais mis en doute l’ancrage démocratique profond d'Ibrahim Boubacar Keïta. Mes valeurs sont régaliennes, elles sont en moi. J’ai condamné avec rigueur ces débordements.

Vos adversaires crient à la fraude et demandent pourquoi plus d’un million de cartes d’électeurs vierges ont été fabriquées. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Je redeviens gaullien, pourquoi voulez-vous qu’à 68 ans je commence une carrière de fraudeur ? Cela n’a aucun sens. Quand vous êtes sur une vague aussi merveilleuse que celle qui nous porte aujourd’hui, quel en serait l’intérêt ? Nous sommes à quelques encablures de l’élection présidentielle. Il y en a qui perdent fabuleusement leur sang-froid.

Vous sentez de la panique chez vos adversaires ?

Tantôt c’est mon ami Fabius qui est accusé d’intervenir dans les affaires maliennes, tantôt un membre de la Cédéao [Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, ndlr]. Bref, revenons au calme.

Vous parlez de votre ami Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères français, est-ce que cette élection au pas de charge, ce n’est pas le fruit de grosses pressions françaises sur le gouvernement malien ?

Ce ne sont pas Fabius ou Hollande qui ont dit que « l’élection se tiendra au Mali avant le 31 juillet ». C’est le chef de l’Etat du Mali par intérim, Dioncounda Traoré.

Vos partisans disent « takokélen », ce qui veut dire en bambara, « on gagne dès le premier tour ». Mais avec 27 candidats, est-ce qu’un deuxième tour n’est pas inévitable ?

Nous avons eu des élections ici avec presque autant de candidats où certains ont eu 0% de voix. Il n’y avait eu à l’époque que trois candidats au-dessus de 5% en l’occurrence Amadou Toumani Touré, mon jeune frère Soumaila Cissé et moi-même. Ce n’est pas une histoire de nombre. Tous les schémas sont ouverts.

Vos principaux adversaires sont alliés dans un front, le Front pour la sauvegarde de la démocratie et de la République, FDR. En cas de deuxième tour, est-ce que vous ne risquez pas d’être isolé et de perdre ?

Quand vous avez un tel sentiment fusionnel avec votre peuple, aucune espèce de rabibochage, de montage artificiel politicien ne peut vous inquiéter.

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