Accéder au contenu principal
Tunisie

Larbi Chouikha sur RFI: la Tunisie «à la veille d’une confrontation entre deux pôles»

A Tunis, les manifestants scandent des slogans contre le parti Ennahda devant la Constituante, le 27 juillet 2013.
A Tunis, les manifestants scandent des slogans contre le parti Ennahda devant la Constituante, le 27 juillet 2013. AFP PHOTO / YAHYA GABOUS
Texte par : Jean-Baptiste Letondeur
5 mn

Il y a six mois jour pour jour, l'opposant tunisien Chokri Belaïd était tué par balles sans que l'on sache encore par qui. Ce mardi, en sa mémoire, l'opposition a appelé à de grandes manifestations. Elle dit vouloir faire tomber le gouvernement islamiste d'Ennahda. Qui sont ces opposants ? La réponse du politologue Larbi Chouikha.

Publicité

RFI : Ce mardi, en mémoire de Chokri Belaïd, l’opposition a appelé à de grandes manifestations. Elle dit vouloir faire tomber le gouvernement islamiste. Est-ce une journée cruciale, déterminante ?

Larbi Chouikha : Déterminante je n’en sais rien, mais cruciale certainement. Dans la mesure où, depuis quelques mois, nous pouvons dire que le pays est divisé en deux. Il y a un clivage qui se dessine, entre d’un côté le mouvement Ennahda et quelques partis alliés, et de l’autre côté, toute l’opposition, qu’on peut qualifier de laïque, qui s’oppose au projet qu’Ennahda et ses alliés voudraient imposer.

La démonstration de force qui doit avoir lieu, c’est en même temps une réponse à une grande manifestation de militants d'Ennahda, qui s'est déroulée il y a trois jours. Je pense que ce soir, il y aura certainement des milliers de personnes qui seront mobilisées à la mémoire du grand leader Chokri Belaïd. Mais cette grande manifestation intervient également à un moment où il y a des tensions très vives dans le champ politique tunisien.

Des tensions qui portent sur la remise en cause de la légitimité de l’Assemblée nationale constituante, mais également de la légitimité du gouvernement, ainsi que sur un certain nombre de réformes à introduire. Donc, il y a un clivage qui se dessine de plus en plus et, évidemment, ma grande crainte est que ce clivage risque d’engendrer une forme de violence endémique.

La pression de la rue se fait chaque jour de plus en plus forte. Il ya des « sit-in » quotidiens depuis l’assassinat, le 25 juillet, d’un autre opposant, Mohamed Brahmi. Depuis quelques jours, des scènes de soulèvement sont également observées à Sidi Bouzid, berceau de la révolution ayant conduit à la chute de Ben Ali. Pensez-vous que l’on soit aujourd’hui à l’aube d’une deuxième révolution en Tunisie ?

Je vous avoue franchement qu’à l’heure actuelle, il est difficile d’anticiper. Mais en tout cas, nous avons pas mal de données pour dire que nous sommes à la veille, probablement, d’une confrontation entre ces deux pôles qui se constituent, l’un autour d’Ennahda, l’autre autour de l’opposition laïque. 

Evidemment, les assassinats politiques n’ont fait qu’amplifier, cristalliser davantage les contradictions, en plus des évènements sécuritaires qui se déroulent à l’heure actuelle au Djebel Chaambi. Donc, tout ça ne peut que cristalliser cette tension très vive qui oppose ces deux pôles. En tant que citoyen, je fais appel à la sagesse et au bon sens.

Alors, est-ce qu’il y aura une seconde révolution ? Je ne peux pas vous le dire à l’heure actuelle. Mais en tout cas ce qui est sûr, c’est qu’il y a une frange importante de la population qui refuse de cautionner la politique suivie jusque-là par le mouvement Ennahda et qui remet même en cause la légitimité de l’Assemblée nationale constituante élue le 23 octobre 2011. Tout comme elle conteste la légitimité du gouvernement.

Qui sont ces Tunisiens opposés à l’actuel gouvernement ? On les présente souvent comme des réformateurs laïques, mais n'est-ce pas un peu réducteur ?

Certainement, il y a un clivage et dans tout clivage, ce sont des ensembles hétérogènes qui se constituent. L’opposition dite laïque, ça peut aller de la gauche la plus radicale aux mouvements réformistes et surtout, le grand nombre de Tunisiens qui sont encore attachés à ce que l’on appelle la « tunisanité », qui signifie la modernité, les acquis qui portent sur la condition de la femme, sur tout ce qui incarne aujourd’hui cette Tunisie moderne constituée à partir des années de l’indépendance, à partir de 1956.

Il y a en même temps une opposition qui porte sur le projet de société ou une opposition qui porte sur des choix politiques, nous le voyons de plus en plus. Et à partir de là, quand il y a un clivage, le danger, c'est que tout soit instrumentalisé.

Les islamistes n’entendent pas céder, sauf peut-être sur le principe d’un référendum pour sortir de la crise. Cela pourrait-il être la solution ?

Je vais vous avouer franchement que cette question du référendum, qui a été évoquée hier par le chef d'Ennahda, je ne l’ai pas bien compris. Qu’est-ce que ça veut dire aujourd’hui, « organiser un référendum » ? Qui va le faire ? Dans quelles conditions ? En plus, dans cette situation de tensions, j’ai très peur qu’un référendum ne tourne à la violence.

Nous savons qu’aujourd’hui, il n’existe pas d’instance qui supervise les élections, l’ancienne instance est pratiquement dissoute. Il y a un vide juridique qui commence à éclore. Donc, ça me paraît très difficile aujourd’hui de pouvoir organiser un référendum. Je n’ai pas bien saisi, je vous l’avoue franchement, la proposition qui émane du président du mouvement Ennahda.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.