Etats-Unis / Russie

Poutine souffle le chaud et le froid avec les Etats-Unis en amont du G20

Barack Obama et Vladimir Poutine, en 2012 au Mexique.
Barack Obama et Vladimir Poutine, en 2012 au Mexique. AFP PHOTO/Jewel Samad
7 mn

24 heures avant l'ouverture du sommet du G20, prévue ce jeudi 5 septembre, le président russe Vladimir Poutine a fait plusieurs déclarations qui semblent assouplir sa position sur le conflit syrien. Florent Parmentier, chercheur au Centre d’études européennes de Science Po, décrypte les relations américano-russes depuis le début du conflit en Syrie, il y a deux ans.

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RFI : Que doit-on comprendre de ces déclarations du président russe. Est-ce qu’il cherche à gagner du temps avant le G20 ?

Florent Parmentier : On peut mettre ça en perspective et se dire que cette année a été particulièrement difficile pour les relations entre la Russie et les Etats-Unis. Difficile pour plusieurs raisons. Il y a eu effectivement à l’été le cas de monsieur Snowden, qui a vu une dégradation des relations entre les Etats-Unis et la Russie.Il y a eu auparavant la question de l’adoption des enfants russes par les Américains, suite à la loi «Magnitski» qui avait été acceptée par le Sénat américain. Il y a eu encore plus récemment la question sur les lois anti-discrimination.

Donc ces trois accès, en dehors même des questions qu’on observait ces dernières années, sur la Syrie depuis 2011, des questions économiques également, l’ensemble de ces facteurs finalement, fait que le président Poutine a plutôt intérêt à être conciliant avec son partenaire américain.

D’une certaine manière, il l’avait un peu aidé dans le cas de Snowden, puisqu’il n’avait accepté qu’un asile temporaire à l’ancien agent américain. Il l’avait fait vraiment sur la pointe des pieds. Mais incontestablement, le cas Snowden est resté une difficulté dans les relations américano-russes.

Vous parliez donc de ces relations américano-russes. Qui aujourd’hui a réellement les cartes en main, dans ce dossier syrien en tout cas ?

Les cartes en main, je pense que ce sont en premier lieu les Syriens. Il faut voir d’abord ce qui se passe sur le terrain et observer le conflit lui-même. C’est avant tout là que ça va se jouer, étant entendu que les positions des différents acteurs internationaux, cette fois-ci semblent assez figées, dans la mesure où normalement aux Etats-Unis, le Sénat américain devrait suivre le président.

En tout cas, c’est ce qui est attendu. Il n’est pas évident que les deux grands du Conseil de sécurité pour lequel toute atteinte à la souveraineté constitue un manquement au droit international, à savoir la Russie et la Chine, puissent bouger au-delà des quelques déclarations que voudra faire Monsieur Poutine pour et dans le contexte du G20.

On le disait, Vladimir Poutine prêt à agir. Alors pour cela il demande des preuves convaincantes d’utilisation d’armes chimiques. On l’a vu, beaucoup de dossiers révélés en France, aux Etats-Unis. Dans la tête du président russe – même si vous n’y êtes pas – cela veut dire quoi des preuves convaincantes ?

J'imagine que ça pourrait faire référence, ça concerne bien évidemment l’entrée en guerre des Etats-Unis en Irak en 2003, où des preuves ou des pseudos preuves avaient été présentées et avaient entraînées la déclaration de guerre américaine. Dans ce cas précis, je pense que le Conseil de sécurité, effectivement – et ça a été bien dit – pour la diplomatie russe, est le lieu où doivent se prendre ce type de décision.

Quant aux preuves, je pense qu’elles seront regardées avec évidemment circonscription et beaucoup d’attention et ne seront pas prises pour argent comptant, du point de vue de Vladimir Poutine.

Alors le président russe a également annoncé ce matin avoir suspendu les livraisons à Damas de batteries de systèmes de défense anti-aérienne. C’est une avancée, selon vous, ou un leurre ?

Il est vrai que les batteries solaires S 300, système anti-aérien, constituent une arme assez efficace. En tout cas une arme que l’on peut craindre en cas de frappes militaires. Donc là-dessus, le fait de suspendre est effectivement un signe je pense, qui est plutôt adressé aux Etats-Unis qu’à la Syrie-même, sachant qu’il est très vraisemblable qu’un certain nombre de livraisons ont déjà été faites précédemment par la Russie.

Donc c’est un signe envoyé aux Etats-Unis, à mon avis, plus que vraiment une preuve de défiance par rapport au pouvoir syrien, sachant que les relations avec le pouvoir syrien reposent effectivement sur ces ventes d’armes, mais sont en réalité bien antérieures, si l’on prend en compte l’importance des liens qui existaient entre l’Union soviétique et la Russie pendant la guerre froide.

Et notamment le fait qu’il y ait une base militaire navale à Tartous, une base extrêmement importante sur la Méditerranée et qui est même davantage importante, peut-être pas sur le plan psychologique dans l’imaginaire russe, mais elle est plus importante militairement que la base de Sébastopol. Donc on a à la fois une base militaire qui est toujours existante, des ventes d’armes qui consolident les relations entre la Syrie et la Russie. Et puis il y a également un certain nombre de liens existants– et ça remonte également à la période de la guerre froide – au sein des services de sécurité, entre les services de sécurité russes et les services de sécurité syriens.

Donc ce n’est pas une preuve de défiance par rapport à la Syrie. C’est plutôt une déclaration d’intention par rapport aux Etats-Unis, afin de réussir un G20 qui doit essentiellement porter sur des questions économiques et surtout financières, mais qui inévitablement sera attiré par le conflit syrien, puisqu’on sait que ce genre d’enceinte est en réalité un lieu de discussion, un forum de débats. Donc le débat aujourd’hui porte plutôt là-dessus.

Vous parliez du G20. Officiellement, aucun tête à tête n’est prévu entre Vladimir Poutine et Barack Obama. Cela pourrait se jouer éventuellement en coulisse. Le président russe l’a redit également, il n’agira que sous le feu vert du Conseil de sécurité de l’ONU. Américains et Français sont peut-être prêts, eux, à intervenir sans feu vert. Quel serait le alors selon vous, la réaction russe ? Quel scénario est envisageable ?

Il est vraisemblable que la Russie réagira avec davantage de violence qu’elle n’avait pu le faire que lors de l’intervention précédente, qui avait eu lieu en Libye. Donc là, on peut penser qu'il y aurait des contestations internationales, qu’il y aurait un certain nombre de désaccords qui resurgiraient. De là à penser que la Russie soutiendrait outre mesure militairement le régime de Bachar el-Assad, il y a un pas qui à mon avis n’est pas prêt d’être franchi.

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