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RCA

Centrafrique: des combattants de la Seleka condamnés pour pillages

Des soldats en patrouille dans les rues de Bangui, le 2 septembre.
Des soldats en patrouille dans les rues de Bangui, le 2 septembre. AFP PHOTO / PACOME PABANDJI
Texte par : Anna Sylvestre
6 mn

C’est une première en République centrafricaine. Ce mercredi, seize combattants de la Seleka ont été condamnés à 8 ans de prison pour des pillages commis le 20 août.  Une condamnation qui intervient alors que le bilan des violences du week-end entre éléments de la Seleka et pro-Bozizé, dans le nord-ouest du pays, a été revu à la hausse. La présidence évoque près de cent tués, désormais. Face à l’inquiétude montante, Michel Djotodia a décidé de limoger le chef d’Etat major des armées.

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Les 8 ans de prison ferme auxquels les éléments de la Seleka ont été condamnés par le tribunal de Grande instance de Bangui, ce mercredi 11 septembre, ne correspondent pas à ce qu'avait requis le procureur. Ce dernier souhaitait une peine de dix ans. Pour la présidence centrafricaine, la peine reste néanmoins sévère. Elle est même « exemplaire », pour son porte-parole, qui y voit « la preuve de la fin de l’impunité ».

Ce verdict était en effet très attendu, car c’est la première fois que des combattants de la Seleka comparaissaient. Ce jugement est le premier qui condamne pour vols, pillages et destruction de bien des éléments de l'ancienne rébellion.

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Les faits remontent au 20 août dernier. Ce jour-là, des hommes de l’ancienne rébellion décident de mener une opération de désarmement des partisans du président déchu François Bozizé. La descente très musclée se déroule dans les quartiers nord de Bangui. Les combattants de la Seleka sèment la terreur, pillent, incendient des maisons. Les habitants fuient en masse. Au moins 11 personnes sont tuées, une trentaine d’autre blessée.

L'image de Michel Djotodia écornée par ces attaques

Ces débordements avaient alors affaibli le président de la transition, Michel Djotodia, jugé sans autorité. La condamnation de leurs auteurs par la justice intervient alors que celui-ci est en difficulté face aux violences de ces derniers jours dans le nord ouest du pays.

Ces violences ont fait près de 100 morts. Ce nouveau bilan est avancé par la présidence centrafricaine. Une cinquantaine de personne aurait aussi été blessée dans ces attaques. Des attaques menées à Bossangoa et Bouca par des partisans du président déchu François Bozizé et, en représailles, par des hommes de la Seleka.

La présidence réagit et limoge son chef d'état-major

Aujourd’hui, la situation était calme dans cette zone mais l’inquiétude reste vive. Si bien que Michel Djotodia a décidé de limoger mardi 10 septembre le chef d’état-major des armées, le général Dollé-Waya. Le directeur de la sécurité présidentielle et le patron de l’armée de l’air ont aussi été remerciés.

« Le général Dollé-Waya a failli à sa mission », explique en substance au micro de RFI le porte-parole de Michel Djotodia. « Il n’a pas su assurer la sécurité, il ne pouvait donc qu’être remercié ». Mais c’est de sa loyauté que la présidence a peut-être aussi douté. C’est en tout cas ce qu’avancent certaines sources.

En effet, le général Dollé-Waya officiait déjà sous le régime François Bozizé, le régime renversé en mars dernier. Il était haut gradé. Il a donc été confirmé et promus. Avec la reprise des violences, Michel Djotodia aurait voulu nommer un homme plus fidèle.
Il a choisi Ferdinand Bombayéké, un général à la retraite et un ancien proche de l’ex président Patassé. Pour ce nouveau chef d’état-major, la mission est claire : tenter de maintenir le calme.

L'instabilité dans le Nord Ouest du pays persiste

Selon nos informations, depuis mardi 10 septembre, la situation est calme. Reste que l’inquiétude et la tension restent extrêmement vives. Les groupes armés pro-Bozizé et les hommes de l’ex-Seleka auraient quitté Bossangoa et Bouca, et seraient désormais dans la brousse, tout comme beaucoup d’habitants de ces villes.

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Pour ceux qui sont restés sur place, là aussi, la peur semble dominer. C’est ce que confiait un habitant de Bouca à RFI, un peu plus tôt dans la journée, ce mercredi 11 septembre. Les habitants ont peur de nouvelles violences, mais aussi de violences confessionnelles, car des civils musulmans, puis chrétiens, ont tour à tour été pris pour cibles.

Attaques de pro-Bozizé, représailles d’hommes de l’ex-Seleka

Les agresseurs sont les partisans de François Bozizé. Ils ont d'ailleurs débuté les attaques. Lévy Yakété, le porte-parole du président déchu l’a revendiqué sur l'antenne de RFI. Il explique que ces hommes oeuvrent pour le retour de l’ex-chef d’Etat.

Depuis son renversement, des milliers de ses soldats sont toujours dans la nature, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Ils n’ont pas réintégré leurs casernes. Ces hommes ont pu se procurer des armes et tenter de gagner du terrain.

Mais les ex-Seleka ont aussi commis des violences. Des éléments de l'ancienne rébellion qui a installé Michel Djotodia au pouvoir se seraient livrés à des exactions. Alors que leurs adversaires s’en sont pris aux musulmans, eux se sont attaqués aux chrétiens. Selon un nouveau bilan, fourni par la présidence centrafricaine, il y aurait eu près de 100 morts, une cinquantaine de blessés.

Impuissances du gouvernement et de la FOMAC

La FOMAC vient d’envoyer des hommes à Bossangoa. Ils sont arrivés dans la journée de mercredi 11 septembre. Une information confirmée par son chef, le général Akaga. Ils convoyaient aussi des humanitaires, chargés de venir en aide aux civils et doivent installer un dispositif sécuritaire.

Le problème, c’est que la force manque de moyen. Sur les 2 000 hommes déployés dans le pays, un pays plus vaste que la France, seuls 30 ont été envoyés à Bossangoa. Et même s’ils doivent être rejoints prochainement par des renforts cela devrait rester insuffisant. Quant au gouvernement, il se veut ferme. Le Premier ministre centrafricain promet,« que tous les auteurs des crimes, des violences, seraient punis

Ce mercredi, un Conseil national de sécurité se réunissait pour prendre des mesures. On ne sait pas encore ce qui a été décidé. Mais ce qui est sûr, c’est que derrière les paroles fermes, il n’y a eu aucun acte. Le gouvernement semble impuissant.

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