Kenya

Kenya: à Nairobi, l'interminable siège des forces spéciales

Westgate shopping mall de Nairobi, le 22 septembre 2013.
Westgate shopping mall de Nairobi, le 22 septembre 2013. REUTERS/Goran Tomasevic

Plus de 36 heures après le début de l'attaque sanglante du centre commercial huppé de Westgate, dans la capitale kényane, les autorités espèrent désormais une « conclusion rapide » du siège. La plupart des otages auraient été secourus, selon l'armée. Un nouvel assaut a été lancé, lundi matin. Les derniers bilans font état de 68 morts et 200 blessés, dans cet acte terroriste revendiqué par les shebabs somaliens.

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Article réactualisé régulièrement avec notre correspondante à Nairobi et l'AFP

Ce lundi matin, à 6h30, heure locale (3h30 TU), une intense fusillade a été entendue au centre commercial Westgate. Selon une source proche des forces de l’ordre, un nouvel assaut a été lancé, plus de 36 heures après le début de l’attaque.

Cinq Français ont réussi à s'échapper de l'enceinte du Westgate shopping mall depuis l'attaque de samedi, qui s'est transformée en siège toute la journée de dimanche. Plus d'un millier de personnes ont été évacuées du centre commercial depuis le début des hostilités.

Il y aurait 200 blessés, selon la Croix-Rouge. Ils continuent d'affluer dans les hôpitaux des alentours. Plusieurs collectes de sang ont été organisées pour les secourir, notamment à l'hôpital de l'université Aga Khan.

Opération d'ampleur en cours

En soirée, le gouvernement kényan a annoncé, via son centre de gestion de crise, qu'une opération « importante » était en cours à l'intérieur. Puis, plus tard, un porte-parole de l'armée a affirmé que « la plupart des otages » avaient été libérés, sans donner de chiffre. Et d'ajouter : « Les forces de défense kényanes ont pris le contrôle de la quasi-totalité du bâtiment ».

Il faut rappeler que la superficie du bâtiment est énorme. Les assaillants comme les victimes sont donc difficiles à localiser. Le ministère de l'Intérieur reste très actif sur Twitter.

Notre correspondante à Nairobi, présente sur place, est intervenue sur notre antenne à 20h30 (heure française). Elle expliquait alors : « Il semblerait que les assaillants soient dans le parking, au sous-sol, où les voies d'accès sont limitées. »

Un bilan bien plus lourd ?

Selon le tout dernier bilan délivré par la Croix-Rouge kényane, l'attaque a fait au moins 68 morts. Une source policière citée par l'Agence France-Presse affirme que le nombre de victimes pourrait être « beaucoup, beaucoup plus élevé ». Selon cette source, les dernières forces ayant pénétré l'enceinte du bâtiment ont découvert de nombreux corps sans vie.

Le président kényan a annoncé que son neveu figurait parmi les défunts. Chez les victimes, on compte aussi deux Françaises, une mère et sa fille, ainsi qu'une Néerlandaise. Deux Canadiens ont également été tués. Le ministère britannique des Affaires étrangères a quant à lui confirmé la mort de trois de ses ressortissants dans l'attaque, un nombre qui « risque d'augmenter », écrit le Foreign office dans un communiqué.

Dans la matinée, le président ghanéen, John Dramani Mahama, a pour sa part exprimé sa « tristesse » d'apprendre la mort dans cette attaque de Kofi Awoonor, poète ghanéen qui a également été ambassadeur du Ghana aux Nations unies dans les années 1990.

→ À (RE)LIRE : Revue de presse française du 22 septembre 

Les Kényans ont vraiment à cœur d'aider leurs compatriotes

Patrick Nyongesa

Des éléments des forces israéliennes participent à la gestion de cette prise d'otages sanglante, a-t-on appris en début d’après-midi. Des membres des services de sécurité de plusieurs chancelleries occidentales sont également sur place en appui.

Un militaire kényan cité par notre correspondante évoque un assaut qui aurait échoué dans la matinée, et au cours duquel plusieurs soldats auraient été blessés.

Notre correspondante relate : « Il semble que le commando islamiste qui est à l'intérieur a réussi, pendant de longues heures, à dresser un cordon étanche avec les otages. »

→ À (RE)LIRE : Fusillade meurtrière et prise d’otages à Nairobi

A proximité du centre commercial, toute la journée, on a vu des personnels de santé de la Croix-Rouge et de MSF, des véhicules de la Croix-Rouge, des militaires kényans... Des hélicoptères ont survolé la zone, dont un appareil de combat armé d'une mitrailleuse, qui s'est approché très près du bâtiment dans l'après-midi.

C'est vraiment rassurant de voir une telle solidarité

Les Kenyans ressoudés par l'attaque

Derrière un cordon de sécurité composé de policiers, militaires, agents de sociétés privées de sécurité et de personnels soignants, une cellule d’aide psychologique a été mise en place, en vue d'accueillir les victimes. Toute la journée, des clients et des employés traumatisés ont pu sortir par petits groupes, au fur et à mesure de la progression des forces de l'ordre. Beaucoup de blessés et de cadavres ont été évacués. Certaines dépouilles ont déjà été enterrées ou incinérées.

Une grande salle avait été préparée en vue de l'accueil des victimes. Dans le quartier où se situe le centre commercial, l'élan de solidarité s'est traduit par la mobilisation de très nombreux habitants, dont beaucoup issus de la communauté indienne kényane, très nombreuse dans cette partie de Nairobi. Les bénévoles n'ont, pour beaucoup, pas dormi dans la nuit de samedi à dimanche.

Les caméras de télévision sont tenues à l'écart de l'endroit où sont accueillis les survivants de l'attaque. Un lieu où règne un calme qui force le respect.

À (RE)LIRE : Attaque de Nairobi, le retour des shebabs

Diaporama : la journée du dimanche 22 septembre à Nairobi


■ William Ruto demande l’ajournement de sa comparution devant la CPI

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William Ruto en 2010. REUTERS/Noor Khamis/Files

Les avocats de William Ruto, le vice-président kényan, ont demandé ce dimanche l’ajournement de son procès pour crimes contre l'humanité devant la Cour pénale internationale de La Haye, pour lui permettre de revenir au Kenya s'occuper de la prise d'assaut du centre commercial Westgate qui a fait au moins 59 morts.

« La défense de M. William Ruto réclame urgemment que (...) la chambre ajourne le procès pour que M. Ruto puisse rentrer au Kenya s'occuper d'une affaire de sécurité nationale extrêmement grave et encore en cours », a argué la défense de William Ruto dans la requête déposée ce dimanche devant la CPI.

Le procès de William Ruto devant la Cour pénale internationale pour des crimes contre l’humanité auxquels il est accusé d’avoir participé lors des violences post-électorales de 2007, au Kenya, a démarré le mardi 10 septembre dernier.

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