Libye

Le blocage du secteur pétrolier libyen fragilise l’économie du pays

La raffinerie libyenne d'Azzawiya, à Zawiyah, à 50km de la capitale Tripoli.
La raffinerie libyenne d'Azzawiya, à Zawiyah, à 50km de la capitale Tripoli. Reuters/Chris Helgren
Texte par : Marine Casalis
4 mn

Depuis la mi-août le secteur pétrolier libyen est à l'arrêt. Si certains champs pétroliers ont repris leurs activités, la situation est toujours bloquée dans l'est du pays et la Libye produit moins de la moitié de sa capacité. Les effets sur l'économie du pays se font sentir à différents niveaux.

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Depuis la mi-août, la production pétrolière est au point mort dans l'est de la Libye, où les revenus pétroliers représentent plus de 65 % du PIB, et plus de 95 % des revenus de l'Etat.

Cependant, pour Assem Mihirrig, homme d'affaires à Tripoli, la crise pétrolière n'a - pour le moment - aucune incidence sur le marché libyen. «Nous le sentirons peut-être dans un an ou deux, si ça continue. Mais pour le moment, la principale dépense du gouvernement, ce sont les salaires. Et tant qu'ils sont payés, l'économie intérieure n'est pas touchée, les consommateurs ont toujours un pouvoir d'achat», explique-t-il, précisant que «le marché libyen a faim d'investissements, c'est comme un énorme marché ouvert».

A (re)lire: Libye: les terminaux pétroliers bloqués par des hommes armés

Pourtant, sur le court terme, beaucoup se demandent dans quelle mesure l’Etat pourra continuer de payer les salaires. En Libye, entre 70 et 80 % de la population active reçoit un salaire de l'Etat. Dans le budget 2013, les salaires représentent plus de 30 % des dépenses.

Quelles conséquences à long terme ?

Selon la Commission de crise du Congrès national général, une production de 400 000 barils par jour est nécessaire pour couvrir les salaires de la fonction publique. Les champs de l'ouest ayant rouvert, cette dépense devrait à nouveau être couverte.

Fondateur de l'Institut Sadeq, un centre d'analyses libyen, Anas El Gomati s'inquiète pourtant des conséquences sur les salaires et sur le long terme. «Comment vont-ils payer les salaires dans trois ou quatre mois ?», s’interroge-t-il. Pour l’analyste, «sur le long terme, cela crée un dangereux précédent : si les compagnies pétrolières ne peuvent pas garantir la stabilité, comment le gouvernement d'Ali Zeidan peut-il donner l’image d'une Libye idéale pour les investissements ?»

La fin du mythe de la Libye riche

Si les réserves financières de la Libye peuvent lui permettre d'absorber le choc, le blocage des installations pétrolières pourrait mettre en péril les finances publiques.

Pour Michel Casals, à la tête de la Chambre de commerce franco-libyenne, le mythe de la Libye riche est peut-être à revoir, mais sa solvabilité n'est pas remise en question. «Je pense qu'il n'y a pas d'inquiétude à avoir sur la solvabilité de la Libye. Il y a peut-être des inquiétudes à avoir sur le dogme de la Libye riche. La Libye risque de ne plus être considérée comme un pays riche, mais, en fait, je pense que ça restera un pays solvable», expose-t-il.

A (ré)écouter: L'édition d'Afrique économie sur « le secteur pétrolier bloqué en Libye»

Mais sur le long terme, cette crise met à mal l'image d'une Libye attractive pour les investissements, en particulier si la crise était amenée à durer.

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