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Madagascar / Election présidentielle

Présidentielle malgache: le bulletin unique en question

Au scrutin du 25 octobre, pour la première fois les électeurs malgaches utiliseront le bulletin unique pour choisir leur président de la République.
Au scrutin du 25 octobre, pour la première fois les électeurs malgaches utiliseront le bulletin unique pour choisir leur président de la République. DR
Texte par : Francis Kpatindé
6 mn

Pour la première fois, les électeurs malgaches utiliseront un seul et même bulletin pour choisir leur prochain président de la République, le 25 octobre et, en cas d’ultime tour, le 20 décembre. Avantages et inconvénients d’un système impartial, mais complexe.

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Le bulletin unique a bonne presse. Du Sénégal à l’Afrique du Sud, en passant par le Mali, le Niger, la Sierra Leone, le Togo, le Bénin et, aujourd’hui, Madagascar, il est en voie de reléguer aux oubliettes le traditionnel bulletin de vote individuel. Le bulletin unique, c’est, en général, un papier (dont le format diffère d’un pays à l’autre) sur lequel figurent les logos ainsi que les photos de la totalité des candidats à un scrutin présidentiel.

Candidats logés à la même enseigne

Il est présenté par les spécialistes comme étant la formule la plus fiable et la plus équitable en matière d’élections. Il écarte d’emblée les accusations de ceux des candidats qui seraient amenés à se plaindre de ne pas avoir eu leurs propres bulletins en quantité suffisante dans les bureaux de vote. Le bulletin unique a un avantage indéniable : lorsqu’il y en a pour un, il y en a (forcément) pour tout le monde. Tous les candidats sont logés à la même enseigne.

Plus de marchandage des voix

Le bulletin unique limite également les controverses liées au phénomène dit de « marchandage » des voix qui conduit certains candidats à exiger des électeurs qu’ils apportent, contre rétribution, la preuve qu’ils ont effectivement fait le « bon choix ». Avant de toucher l’argent promis, l’électeur doit ainsi ramener de l’isoloir les bulletins qu’il a gardé par devers lui, à savoir ceux des adversaires de son généreux donateur.

Par ces temps de restrictions budgétaires généralisées, le bulletin unique permet par ailleurs de faire des économies, alors même que le nombre de candidatures à la magistrature suprême connaît une croissance exponentielle dans nombre de pays africains. Il concourt à une réduction des frais d’impression et de transport.

Le bulletin unique n’échappe pas pour autant à la critique. Sa complexité rebute les électeurs, surtout dans des pays habitués jusque-là à voter avec autant de bulletins qu’il y a de candidats en lice. Les électeurs ruraux sont généralement les plus rétifs. Ne pas maîtriser les règles d’utilisation du bulletin unique peut conduire à une augmentation significative du nombre de bulletins nuls : les électeurs non initiés apposent leur doigt (passé au préalable sur un support encré) ou font des croix en dehors du cadre prévu à cet effet. « Pour éviter d’en arriver là, il faut de véritables campagnes de sensibilisation à travers le pays, avec des jeux de rôle et des opérations de simulation à grande échelle », explique Clément Aganahi, expert électoral, notamment pour le PNUD et l’Union européenne.

Un système complexe

Les péripéties qui ont entouré l’introduction récente du bulletin unique à Madagascar ont ajouté à la complexité du sujet. Lorsque la Commission électorale pour la transition (CENI-T) a procédé, le 8 mai 2013, à un tirage au sort pour déterminer l’ordre de préséance des candidats sur le bulletin unique, le nombre de prétendants était de 41, tous validés par la Cour électorale spéciale (CES). Lorsque, sur pression internationale, une nouvelle CES est mise en place quelques mois plus tard, elle s’est empressée de retirer de la liste 9 candidats (41-9 = 32), puis a accepté favorablement l’intégration d'un nouveau venu (32+1 = 33), Hery Rajaonarimampianina, qui, n’ayant pas pris part au tirage au sort du 8 mai, s’octroya la position n°3 laissée vacante par l’un des 9 déboutés.

Les 33 candidats confirmés par la nouvelle CES le 21 août décidèrent de concert de plus se prêter à un nouveau tirage au sort, préférant conserver tel quel l’ordre de présentation sur le bulletin unique. Du coup, les électeurs découvriront le 25 octobre un bulletin unique sur lequel figurent effectivement 33 candidats, mais avec, curieusement, une numérotation allant de 1 à… 41. On y passe sans transition du chiffre 1 au 3, puis du 13 au 15, du 16 au 18, et ainsi de suite, parce que certains candidats ont disparu en chemin et que les survivants ont préféré, par fétichisme ou par réalisme, maintenir les choses en l’état.

Les bulletins ont été imprimés en Afrique du Sud. Selon nos informations, un premier lot a été livré à Antananarivo le 28 septembre, le second (et dernier) lot, dans la nuit du 3 au 4 octobre. Auparavant, chaque candidat devait payer de sa poche l’impression de ses bulletins de vote et assurer par ses propres moyens leur acheminement vers les bureaux de vote. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

L’élection en chiffres (*)

Nombre d’électeurs
7 823 305 électeurs recensés à la date du 9 octobre 2013 sur une population totale estimée à 22 millions d’habitants.

Nombre de bureaux de vote
20 003 bureaux de vote répartis sur un territoire de587 040 km2.

Nombre de bulletins uniques imprimés
9 millions (plus que le nombre d’électeurs, par mesure de précaution).

Nombre de bulletins factices imprimés pour les besoins de la campagne de sensibilisation
300 000

Nombre de flacons d’encre indélébile
24 000

Coût global du cycle électoral (2012-2014)
60 273 904 dollars (près de 44 millions d’€, ou 28, 7 milliards de F CFA)

Contributions effectivement versées à la veille du scrutin
28 029 588 dollars (20,3 millions d’€, ou 13,3 milliards de F CFA), soit 46,5% du total des engagements pris.

Plus gros contributeurs
L’Union européenne, le PNUD, la Norvège, le Japon, la Suisse, la Commission de l’Océan indien et, bien entendu, le gouvernement malgache qui a déboursé, jusque-là, l’équivalent en ariary (la monnaie locale) de quelque 13,7 millions de dollars (9,9 millions d’euros, ou 6,5 milliards de F CFA).

 

(*) Source : Note interne sur « l’Etat de la situation financière au 2 octobre 2013 », rédigée par le PNUD, sa cheville ouvrière dans la Grande Île, le Projet d’appui au cycle électoral à Madagascar (PACEM), et la Commission électorale nationale indépendante pour la Transition (CENI-T).

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