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Afrique-France

Laurent Fabius: notre objectif en Centrafrique est «d’assurer la sécurisation et la reconstruction»

Laurent Fabius.
Laurent Fabius. RFI

Le sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique, les 6 et 7 décembre, réunira plusieurs chefs d’Etat africains dans la capitale française. Cet événement sera suivi d’un mini sommet sur la situation en République centrafricaine. Le chef de la diplomatie français promet « un grand succès » à ce sommet.

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RFI : Alors que va se tenir en fin de semaine le sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique, la France s’apprête à lancer une nouvelle intervention. Elle va intervenir en Centrafrique plus précisément. Pouvez-nous dire quand l’opération va commencer ? A-t-on un calendrier ?

Laurent Fabius : Ce sommet de l’Elysée est promis à un grand succès, puisque nous avons déjà plus de 35 chefs d’Etat et de gouvernements qui vont venir à Paris à l’invitation du président français avec trois thèmes : le thème du développement économique, le thème du climat et le thème de la sécurité. Parmi les aspects évoqués, il y aura bien évidemment la République centrafricaine.

Dans les jours qui viennent, une résolution proposée par la France va être examinée et votée aux Nations unies. Il faut bien comprendre - parce que parfois, je lis des choses qui sont un peu inexactes - que ce n’est pas du tout la même opération qu’au Mali. L’objectif que nous poursuivons c’est, aux côtés des forces africaines qui sont donc prioritaires, si je puis dire, d’assurer la sécurisation et la reconstruction de la République centrafricaine.

Nous aurons une action en matière humanitaire, une action en matière sécuritaire, en matière démocratique - pour que ce pays se dote d’un gouvernement démocratique - et puis une action en matière de développement. Nous serons aux côtés des Africains, ce qu’on appelle la Misca, et nous souhaitons agir en liaison et avec le partenariat des Européens.

Reconstruire la Centrafrique, cela veut-il dire que la France va notamment contraindre Michel Djotodia, le chef de la coalition rebelle Seleka, à partir ?

Non, le président est là - même si c’est un président, si je puis dire, de fait, qui n’a pas été reconnu par ses voisins. Mais il y a un tandem entre monsieur Djotodia et le Premier ministre, monsieur Tiangaye. A Paris, ce sera le Premier ministre qui sera présent. De toutes les manières, ces autorités sont transitoires.

Les Etats-Unis ont dit qu’il devait y avoir de nouvelles élections, au plus tard en février 2015. Notre action, celle des Africains d’abord, la Misca, puis la nôtre, celle des forces internationales, va consister à la fois à rétablir la sécurité gravement menacée, à rétablir aussi les droits humanitaires parce qu’il y a des exactions épouvantables. On va encore en découvrir.

Et puis, il faut préparer la démocratie, le fonctionnement de la démocratie et dans ce cas, de toutes les manières, ni le président actuel, ni le Premier ministre, ne peuvent se présenter, ça a été acté.

Il y aujourd’hui un risque véritable, vous avez parlé « d’implosion », de graves dérapages sur le plan des conflits inter-religieux...

Le terme d’implosion est juste, certains ont dit : « C’est un non-Etat ». Vous avez la fameuse Seleka, composée pour beaucoup de bandes armées qu’il faut effectivement dissoudre – elle a été dissoute sur le papier mais pas en réalité –, il y a les populations à rassurer, non seulement à Bangui mais dans l’ensemble du pays, et puis il y a à éviter ces oppositions religieuses.

La tradition de la Centrafrique n’est pas du tout une tradition d’opposition religieuse, vous avez des musulmans, vous avez des catholiques, vous avez des protestants. Mais ces derniers temps, il y a eu ici ou là des affrontements religieux extrêmement dangereux. Les chefs religieux luttent contre cela. J’ai rencontré, puisque j’étais là-bas il y a quelques semaines, à la fois le chef des catholiques, des musulmans, des protestants et il faut donc rétablir la sécurisation et la reconstruction du pays.

La France, avec cette intervention, ne va-t-elle pas atteindre vraiment la limite de ses capacités de projection ?

Non. D’abord parce que nos forces resteront mesurées dans leur nombre, et en plus elles n’ont pas vocation à rester durablement là-bas. Aussi, nous allons nous délester dans d’autres parties du monde et puis, comme vous le savez, ça n’est pas suffisamment souligné, mais la France continue d’avoir la première armée d’Europe avec des forces de projection qui sont bien utiles.

Au sommet de l’Elysée, nous allons parler plus généralement de la sécurité en Afrique. Les Africains veulent, et ils ont raison, pouvoir se doter d’une force africaine de réaction rapide, nous allons parler de cela. Et nous allons parler spécifiquement, le samedi, de la République centrafricaine puisque Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, sera là ainsi que d’autres dirigeants. Il y aura donc un aspect qui sera consacré à la République centrafricaine.

Il y a une question, presque philosophique au fond, qui va être posée au sommet, à savoir : « Est-ce le développement qui permet la sécurité où la sécurité qui permet le développement ? » Qu'en pensez-vous ?

Les deux ! Et il faut mener les deux ensemble. Il faut à la fois établir ou rétablir la sécurité, sans quoi rien n’est possible. Mais en même temps, très souvent, les exactions qui ont lieu trouvent leur terreau dans la pauvreté. Donc, il faut à la fois avoir une action en matière de sécurité et une action en matière de développement.

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