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Afrique du Sud / Rwanda

Pourquoi l’Afrique du Sud a décidé de se fâcher avec le Rwanda

Le président sud-africain, Jacob Zuma, en mars 2013 au sommet des BRICS, à Durban.
Le président sud-africain, Jacob Zuma, en mars 2013 au sommet des BRICS, à Durban. REUTERS/Rogan Ward

La brouille diplomatique entre l’Afrique du Sud et le Rwanda ne cesse de prendre de l’ampleur après l’expulsion croisée, la semaine dernière, de diplomates des deux pays. Si l’attaque menée il y a dix jours sur la résidence d’un ancien général rwandais à Johannesburg a amorcé la crise, c’est aussi pour des raisons politiques que Pretoria a décidé de sortir de son silence.

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Au départ de la crise diplomatique entre Pretoria et Kigali, il y a l’attaque menée il y a dix jours sur la résidence d’un ancien général rwandais, qui vit désormais à Johannesburg. Le lundi 3 mars, des hommes armés ont attaqué le domicile de l’ex-général rwandais Kayumba Nyamwasa. Celui-ci n’était pas présent, et les hommes armés sont repartis sans rien emporter. Kayumba Nyamwasa est un ancien allié du président rwandais Paul Kagame. Il a fui le Rwanda et vit en exil en Afrique du Sud. En 2010, il a été victime de deux tentatives d’assassinat à Johannesburg, où il vit avec le statut de réfugié. Au début de cette année, un autre incident est intervenu. L’ancien chef des renseignements rwandais, Patrick Karegeya, lui aussi réfugié en Afrique du Sud, a été assassiné dans un hôtel à Johannesburg. Là aussi, tous les regards se sont portés vers le Rwanda, bien que Kigali ait démenti toute implication.

Des diplomates accusés d'implication directe

Mais c'est bien l’attaque sur la résidence du général Kayumba qui a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Pretoria a alors décidé d’expulser trois diplomates rwandais. Pour Pretoria, le Rwanda est derrière ces différentes attaques. Mais la justice sud-africaine n’a pas communiqué les preuves qu’elle détient. Mercredi, le ministre sud-africain de la Justice, Jeff Radebe, a pris la parole pour la première déclaration officielle depuis l’expulsion. C’est surtout la première fois que le gouvernement sud-africain fait publiquement le lien entre les diplomates rwandais en poste à Pretoria et les différentes tentatives d’assassinats en Afrique du Sud. Le ministre a lancé un avertissement à Kigali : « Notre pays ne doit pas être utilisé comme tremplin pour mener des activités illégales. » Il a également ajouté que la décision d’expulser des diplomates était basée sur des « actions illégales qui ont eu lieu sur le territoire sud-africain, des tentatives de meurtre, ainsi qu’un assassinat ».

Jeff Radebe, le ministre de la Justice sud-africain, en mai 2009.
Jeff Radebe, le ministre de la Justice sud-africain, en mai 2009. AFP PHOTO / ALEXANDER JOE

Dissensions au sein du gouvernement sur la stratégie à adopter

Une accusation grave, et des termes clairs. Toutefois, on sent que Pretoria ne souhaite pas que cette affaire fasse trop de bruit. Il y a deux jours, le président sud-africain Jacob Zuma a tenté de minimiser la crise. « Même les démocraties les plus avancées ont des désaccords et la situation entre l’Afrique du Sud et le Rwanda n’est pas unique », a-t-il alors déclaré. Mais si les accusations portées par Pretoria s’avèrent fondées, il s’agit de faits graves : s’il est prouvé que le gouvernement rwandais est derrière ces tentatives d’assassinat, il s’agit d’une violation de la souveraineté d’un pays.

→ A (RE)LIRE : Afrique du Sud: Kayumba Nyamwasa accuse le Rwanda

Au sein même du gouvernement sud-africain, certains membres souhaiteraient d’ailleurs que les choses ailleurs plus loin et que les liens diplomatiques avec le Rwanda soient tout simplement rompus. D’autres, comme Lindiwe Zulu, conseillère en relations internationales du président Zuma, poussent au contraire pour une solution diplomatique.

Une décision diplomatique à l'aune de l'échéance électorale

L’Afrique du Sud a trop d’intérêts en Afrique centrale pour se faire un ennemi de Kigali : Pretoria a environ 1 200 soldats dans l’est de la République démocratique du Congo, qui participent à la brigade d’intervention sous l’égide de l’ONU. Et l’Afrique du Sud a aussi des intérêts économiques. En octobre dernier, le président Zuma était en RDC. Il a signé un contrat pour l’achat de plus de la moitié de l’énergie qui sera fournie par le futur barrage Grand Inga. Pretoria ne veut pas donc pas gâcher tous ses investissements dans la région.

Si finalement le gouvernement sud-africain a fini par réagir aussi directement cette fois, c’est qu’il ne pouvait pas continuer à tolérer une intervention étrangère sur son territoire, sous peine de perdre la face. De plus, l’opposition et la presse posent de plus en plus de questions sur le manque de réactions du gouvernement face à ces violations supposées de la souveraineté du pays. Et l’Afrique du Sud étant en période préélectorale, le gouvernement ne peut pas être vu comme faible et inactif.

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