Santé

Face à l’Ebola, «pour l’instant, on est démuni»

L'hôpital de Macenta, en Guinée, où des patients touchés par le virus Ebola sont mis à l'isolement.
L'hôpital de Macenta, en Guinée, où des patients touchés par le virus Ebola sont mis à l'isolement. REUTERS/Stringer

L’épidémie de fièvre Ebola a fait 69 morts en Guinée, sur 103 cas détectés. Le virus semble se propager. Sylvain Baize, directeur du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales à l’Institut Pasteur de Lyon fait le point sur les mesures de protection contre ce virus découvert en 1976 qui a tué 1500 personnes.

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RFI : Tout d’abord, d’où vient la fièvre Ebola ?

Sylvain Baize : En fait, ce virus a été isolé pour la première fois en 1976 au nord du Zaïre, actuellement la République démocratique du Congo. Depuis, on a isolé cinq espèces différentes qui sévissent principalement en Afrique centrale. Et puis, il y a eu un épisode en Côte d’Ivoire, en 1994. Là, c’est vrai que cela fait vingt ans que l’on n’avait pas entendu parler de ce virus en Afrique de l’Ouest.

C’est un virus extrêmement contagieux. Comment se transmet-il ?

Il est extrêmement contagieux, mais uniquement par contact. C’est-à-dire que ce n’est pas un virus qui se transmet comme la grippe par voie respiratoire, par aérosol. Il se transmet vraiment par contact biologique des malades : un contact physique proche est nécessaire pour le transmettre. En revanche, dès qu’il y a un contact physique, on peut le transmettre très facilement.

Il y a aujourd’hui quatre cas avérés à Conakry, la capitale guinéenne. Est-ce inquiétant pour la propagation de ce virus ?

C’est toujours inquiétant quand des cas arrivent dans des grandes villes. Effectivement, tant que l’épidémie reste circonscrite dans des zones rurales reculées, la dissémination est quand même ralentie. Mais là, effectivement, avec des cas [recensés] dans une capitale, on passe un cran au-dessus en termes de transmission. Il faut être très prudent et être très, très vigilant, justement, sur les contacts de ces malades pour éviter que l’épidémie ne se propage dans la ville. Parce que cela pourrait vite prendre des ampleurs importantes. Mais il faut rester mesuré. Est-ce que ce sont juste des cas sporadiques ? Est-ce qu’il y a un foyer épidémique à Conakry ? Pour l’instant il est peut-être un peu tôt pour répondre.

Vue sur le virus ebola.
Vue sur le virus ebola. CDC/ Cynthia Goldsmith

Vous évoquez l’exigence d’une vigilance accrue. Quel est le message à faire passer auprès des populations ?

Le message est : si l’on a été en contact ou que l’on revient de cette zone épidémique - de la zone initiale de l’épidémie -, et que l’on a des symptômes, qu’on a de la fièvre, qu’on est malade, il faut tout de suite consulter. Il faut tout de suite dire d’où on revient. Il faut évidemment éviter de toucher des gens malades, autour de soi, si ces personnes reviennent des zones d’épidémie. Il faut éviter les contacts avec des gens qui seraient susceptibles d’être infectés par le virus Ebola.

Le fait que la contagion soit rapide, cela pose-t-il aussi des problèmes pour les équipes soignantes ?

Oui, évidemment. Il faut que les personnels soignants se protègent du mieux qu’ils le peuvent. Il y a des mesures simples de protection qui sont actuellement mises en œuvre justement : porter des gants, des masques, des lunettes, des tenues qui protègent et empêchent tout contact avec le virus lorsque l’on apporte des soins au patient. Ces mesures suffisent amplement à limiter la dissémination du virus, mais elles sont indispensables. On a vu, au début de l’épidémie, qu’il y avait eu plusieurs personnels de santé qui avait été contaminés. Et malheureusement, pour certains, qui sont morts.

Vous le disiez, cela fait près de quarante ans que le virus a été découvert. Il n’y a aujourd’hui pas de traitement, pas de vaccin. Où en est la recherche ?

Il y a une recherche très active menée depuis très longtemps sur la recherche de thérapeutiques ou de vaccins. Il y a des « candidats-vaccins » très prometteurs qui sont à l’étude. Il y a des traitements qui sont à l’étude. Mais pour l’instant, il n’y a rien de commercialisé, rien d’utilisable chez l’homme a priori. Donc, pour l’instant on est démuni. Le seul moyen pour contrecarrer les épidémies, c’est d’isoler les patients, de recenser les contacts, pour prévenir les gens qu’il leur faut éviter de propager la maladie s’ils tombaient malades. Et puis, évidemment, il faut protéger les personnels soignants pour que des soins puissent être apportés aux malades, dans la mesure du possible, sans contaminer le personnel. C’est le seul moyen à disposition.

Un chercheur travaille sur le virus Ebola.
Un chercheur travaille sur le virus Ebola. Tyler Hicks/Liaison

L’espoir d’arriver à un traitement efficace, il se mesure en dizaines d’années, en vingtaines d’années ?

C’est difficile à dire puisqu’entre le moment où l’on trouve une molécule potentiellement utile et active contre le virus, il s’écoule encore un grand nombre d’années avant que l’on puisse vraiment le délivrer à des personnes sous forme de médicament. C’est donc vraiment une question pour laquelle il est très difficile d’apporter une réponse maintenant. Mais on est quand même dans l’ordre de plusieurs années, au moins.

On l’a vu, on en parlait : il y a une recrudescence du nombre de cas recensés en Guinée. La vigilance est maximale, également, dans les pays frontaliers. Selon vous, le virus Ebola peut-il toucher des pays hors du continent africain ?

C’est toujours possible. Ça a été observé dans le passé, en particulier lors de l’épidémie du Gabon en 1997, lors de laquelle on a eu un cas qui a été exporté à Johannesburg, qui avait pris l’avion en étant malade. Donc, tout est possible évidemment. Ce genre d’exportation est possible. On en observe de temps en temps. Maintenant, il faut être mesuré. Le risque est limité. La probabilité est assez faible. Il faut être vigilant. Vigilant aux frontières des pays touchés par les épidémies, évidemment. Vigilant dans les pays qui reçoivent des vols qui proviennent de ces pays, également. Mais il ne faut quand même pas être trop alarmiste. Le risque existe, mais il est limité. Puisque la maladie se déclare très rapidement, elle a une évolution très rapide. Donc cela diminue les probabilités d’exportation.

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