Accéder au contenu principal
Algérie

Présidentielle algérienne: Bouteflika, évidemment

Une affiche représentant le président Bouteflika, photographiée à Alger pendant la campagne de 2014.
Une affiche représentant le président Bouteflika, photographiée à Alger pendant la campagne de 2014. PHOTO/PATRICK BAZ
Texte par : RFI Suivre
9 mn

Le président Abdelaziz Bouteflika a été annoncé gagnant de l'élection présidentielle algérienne, vendredi 18 avril 2014. Il l'emporte avec 81,53% des voix. Arrivé second, Ali Benflis refuse de reconnaître les résultats mais renonce à saisir le Conseil constitutionnel, alors que le temps des recours bat son plein. Arrivée quatrième, Louisa Hanoune joue l'apaisement. Quant à la presse, elle critique une élection « qui n'en est pas une ». Abdelaziz Bouteflika réélu ; comment aurait-il pu en être autrement ?

Publicité

Ses partisans espéraient qu’elle arrive en seconde position. C’est une défaite historique que subit finalement Louisa Hanoune, icône du Parti des travailleurs. En quatrième position avec 1,37%, elle perd plus de 400 000 voix par rapport à la présidentielle de 2009. Mais qu'à cela ne tienne : la seule femme en lice cette année, qui avait mené campagne sur des thèmes nationalistes, se dit plutôt satisfaite, contrairement au scrutin précédent.

Selon la députée trotskiste, le vote a été transparent. Simplement, les Algériens ont eu peur de l’inconnu, mais aussi d’Ali Benflis et de ses propositions de droite, explique-t-elle. Dans son analyse, choisir le chef de l’Etat était ainsi un symbole de stabilité. En somme, pas question pour elle de s’en prendre à la personne d’Abdelaziz Bouteflika, qu’elle juge apte à accomplir un nouveau mandat.

→ À (RE)LIRE : Abdelaziz Bouteflika réélu pour un quatrième mandat

Le ton est nettement moins conciliant du côté du quartier général d’Ali Benflis. Le principal rival du président conteste les 12,18% qui lui ont été attribués. Ces 12%, c'est ce que le pouvoir a bien voulu lui offrir, dit-il. Pour l'heure, le Conseil constitutionnel a reçu une centaine de recours déposés par des candidats, mais Ali Benflis ne saisira pas les Sages. A ses yeux, le Conseil est une institution « alibi », il n’a pas joué son rôle depuis le début de la validation des candidatures, dit-il. Alors, « auprès de qui déposer un recours ? Auprès de ceux qui ont spolié nos voix et qui sont complices de la fraude ? », s’interroge-t-il.

Selon M. Benflis, le seul recours possible est politique. En fin de matinée ce samedi, l’ancien patron du Front de libération national (FLN, parti au pouvoir) a reçu à huis clos les partis politiques qui l’ont soutenu. Objectif : discuter des actions à mener dans les semaines à venir, et de la forme que pourrait prendre le rassemblement politique qu’il entend mettre sur pied, et qui travaillera avec l’opposition, sans compromission avec le pouvoir, comme a jugé bon de le préciser M. Benflis.

Un autre candidat, Ali Fawzi Rebaine, partage l'analyse d'Ali Benflis. Selon son porte-parole, « il y a eu une fraude scientifique flagrante. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et se passent de tout recours. Quelle réponse peut apporter un Conseil constitutionnel qui est acquis à la cause du chef de l’Etat ? » D’autres candidats ont néanmoins fait la démarche. Louisa Hanoune elle-même aurait déposé une dizaine de recours environ, selon son porte-parole. Le candidat Moussa Touati en a déposé un seul. Non pas pour dénoncer des incidents isolés, mais pour demander « une expertise sur les empreintes des électeurs qui ont voté ». « Dans la plupart des bureaux, assure-t-il, il y a eu des votes multiples. »

Bouteflika rempile, sans sa superbe cette fois-ci

Abdelaziz Bouteflika, le 15 avril 1999 lors de sa première élection à la présidence algérienne.
Abdelaziz Bouteflika, le 15 avril 1999 lors de sa première élection à la présidence algérienne. AFP

Cela a été maintes fois souligné : la candidature du président Bouteflika est apparue quelque peu surréaliste. Depuis son accident vasculaire cérébral en avril 2013, le président se déplace en fauteuil roulant. Il n'a participé à aucun de ses meetings de campagne, tous animés par ses proches. Mais les Algériens connaissent son visage depuis longtemps. « Boutef », comme ils l'appellent, avait 20 ans quand il a rejoint les maquis de l'Armée de libération nationale, branche armée du FLN, après une enfance passée au Maroc. Au lendemain de l'indépendance, l'ancien combattant devient, à 27 ans, le plus jeune ministre des Affaires étrangères du monde. Un poste qu'il occupe pendant quinze ans.

Après le décès en décembre 1978 de son mentor, le président Houari Boumédiène, Abdelaziz Bouteflika est écarté par les militaires au pouvoir. Il s'exile à l'étranger. Accusé de détournement de fonds, il ne revient qu'en 1987. Son pays est alors en train de s'enfoncer dans la guerre civile, après l'annulation par l'armée de la victoire électorale du Front islamique du salut (FIS). C'est en 1999 qu'Abdelaziz Bouteflika est rappelé par les militaires pour une élection présidentielle anticipée. Le scrutin le porte au pouvoir, malgré un vote déjà très contesté, comme tous ceux qui suivront, du reste.

Aujourd'hui âgé de 77 ans, gravement malade, le président s'accroche au pouvoir et inaugure un quatrième quinquennat. Pour certains, M. Bouteflika apparaît comme le garant de la stabilité. Pour d'autres, il symbolise jusqu'à la caricature un régime militaire corrompu et finissant, dans un pays riche en pétrole et en gaz, mais où la population reste durement touchée par le chômage et la pauvreté.

La presse tire à boulets rouges sur un « non-choix »

Abdelaziz Bouteflika, le 17 avril 2014 dans son bureau de vote à Alger.
Abdelaziz Bouteflika, le 17 avril 2014 dans son bureau de vote à Alger. REUTERS/Zohra Bensemra

« Le quatrième mandat, c’est parti », titre, un brin ironique, le journal Liberté sur une image du président qui avance sur son fauteuil roulant. En dernière page, le caricaturiste Dilem a dessiné un homme sur un lit d’hôpital. Le tracé de l’électrocardiogramme fait un pic en forme de « 4 ». L’éditorialiste du Quotidien d’Oran, Kamel Daoud, est tout aussi cynique. Ce n’est pas Bouteflika qui a gagné, mais le « bouteflikisme », écrit-il. Ne sachant pas comment changer, des Algériens ont voté le choix du non-changement. Mais c’est le régime qui y gagne et ce sont eux, les Algériens, qui y perdent, lit-on en substance.

Le quotidien El Watan dénonce une élection au score « brejnevien », et souligne que le taux de participation est incroyablement bas. Les 51% annoncés sont, pour le gouvernement, assez crédibles pour « valider » le scrutin et le présenter plus tard à l’étranger comme une réussite, explique le journaliste. Et de poursuivre : « Plus de 22% des électeurs inscrits (presque 5 millions d’Algériens) ne sont pas allés voter. » Le journal arabophone El Khabar s’intéresse aussi à ceux qui n’ont pas voulu choisir, en titrant : « Les bulletins de vote nul deviennent la deuxième force politique du pays ».

→ À (RE)LIRE : Algérie, le défi économique


■ Ali Benflis se pose en premier opposant d’Abdelazziz Bouteflika

Ali Benflis, candidat à l'élection présidentielle du 17 avril 2014 en Algérie, crédité de 12 %, lors d'une conférence de presse à Alger, au lendemain du scrutin.
Ali Benflis, candidat à l'élection présidentielle du 17 avril 2014 en Algérie, crédité de 12 %, lors d'une conférence de presse à Alger, au lendemain du scrutin. REUTERS/Louafi Larbi

Il est le grand perdant de l’élection algérienne et revendique la victoire. Ali Benflis, ancien Premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika, ancien patron du FLN, a obtenu selon les chiffres officiels provisoires 12 % des suffrages. En 2004 il s’était retiré de la scène politique après son échec à la présidentielle, mais aujourd’hui il assure qu’il va falloir compter avec lui.

Samedi soir, dans son quartier général sur les hauteurs d’Alger, Ali Benflis a reçu les 15 partis politiques qui ont fait campagne pour lui. L’objectif est de tirer les enseignements du scrutin, et de préparer l’avenir. Ensemble, tous ont décidé de former une nouvelle coalition qui devrait être officialisée en début de semaine. D’ici un mois, l’ancien patron du FLN devrait aussi mettre sur pied un nouvel « espace politique », sans savoir pour l’instant s’il prendra la forme d’un parti, d’un mouvement ou d’un front.

Celui qui revendique un raz-de-marée en sa faveur le 17 avril, assure qu’il ne se retirera pas de la scène politique, comme il l’avait fait après l’élection de 2004. « A l’époque j’ai fait semblant de m’éloigner, et pendant dix ans j’ai tissé un réseau à travers tout le pays », assure-t-il.Ali Benflis ne s’en cache pas, il mise sur l’écroulement d’un système qu’il qualifie de « finissant » et, plus concrètement, compte sur la tenue d’élections anticipées. S’il a dénoncé une fraude de « l’ampleur d’un tsunami », le jour du scrutin, il n’a pas appelé à protester dans la rue. Un savant calcul politique, certainement.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.