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AFRIQUE DU SUD

Les nouvelles classes moyennes noires sud-africaines

L’écrasante majorité des noirs en Afrique du Sud reste exclue du marché du travail (25% de chômeurs) et de la consommation.
L’écrasante majorité des noirs en Afrique du Sud reste exclue du marché du travail (25% de chômeurs) et de la consommation. REUTERS/Siphiwe Sibeko

Ces vingt dernières années, une classe moyenne noire est apparue en Afrique du Sud, à la faveur des politiques d’affirmative action dans la fonction publique et du Black economic empowerment (BEE) dans le secteur privé. Son appétit de consommation tire la croissance, mais ne change pas encore la donne politique et sociale.

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Encore embryonnaire en 2004, avec 1,7 million de personnes, la classe moyenne noire est devenue massive. Elle comptait 4,2 millions de personnes fin 2012, sur une population de 52 millions d’habitants, selon l’Institut Unilever de marketing stratégique (UISM), rattaché à l’Université du Cap. Cette classe moyenne est définie par trois critères, variables selon les études. Pour l’UISM, il s’agit de tous ceux qui ont une voiture, un diplôme de l’enseignement supérieur et un revenu mensuel net allant de 1 000 à 3 600 euros par mois.

Emménager loin des townships

En dix ans, la part des cadres moyens noirs a fait un saut quantitatif impressionnant : elle représente 51 % de toute la classe moyenne d’Afrique du Sud, qui compte aussi 34 % de blancs. Des proportions renversées par rapport à 2004, avec 52 % de blancs et 32 % de noirs. Un tel essor contribue à réduire les « inégalités héritées du passé », comme on les appelle dans la phraséologie du Congrès national africain (ANC), au pouvoir. Les principaux intéressés ont quitté les townships et vivent dans des quartiers résidentiels, à côté de voisins blancs avec qui ils ne s’estiment pas forcément à niveau. « N’oubliez pas que chaque membre d’une famille noire qui a la chance de gagner sa vie a beaucoup de personnes à charge », rappelle Lerato Mahlatse, responsable marketing d’un grand distributeur.

Selon l’étude de l’UISM, 70 % des ménages noirs relevant des classes moyennes se sentent « sous pression financière », pour en aider d’autres. « Nous payons aussi les traites des maisons que nous offrons à nos mères, un marqueur de réussite sociale très important dans notre communauté », poursuit Lerato Mahlatse.

De grands consommateurs qui vivent à crédit

Avides de se rattraper sur les privations du passé connues par leurs parents sous le régime d’apartheid (1948-1991), les noirs disposant d’un peu de pouvoir d’achat se distinguent aussi par leurs pratiques de consommation ostentatoires. Ils multiplient les signes extérieurs de richesse, même s’ils les accumulent à crédit. « Je roule en Mercedes parce que je peux me payer cette voiture », assure ainsi Kgomutso Masebe, un médecin généraliste de Soweto. Il ne se sert plus de son ancienne Toyota que pour aller dans les endroits les plus malfamés. Tous les jours, il fait la navette, sur plus de 50 km, entre la banlieue « blanche » d’Alberton où il a emménagé avec sa famille, près de l’aéroport de Johannesburg, et son township natal où il a ouvert son cabinet. Criblé de dettes, ce médecin ne s’en sort qu’au prix de longues heures de travail.

Les économistes ont baptisé « black diamonds » (diamants noirs) les ménages noirs disposant d’un pouvoir d’achat. Cette appellation pêche-t-elle par excès d’optimisme ? Les débats se sont multipliés à ce sujets ces dernières années. Il ne faut pas l’oublier, 40 % de la nouvelle classe moyenne noire est composée de fonctionnaires, avec des niveaux de salaire relativement bas.

Les black diamonds sans représentation politique

Les ménages noirs dépensent tout et ne génèrent pas d’épargne, posant un problème de financement de l’activité économique à long terme. Le taux d’épargne en Afrique du Sud ne dépasse pas 16,5 %, contre 50 % en Chine et 30 % en Inde. Les black diamonds ne changent pas non plus la donne politique. L’écrasante majorité des noirs en Afrique du Sud reste exclue du marché du travail (25 % de chômeurs) et de la consommation (42 % de la population vit sous le seuil de pauvreté). Les classes moyennes noires, qui n’ont pas encore de représentation politique, votent toujours pour l’ANC.

« L’hégémonie de l’ANC et sa légitimité historique font que le vote noir, lui, est toujours acquis, explique le politologue William Gumede. Les lignes de division au sein du parti au pouvoir sont surtout liées à la persistance d’une classe de travailleurs très exploités. On l’a vu avec le massacre de mineurs en grève sur la mine Marikana en août 2012, la donne sociale reste moins marquée par l’essor de la classe moyenne que par les revendications ouvrières. »

Certains, comme le Syndicat sud-africain des métallos (Numsa), affichent leur intention de former un parti de travailleurs qui serait concurrent de l’ANC. Aucune organisation, en revanche, n’est à même de donner une voix politique aux aspirations des cadres moyens issus de la majorité noire (79 % de la population). Ces derniers ne se reconnaissent pas dans le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA), perçu comme un « parti de blancs ».

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