Cinéma

«Freedom Summer» ouvre le Festival international de la diaspora africaine

Extrait de « Freedom Summer » du réalisateur Stanley Nelson qui sera présenté au 4e Festival international de films de la diaspora africaine (Fifda) à Paris.
Extrait de « Freedom Summer » du réalisateur Stanley Nelson qui sera présenté au 4e Festival international de films de la diaspora africaine (Fifda) à Paris. DR

En première européenne, l’excellent documentaire Freedom Summer de l’Américain Stanley Nelson ouvre ce vendredi 5 septembre la 4e édition du Festival international de films de la diaspora africaine (FIFDA) à Paris. L’Eté de la Liberté nous offre des images et sons d’archives très impressionnants et des interviews d’aujourd’hui poignantes. Le réalisateur, primé d’un Emmy Award, raconte l’histoire de mille jeunes (surtout blancs) volontaires accueillis en été 1964 par des Noirs dans le Mississipi pour combattre la haine raciale, la ségrégation sur place et inciter les Afro-Américains à voter. Un film à ne pas rater pour comprendre en profondeur et en subtilité l’histoire du mouvement pour la lutte des droits civiques aux Etat-Unis. Entretien avec le réalisateur Stanley Nelson venu de New York.

Publicité

Est-ce que cette histoire que vous racontez dans Freedom Summer est bien connue aux Etats-Unis ?

Les gens connaissent l’histoire du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, mais pas les détails de cet Eté de la Liberté qui s’est déroulé en 1964.

Votre film rend visible la richesse des archives : photographies, films en noir et blanc et couleur, des enregistrements d’émissions radiophoniques et télévisées. Quel rôle jouaient les médias dans ce mouvement ?

Les médias ont joué un rôle très important dans le mouvement des droits civiques. Ces mouvements voulaient faire connaître au grand public ce qui se passait dans le sud profond des Etats-Unis. Une idée de l’Eté de la Liberté était d’aller dans le Mississipi avec un millier – en majorité des blancs – étudiants et d’espérer que les médias vont suivre et attirer l’attention à ce problème de la ségrégation raciale et l’exclusion des afro-américains du droit de vote. Trois ou quatre années auparavant, des activistes noirs du mouvement des droits civiques avaient déjà essayé d’alerter sur la situation, mais sans aucun succès.

Né en 1951 à New York, vous avez déjà fait beaucoup de films sur l’histoire des Afro-Américains comme Freedom Riders en 2010. Pourquoi avez-vous décidez de faire aujourd’hui ce film sur l’Eté de la Liberté ?

Il y a plusieurs raisons pour cela. D’abord, beaucoup de gens ne connaissent pas cette histoire. Ensuite, en 2014, nous commémorons le 50e anniversaire de ce mouvement de 1964. Il y a aussi le fait que les gens qui se sont engagés pendant cet Eté de la Liberté étaient souvent très jeunes, ils avaient 18, 19 ou 20 ans à l’époque. Beaucoup sont encore en vie et peuvent raconter leurs motivations et ce qui se passait à l’époque.

Dans son film Le Majordome, le réalisateur Lee Daniels avait également traité l’histoire de ce mouvement des années 1960. Avez-vous la même vision sur les événements ?

Le Majordome est une fiction. Les faits qui sont racontés dans le film étaient pris un peu partout. Ce sont des petits bouts du mouvement des droits civils qui sont ensuite mis en forme pour raconter une histoire. Nous, au contraire, nous essayons de raconter une histoire qui n’est pas une fiction. A travers des voix de personnes qui avaient participé à ce mouvement. C’est pour cela qu’il n’y a pas de narration dans le film. Nous sommes convaincus que ce n’est pas une narration qui rapproche le public au plus près de l’histoire. C’est la grande différence entre le film de Lee Daniels et mon film.

Une surprise du film est la découverte que le président américain Lyndon B. Johnson n’avait pas peur de Martin Luther King, mais de Fannie Lou Hamer (1917-1977). Qui est cette femme qui est devenue activiste très tard à l’âge de 44 ans et qui a joué un rôle décisif dans le mouvement et dans le Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC) ?

Fannie Lou Hamer était une des héroïnes du mouvement des droits civiques, mais très peu de personnes ont entendu d’elle. Elle était très importante, parce qu’elle venait du Mississipi. Elle n’était pas Martin Luther King, elle était un métayer. Une paysanne qui a risqué sa vie pour revendiquer le droit de vote. Ainsi elle est devenue un model pour les autres Afro-Américains dans le Mississipi.

Rétrospectivement, un participant du mouvement déclare dans le film qu’il y avait deux événements qui ont marqué sa vie : le D-Day et le Freedom Summer. Ces deux événements, ont-ils la même importance pour vous ?

Oui, dans le sens comment notre pays, les Etats-Unis, se sont construits et comment ces événements ont influencé le monde. Le D-Day et le mouvement des droits civiques sont très importants.

En août 2014, il y avait des semaines de violentes émeutes à Ferguson dans le Missouri, après la mort d’un adolescent noir sans armes, tué le 9 août par un policier blanc avec six balles dont deux dans la tête. Dans votre film on entend aussi les voix de ceux qui étaient dans les années 1960 pour la ségrégation et contre le droit de vote pour les Noirs. 50 ans après, ont-ils changé ? Est-ce que la situation a profondément changé ?

Quand vous regardez comment la situation était il y a 50 ans, c’est évident que les choses ont changé. Mais les choses n’ont pas changé autant qu’elles devaient changer ou que nous voulions qu’elles changent. C’est une des leçons de Freedom Summer, les choses changent seulement si vous continuez à lutter pour le changement. 

Stanley Nelson, réalisateur de « Freedom Summer »qui sera présenté au 4e Festival international de films de la diaspora africaine (Fifda) à Paris.
Stanley Nelson, réalisateur de « Freedom Summer »qui sera présenté au 4e Festival international de films de la diaspora africaine (Fifda) à Paris. firelightmedia.tv

Du 5 au 7 septembre, le cycle « Migrations-Transmigrations » auf 4e Fifda offre l’occasion de revoir l’immense acteur Sotigui Kouyaté dans Les Noms n’habitent nulle part de Dominique Loreau, de découvrir dans Zakaria de Leyla Bouzid une histoire entre la France et l’Algérie, de partager dans Home Again de Sudz Sutherland et Deported de Rachèle Magloire et Chantal Regnault la souffrance de déportés américains en Haïti et Jamaika, de vivre dans Otomo le lot d’un demandeur d’asile africain en Allemagne ou le destin d’une serveuse dans un snack-bar populaire de la ville de Douala au Cameroun.

Nous sommes beaucoup plus osés à New York qu’à Paris.

Écouter l’entretien avec Reinaldo Barroso-Spech, le co-directeur du Festival international de films de la diaspora africaine, sur les enjeux du 4e Fifda.

 

Reinaldo Barroso-Spech, le co-directeur du Festival international de films de la diaspora (Fifda) à Paris.
Reinaldo Barroso-Spech, le co-directeur du Festival international de films de la diaspora (Fifda) à Paris. Siegfried Forster / RFI

4e édition du Festival international de films de la diaspora africaine (FIFDA) à Paris, du 5 au 7 septembre. Après la projection de Freedom Summer, le 5 septembre à 20h, il y aura un débat avec le réalisateur Stanley Nelson au Cinéma Etoile Lilas à Paris.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail