Ebola

Ebola: «Il est important de pouvoir disposer d’un vaccin préventif»

Un soignant donne à boire à une femme porteuse du virus Ebola, dans un centre de traitement spécialisé, à Kenema (Sierra Leone), en juillet 2014.
Un soignant donne à boire à une femme porteuse du virus Ebola, dans un centre de traitement spécialisé, à Kenema (Sierra Leone), en juillet 2014. REUTERS/Jo Dunlop/UNICEF/Handout via Reuters

Le Conseil exécutif de l’Union africaine s'est réuni en urgence à Addis Abeba ce lundi 8 septembre. Les Etats africains ont appelé à lever les interdictions de voyager. Jean-Hervé Bradol, ancien président de Médecins sans frontières (MSF) et directeur d’études au Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires (Crash), revient sur les pistes de traitements, les moyens et les méthodes employées contre la maladie.

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RFI : La Sierra Leone va confiner sa population entre le 19 et le 21 septembre. Ces mesures peuvent-elles se révéler efficace ?

Jean-Hervé Bradol : Nous sommes vraiment dubitatifs, parce que le plan sierra-léonais prévoit de confiner des familles chez elles, afin que des agents de santé viennent les visiter et qu’ils puissent identifier les malades au sein des familles et les rabattre vers des centres spécialisés. Mais malheureusement ces centres sont déjà complètement saturés. On craint que la méthode ne soit pas la bonne, pour cette simple raison que l’offre de soins spécialisés est trop insuffisante quantitativement aujourd’hui.

Le manque criant aujourd’hui, ce sont toujours les moyens sanitaires, les moyens humains ?

Les moyens matériels et humains pour organiser des centres d’isolement spécialisés dans le traitement, surtout, sont insuffisants. Les Etats-Unis ont déclaré qu’ils allaient faire un effort au Liberia, les Britanniques ont annoncé une aide - assez modeste puisqu’ils parlaient de 12 places -, pour la Sierra Leone. Et en Guinée où le manque de place est beaucoup moins criant, la priorité serait de renforcer les capacités de visite par des équipes dans les villages et les régions les plus atteintes, mais malheureusement personne ne s’est engagé à soutenir l’Etat guinéen en matière de transport local, de logistique du transport, de voitures, pour mener une telle opération.

Barack Obama l’a annoncé, des moyens militaires sont également prévus. Cela répond vraiment à un besoin sur le terrain ?

A Monrovia, on refuse tous les jours des malades dans les centres. Il y a des morts dans les rues et les collègues qui organisent la réponse, toutes organisations confondues, estiment qu’il manque plusieurs centaines de places à l’heure actuelle dans la ville. Donc l’aide, qu’elle soit civile ou militaire, étrangère ou nationale, africaine ou pas, est tout à fait bienvenue.

On entend qu’il y a beaucoup de pistes, il y a eu des suspensions de vol, des fermetures de frontières. Au Liberia, des villes ont été complètement mises en quarantaine depuis trois semaines. Est-ce que ces pistes ont un sens aujourd’hui ?

Les mesures très autoritaires vis-à-vis de la population risquent de renforcer la désorganisation et la méfiance. Mais de toute façon à l’heure actuelle, l’épidémie a pris une telle ampleur, au Liberia et en Sierra Leone, qu’il devient difficile d’imaginer qu’on va pouvoir la contrôler par des méthodes classiques de recherches de cas et de mises en isolement. C’est pourquoi il nous semble vraiment important de pouvoir disposer d’un vaccin préventif, un peu l’équivalent de celui qui existe contre la fièvre jaune pour pouvoir espérer un jour contrôler l’expansion de cette épidémie.

Il y a des expérimentations, justement, sur ce vaccin. On parle d’un espoir pour le mois de novembre, dans un premier temps pour les personnels de santé. Que sait-on exactement de ce produit ?

Pour l’instant, on en est vraiment à un stade de développement qui n’est pas très avancé. Donc il va falloir trouver des procédures pour accélérer. Dans une certaine mesure, ces procédures accélérées impliquent aussi une prise de risque. C’est très important évidemment de protéger le personnel de santé, parce que l’épidémie d’Ebola a des conséquences directes par les morts qu’elle produit elle-même. Mais par exemple dans la ville de Monrovia, elle a conduit à la fermeture de toutes les structures de santé généralistes de niveau secondaire, les hôpitaux qu’ils soient privés ou publics. Donc il y a des morts indirects induits. L’enfant qui a un paludisme grave aujourd’hui ne trouve pas d’endroit où se faire hospitaliser, la femme qui a besoin d’une césarienne non plus.

Fermeture, cela veut dire que les autres malades n’ont pas le droit d’entrer dans ces structures de santé ?

Les hôpitaux qui ne sont pas spécialisés dans Ebola sont en très grande partie fermés à Monrovia. Ils tournent à 5% de leur capacité, parce qu’il y a déjà eu 120 morts dans les trois pays - Liberia, Sierra Leone, Guinée - parmi le personnel de santé. Et il y a également une grande défiance de la part des malades à venir consulter à l’hôpital, dans un tel contexte épidémique.

On a entendu il y a quelques semaines un cri d’alarme de Médecins sans frontières. Aujourd’hui, justement, les acteurs de terrain, les humanitaires, les médecins ont-ils l’impression d’être écoutés ?

Ceux qui sont sur le terrain ont d’abord vraiment la tête sous l’eau. Quand on parle avec nos collègues, ils se demandent comment accueillir les malades, comment ils vont faire pour créer ces centaines de places supplémentaires le plus rapidement possible pour simplifier tous les protocoles de soins, etc. Eux, vraiment, quand on leur parle de ces débats-là, ils ont à peine l’énergie de s’y intéresser dans le fond. Au niveau des directions, des organisations de secours, on a l’impression que l’appel a commencé à produire quelques effets pratiques. Ce sont les annonces américaines et britanniques dont je vous ai parlées. Et de l’Union européenne, également, qui a annoncé le déblocage de 140 millions d’euros.

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