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Madagascar

Les sept vies de Marc Ravalomanana

Marc Ravalomanana lors de son retour à Madagascar, le 13 octobre 2014.
Marc Ravalomanana lors de son retour à Madagascar, le 13 octobre 2014. AFP PHOTO/RIJASOLO

Le retour au pays de l’ancien chef de l’Etat malgache Marc Ravalomanana, lundi 13 octobre, après six années d’exil en Afrique du Sud, a jeté la classe politique de la Grande Ile dans un abîme de perplexité et d’embarras. Le gouvernement l’a fait arrêter et l’a placé en résidence surveillée, bien que le retour des exilés politiques soit inscrit dans la feuille de route de sortie de crise signée par ce régime issu des élections démocratiques de décembre 2013. Les autorités ne semblent pas savoir comment gérer cette situation inédite sans susciter une nouvelle crise politique. Des discussions seraient en cours entre la présidence et les représentants de la communauté internationale pour décider du sort de Marc Ravalomanana. Retour en sept dates sur la vie et la carrière de cette figure de la vie politique malgache.

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12 décembre 1949

Marc Ravalomanana naît à Imerinkasinina (banlieue d’Antananarivo). Issu d’une famille modeste et autodidacte, l’homme se fait connaître dans les années 1980 en décrochant un financement de la Banque Mondiale qui lui permet de transformer en l’espace d’une décennie la petite laiterie familiale en un véritable empire agroalimentaire. Les produits estampillés Tiko (produits laitiers, huiles, boissons non-alcoolisées et crèmes glacées) inondent depuis le marché de la Grande Ile et de la région. L’homme d’affaires possède aussi sa chaîne de télévision et sa radio. Devenu l’un des hommes les plus riches du pays, il a été surnommé le « Berlusconi malgache » par ses détracteurs.

14 novembre 1999

Marc Ravalomanana.
Marc Ravalomanana. AFP/Walter Astrada

Candidat à la mairie d’Antananarivo, l’homme d’affaires se fait élire sous les couleurs de son association « Tiako Iarivo », traduit littéralement « j’aime Iarivo ». Novice en politique, il surprend par son dynamisme et lance de vastes chantiers pour la modernisation des infrastructures urbaines. La mairie de la capitale sera pour lui un tremplin idéal pour pouvoir proclamer deux ans plus tard sa candidature à la magistrature suprême.

16 décembre 2001

C’est le premier tour de l’élection présidentielle. Le scrutin tourne en duel entre le président sortant le marxiste Didier Ratsiraka et l’ancien livreur de lait devenu homme politique. Au bout de six mois de crise, Marc Ravalomanana réussit à évincer l’« amiral rouge » de la scène politique. L’arrivée d’un homme neuf et pragmatique au Palais d’Iavoloha (équivalent du palais de l’Elysée, ndlr) suscite un espoir immense parmi la population dont la majorité vit sous le seuil de la pauvreté. Ces espoirs se dissipeent progressivement au fur et à mesure que le bureau de la présidence se transforme en succursale des entreprises familiales du chef de l’Etat et les ressources étatiques sont utilisées par celui-ci pour faire fructifier ses intérêts personnels. Au grand dam des investisseurs concurrents qui se sentent brimés par ce président homme d’affaires monopolisant des pans entiers de l’économie nationale.

16 décembre 2006

Candidat à sa propre succession, Ravalomanana est malgré tout réélu. En 2007 et 2008,

Le président Marc Ravalomanana, lors d'une conférence de presse, le 31 janvier 2009.
Le président Marc Ravalomanana, lors d'une conférence de presse, le 31 janvier 2009. (Photo : AFP)

son parti, le TIM qui est l’acronyme malgache de « Tiako i Madagasikara » (« J’aime Madagascar »), remporte les législatives, les municipales, les régionales, puis les sénatoriales. Sans adversaires, le TIM domine le parlement et se targue d’avoir un millier de maires élus. Mais la crise couve, favorisée par la montée des revendications sociales. En décembre 2007, l’échec du candidat du TIM à la mairie d’Antananarivo face au jeune indépendant Andry Rajoelina est le premier signe fort d’un désamour de la capitale dont Ravalomanana a pourtant été maire entre 1999 et 2001. Sur fond de tension avec Andry Rajoelina, l’année 2008 met au jour les défaillances de sa gouvernance. Le chef de l’Etat est aussi accusé de vouloir brader les terres malgaches à des entreprises étrangères. Le projet de location, pour 99 ans, de quelque 1,3 million d’hectares de terres agricoles à l’entreprise sud-coréenne Daewoo Logistics soulève dans le pays une grande vague d’indignation et marque le début de la contestation de l’autorité de Marc Ravalomanana.

7 février 2009

La garde présidentielle tire sur la foule des partisans du maire d’Antananarivo, faisant une trentaine de morts et plus de 200 blessés. C’est un tournant décisif dans le conflit qui oppose depuis plusieurs mois le président Marc Ravalomanana au maire de la capitale Andry Rajoelina. Le président est lâché par l’armée qui dénonce la répression des manifestations et pose un ultimatum aux autorités civiles pour sortir de la crise.

17 mars 2009

Privé du soutien de l’armée, le président annonce sa démission, transférant les pleins pouvoirs à un directoire militaire, qui les transmet aussitôt à l’opposant Andry Rajoelina. Celui-ci dissout l’Assemblée nationale et le Sénat et se proclame en charge des affaires du pays en tant que président de la « Haute Autorité pour la transition ». Considéré comme un coup d’Etat par la communauté internationale, cet arrangement extra-institutionnel plonge Madagascar dans une crise de plusieurs années. Il va falloir attendre l’élection présidentielle de décembre 2013, organisée sous l’égide de la communauté internationale, pour que Madagascar renoue enfin avec la normalité institutionnelle.

13 octobre 2014

Le 20 janvier, l'ex-président malgache Marc  Ravalomanana montre les billets d'avion qui lui permettent de revenir à Antananarivo.
Le 20 janvier, l'ex-président malgache Marc Ravalomanana montre les billets d'avion qui lui permettent de revenir à Antananarivo. AFP PHOTO / STRINGER

Profitant du changement survenu après les élections démocratiques de décembre dernier, l’ancien président malgache Marc Ravalomanana est revenu à Madagascar. Il vivait en exil en Afrique du Sud depuis son renversement il y a bientôt six ans. L’ex-président avait annoncé plusieurs fois son retour et avait même tenté de prendre l’avion par deux fois, mais les autorités malgaches l’en avaient empêché jugeant que le retour était encore précoce. C’est discrètement, prenant apparemment de court les autorités, que Marc Ravalomanana est arrivé à Antananarivo. Sans doute par crainte de débordements, le gouvernement l’a fait aussitôt arrêter et l’a placé en résidence surveillée dans l’enceinte de la base aéronavale à Diego Suarez, dans le nord de l’île. Il a quand-même eu le temps de faire un point de presse au cours duquel il a tenu des propos mettant en cause la légitimité du gouvernement malgache. Rappelons qu’après son renversement en 2009, l’ancien chef de l’Etat avait été jugé et condamné aux travaux forcés à perpétuité par contumace pour la mort d’une trentaine de manifestants abattus devant le palais présidentiel alors qu’il était encore en fonction. Marc Ravalomanana a déclaré en juillet dernier qu’il était prêt à comparaître devant une cour malgache pour répondre des accusations portées contre lui.

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