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Culture / RDC / Afrique du Sud

Macbeth au Congo, des sorcières transformées en multinationale

Scène de l'opéra-théâtre Macbeth de Brett Bailey, avec Owen Metsileng dans le rôle de Macbeth et Nobulumko Mngxekeza qui incarne Lady Macbeth.
Scène de l'opéra-théâtre Macbeth de Brett Bailey, avec Owen Metsileng dans le rôle de Macbeth et Nobulumko Mngxekeza qui incarne Lady Macbeth. Nicky Newman
Texte par : Sarah Tisseyre
2 mn

« Qui déstabilise l’Afrique ?». Cette question est le fil rouge de ce Macbeth congolais créé par le metteur en scène sud-africain Brett Bailey. Son adaptation détonante de la pièce de Shakespeare et de l'opéra de Verdi est actuellement en tournée en France, comme son spectacle qui fait débat : Exhibit B. Chez Shakespeare, Macbeth est un chef de clan écossais du 11e siècle. Poussé par sa femme, avide de pouvoir, il tue le Roi, pour prendre sa place, et se voit entraîné dans une spirale de violence meurtrière. Brett Bailey situe l'histoire dans l'est de la République Démocratique du Congo. 

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En tenue panthère, Lady Macbeth jubile, avachie sur un canapé, avec son homme, devenu chef de milice, après avoir tué son commandant. Lui porte une toque de cuir rouge en forme de poing serré. C'est à Goma que nous convie Brett Bailey pour raconter l'histoire de ce couple tyrannique.

Sur scène, un immense pagne à l'effigie du nouveau leader, un chœur de réfugiés, des miliciens en treillis. Un spectacle vivant, interprété par une dizaine de chanteurs noirs sud-africains, et un orchestre. Et puisque le but est aussi de faire réfléchir, les sorcières du texte original de Shakespeare apparaissent ici sous les traits de représentants d'une multinationale.

« Dans la tradition africaine, les sorcières sont vues comme des créatures qui déstabilisent la société, explique Brett Bailey. Alors j'ai cherché qui, au fond, déstabilisait l'Afrique. Eh bien, ce sont en grande partie les entreprises multinationales qui alimentent les conflits, qui montent une milice contre une autre, pour avoir accès aux minerais, selon le processus colonialiste qui consiste à diviser pour mieux conquérir. Voilà pourquoi j'ai transformé les sorcières en représentants de multinationale. »

D'ailleurs, alors qu’à la fin de la pièce de Shakespeare, l'ordre revient, Macbeth le tyran est tué, et le fils du roi qu'il avait assassiné remonte sur le trône. Ici, en revanche, point de nouveau chef porteur d'espoir. Quand Macbeth s’écroule sur scène, c'est le logo d'une multinationale qui apparaît sur grand écran. 

► Ecouter la musique du spectacle, les points de vue des chanteurs et la voix du metteur en scène Brett Bailey dans le Rendez-vous Culture de ce lundi 24 novembre, dédié au spectacle Macbeth.

► Lire aussi : Polémique sur «Exhibit B», spectacle-choc du Sud-Africain Brett Bailey qui aura lieu du 27 au 30 novembre au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, du 7 au 14 décembre au Centquatre, à Paris.

► Brett Bailey : Macbeth, d’après Macbeth de Verdi. À l'Espace Lino-Ventura de Torcy (77), les 25 et 26 novembre, à 20 h 45. Conception & mise en scène : Brett Bailey. Musique : Fabrizio Cassol. Direction musicale : Premil Petrovic. Avec Owen Metsileng (Macbeth), Nobulumko Mngxekeza (Lady Macbeth) et huit chanteurs d’opéra. Avec le No Borders Orchestra. Pour les autres dates, consultez le site de la Cie Third World Bunfight.

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