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Egypte

Match de foot meurtrier au Caire: la police mise en accusation

Des proches d'un supporter décédé, lors de ses funérailles, le 9 février 2015.
Des proches d'un supporter décédé, lors de ses funérailles, le 9 février 2015. REUTERS/Al Youm Al Saabi Newspaper
Texte par : RFI Suivre
5 mn

La police égyptienne est sous le feu roulant des critiques depuis le drame qui a précédé un match de football dimanche 8 février, et qui a provoqué la mort de 19 personnes à la suite d'accrochages entre supporters et forces de l’ordre. Un bilan qui pourrait d’ailleurs être plus important si l’on en croit certains les clubs de supporters.

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Tant qu’il s’agissait de réprimer les Frères musulmans, les critiques étaient discrètes, même si le bilan en pertes humaines a été très lourd lors de la dispersion des « sit-in » de Rabaa et de Nahda. Une majorité d’Egyptiens rejettent en effet la confrérie et la considère comme violente. Mais selon notre correspondant au Caire, Alexandre Buccianti, avec le drame du match de football, les critiques et les attaques sont extrêmement dures à l’égard du régime.

Les supporters de football ne représentaient aucune menace pour la sécurité et pour les calmer, il aurait suffi de les laisser entrer au stade, entend-on. La police est donc accusée d’avoir retrouvé ses vieilles habitudes de répression aveugle et disproportionnée. Une police qui est en sous-effectifs. Pour un pays de 90 millions d’habitants, il n’y a que 37 000 officiers et 100 000 agents, tandis que le gros des troupes est formé de conscrits mal entrainés. Cette police est hyper nerveuse, du fait des attentats quotidiens et du fait qu’elle est prise pour cible. Près de 300 policiers ont été tués en 18 mois.

La version l’Intérieur ne convainc pas

Quelques heures après le drame, le ministère de l’Intérieur a pris soin de donner sa version des faits : la police a contenu des « ultras » (groupes de supporters radicaux), pour éviter des actes de vandalisme. Une version qui n’a pas convaincu, jusque dans les colonnes des journaux, habituellement pro-régime. « Les familles des supporters accusent la police », titre ainsi al-Chourouq, tandis qu’al-Tahrir se demande « quand le président Sissi fera rendre des comptes au ministre de l’Intérieur ».

Les autorités se sont arrêtées sur un chiffre de 19 morts mais les « ultras » du club de Zamalek, au Caire, évoquent près de 30 personnes tuées, précise François Hume-Ferkatadji, également correspondant en Egypte pour RFI. À proximité de la morgue, devant laquelle ces supporters ont passé toute la nuit, il a rencontré deux Cairotes qui ne décolèrent pas. Deux de leurs amis étaient présents lors du drame, un seul a survécu.

« La justice couvre la police »

« Nous ne sommes pas dans un Etat qui respecte sa population, ils se fichent de la vie des gens », estime Mohamed, qui boit le thé avec Ibrahim. « Ils ne s’occupent que de sécuriser le régime et ils pensent qu’ils n’ont jamais tort », poursuit Mohamed.« Le problème, c’est que nous faisons face à tout un système créé pour oppresser les gens en Egypte », dénonce Ibrahim, risquant même une comparaison avec le régime de Moubarak. « C’était la même chose avant la révolution, sauf qu’il devient de plus en plus agressif. Je ne sais pas quoi dire, mais nous devons nous rebeller. »

La société civile dénonce également le comportement des forces de l’ordre. « La justice couvre la police et ses comportements, dénonce Mohamed Lofty, directeur d’une organisation de défense des droits de l’homme. Elle ne fait pas d’enquête sérieuse, elle ne prend pas en compte les preuves, et ce qui s’est passé hier montre que la police ne considère pas la vie de ces gens, elle pense qu’il n’y a aucun problème à les tuer puisqu’il n’y aura pas de suite judiciaire. » De fait, depuis la révolution, aucun policier n’a été condamné pour des faits de violence en Egypte.


La colère des fans ne retombe pas

Trois jours après le drame du Stade du 30 juin au Caire, dans lequel 19 personnes ont perdu la vie dans des heurts entre la police et les supporters du Zamalek du Caire, la colère des fans du club ne retombe pas. Mohamed, membre des Ultras du club cairote pointe les responsabilités, qu'il estime nombreuses : « Les supporteurs accusent la police de les faire tuer, accusent la Fédération d'une mauvaise organisation, accusent le président du Zamalek de les avoir laissés entrer et de les avoir mis dans cette situation catastrophique. Il n'avait qu'une seule chose à faire : donner des instructions au Ministère de l'Intérieur. »

Propos recueillis par notre correspondant au Caire, Frédéric Nkeuna

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