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Congo / Littérature / Théâtre

«Sony Congo», l’actualité de Sony Labou Tansi, 20 ans après sa mort

Criss Niangouna dans la pièce « Sony Congo ou la chouette petite vie bien osée », écrite par Bernard Magnier et mise en scène par Hassane Kassi Kouyaté.
Criss Niangouna dans la pièce « Sony Congo ou la chouette petite vie bien osée », écrite par Bernard Magnier et mise en scène par Hassane Kassi Kouyaté. Pierre Van Eechaute

Ce magicien des mots et géant de la littérature africaine a puissamment enrichi la littérature du monde. Malgré ses mérites, l’écrivain, poète et dramaturge congolais Sony Labou Tansi reste trop peu connu. « D’où l’urgence de ce spectacle Sony Congo ou la chouette petite vie bien osée », affirme l’artiste burkinabè Hassane Kassi Kouyaté qui a mis en scène cette pièce écrite par Bernard Magnier, ami et spécialiste de l’œuvre de Sony Labou Tansi. Une création à découvrir jusqu’à samedi 14 février au théâtre Tarmac à Paris, vingt ans après la mort de Sony en 1995.

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► Lire aussi : L’écrivain Sony Labou Tansi, une deuxième vie, 20 ans après sa mort, RFI, 14/6/2015

Sony Congo est à l’image d’un écrivain qui écrivait avec un « débit à l’égal du fleuve », selon la formule sacrée de son ainé admiré, Tchicaya U’Tam Si. Et le premier roman de Sony Labou Tansi, La Vie et demie, reste jusqu’à aujourd’hui une référence pour les lettres africaines : « Chaque phrase est un tourbillon. Chaque idée est un volcan. Ce livre est un tsunami » réagit le metteur en scène Hassane Kassi Kouyaté par rapport à l’œuvre qui lui avait donné envie de faire la pièce : « il ne faut pas monter Sony, il faut faire qu’on est Sony, parce que Sony est tellement pluriel ».

Où commencer avec un génie qui a sans cesse repensé et renouvelé l’écriture, le théâtre, l’engagement et la philosophie ? Et bien, dans cette salle comble du théâtre Tarmac, lors de cette première bien applaudie, l’aventure de Sony Congo est lancée par la musique, par des rythmes congolais, parce que là aussi Sony Labou Tansi était novateur avec son Rocado Zulu Théâtre, une des rares troupes africaines qui avait percé sur la scène internationale, en liant la musique au verbe, avec une musique traditionnelle exaltant la portée philosophique de son propos.

Sony, une claque

L’Anté-peuple, L’Etat honteux, Les Sept solitudes de Losa Lopez, Les Yeux du volcan, La Vie et demie… des extraits et des allusions aux œuvres de Sony Labou Tansi défilent devant nos yeux : « Quand j’ai vu pour la première fois  une pièce de Sony, cela a été une claque pour moi, raconte Hassane Kassi Kouyaté. Je me disais : wow, c’est possible. Nous, les Africains, on travaille la langue française comme ça ! On la charge avec nos vies, avec nos histoires. On l’utilise pour dire l’universel. J’ai trouvé cela fabuleux. Et dans ma tête, il y avait cette idée de monter un jour une pièce de Sony. »

La première chose que nous demande Sony Congo ? D’entrer mentalement dans ce cercle construit sur scène par des livres alignés au sol : « cela représente l’espace théâtral, mais aussi l’espace rituel, explique Hassane Kassi Kouyaté. Le théâtre est aussi comme un rituel. Dans certaines pièces, Sony utilisait le cercle comme espace de jeu. C’est un clin d’œil à tout cela : à l’écriture, au rituel, à l’espace théâtral. »

Ce soir aussi, c’est l’art qui aura le dernier mot. Ce discernement de Sony Labou Tansi sert comme fil rouge de cette pièce qui ressuscite l’auteur congolais à travers ses mots, mais aussi avec des sons, des écrits, des photos et des images d’archive projetés sur scène. Le tout forme un théâtre documentaire qui transporte l’esprit de l’œuvre et retrace la vie de Sony pour donner envie de lire ou relire ce grand monsieur de la littérature qui a toujours galvanisé son public comme le font ce soir les comédiens Marcel Mankita et Criss Niangouna incarnant l’auteur et son œuvre en dignes héritiers.

Criss Niangouna et Marcel Mankita dans la pièce « Sony Congo ou la chouette petite vie bien osée », écrite par Bernard Magnier et mise en par Hassane Kassi Kouyaté.
Criss Niangouna et Marcel Mankita dans la pièce « Sony Congo ou la chouette petite vie bien osée », écrite par Bernard Magnier et mise en par Hassane Kassi Kouyaté. Pierre Van Eechaute

« Je ne trouve pas, je cherche »

Les soixante-dix minutes du spectacle ressuscitent le style flamboyant et le langage très particulier de ses écrits, mais ne laissent pas le temps de développer la radicalité de ses pièces ni de sa pensée couchée en français sur papier. Né en 1947 sous le nom de Marcel Sony, d’un père du Congo-Léopoldville (l’actuelle RDC) et d’une mère originaire de l’autre rive du Congo, le futur Sony Labou Tansi avait appris le français qu’à partir du CM1. Cela ne lui avait pas empêché d’être surnommé le Diogène de Brazzaville, le Rabelais noir ou devenir l’artiste africain qui a pris Picasso au dépourvu en déclarant « je ne trouve pas, je cherche ». Depuis longtemps, il est devenu le pilier d’un esprit francophone libre, revendicateur, politique et poétique. « Nous sommes des locataires de la langue française et nous payons régulièrement nos loyers » est une des phrases énigmatiques qui sonneront encore longtemps après le spectacle dans la tête des spectateurs.

Sony Labou Tansi, toujours si peu connu

Largement traduit en Europe et aux États-Unis, celui qui avait commencé à écrire à 14 ans et réussi à publier six romans et une vingtaine de pièces de théâtre, reste bizarrement toujours à découvrir, malgré le fait que Wole Soyinka lui avait dédié son prix Nobel de littérature. Est-ce parce qu’il avait bien reçu le prix spécial du festival de la Francophonie de Nice en 1979, le Grand prix de l’Afrique noire en 1983, le prix Ibsen en 1988, mais jamais le prix Goncourt ? « Justement, je ne me l’explique pas qu’il est toujours si peu connu. D’où l’urgence de ce spectacle, déclare le Burkinabè Hassane Kassi Kouyaté, 51 ans et fils du comédien mythique Sotigui Kouyaté. Quant à Bernard Magnier qui a écrit la pièce et dirige la collection « Lettres africaines » aux éditions Actes Sud : « Notre monde fait que les choses vont très vite et qu’un auteur chasse l’autre, à part de ceux qui ont été définitivement ‘ panthéonisés’. Ce n’est pas le cas de Sony, mais j’espère que cette année du 20e anniversaire de sa mort fera en sorte qu’il resurgisse. »

Pour Bernard Magnier, cette « avance de 30 mots sur le siècle » qui caractérise si bien la pensée de Sony Labou Tansi s’avère toujours d’actualité : « Nous étions vraiment frappés par la pertinence de son propos. Il y a des phrases où l’on a l’impression qu’elles étaient écrites pour les événements qui sont arrivés en France au début de l’année : ’Je sais que je mourrai vivant’. ‘J’en appelle au rire de sauvetage’. Il est complètement d’actualité. »

Les héritiers

Et au-delà de sa personne, dans son phrasé, dans son style cultivant un certain excès, dans l’esprit libre et rebelle de sa langue décapante, on reconnaît facilement ses « héritiers » d'aujourd'hui comme Dieudonné Niangouna, Julien Mabiala Bissala ou Fiston Nasser Mwanza, tous profondément marqués par Sony, mort du sida, le 14 juin 1995, à l’âge de 47 ans, après une « chouette petite vie bien osée » , un des titres de ses œuvres, qui caractérise selon Bernard Magnier bien la vie de Sony Labou Tansi.

 

Sony Labou Tansi est un maillon essentiel dans l'histoire littéraire.

Bertrand Magnier, spécialiste de Sony Labou Tansi et auteur de la pièce « Sony Congo ou la chouette petite vie bien osée ».

Sony Congo, la chouette petite vie bien osée, mise en scène par Hassane Kassi Kouyaté, écrit par Bernard Magnier, du 11 au 14 février au Tarmac, la scène internationale francophone, Paris.

► Samedi 14 février : journée spéciale Sony Labou Tansi, de 14h30 à 20h au Tarmac, Paris. Pour le programme, cliquez ici.

 

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