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Ghana

L’éclat de l’or du Ghana terni par le recours au travail des enfants

Deux enfants âgés de 9 et 12 ans, qui travaillent quotidiennement dans une mine d'or artisanale dans le centre du Ghana.
Deux enfants âgés de 9 et 12 ans, qui travaillent quotidiennement dans une mine d'or artisanale dans le centre du Ghana. Juliane Kippenberg/Human Rights Watch
Texte par : Matthieu Millecamps
8 mn

L’or du Ghana est, pour partie, extrait par des enfants. C’est ce qu’affirme Human Rights Watch dans un rapport publié mercredi 10 juin. Dans ce rapport, l’ONG enjoint le gouvernement ghanéen et les entreprises internationales achetant de l’or au Ghana à mieux contrôler le secteur des mines artisanales.

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Au Ghana, on les appelle les « galampsey ». Un terme qui vient de la contraction de « gather them and sell », « récolte-les et vends ». Ces travailleurs œuvrent dans des mines d’or clandestines de petite taille, où l’on creuse le plus souvent la terre avec les outils les plus basiques qui soient, sans beaucoup de considération pour les conditions de travail.

Loin d’être anecdotique, la part de la production de ces mines artisanales et de petites tailles pèse lourd, dans un pays où le secteur de l'or représente 11 % du PIB. En 2013, sur les 119 tonnes d’or produites par le Ghana, approximativement un tiers (34 %) « vient du secteur des mines artisanales et de petites tailles, dont la quasi totalité a été exportée » pour un total de 1,5 milliard d’euros, souligne HRW dans le rapport« Métal précieux, travail bon marché », publié mercredi par l'ONG.

Risques sanitaires graves

Une manne qui est en partie le fruit du travail des enfants, dénonce HRW. Au terme d’un travail de terrain mené depuis 2013 dans trois régions de la « corne de l’or » ghanéenne, dans l’ouest du pays, les enquêteurs dressent un constat alarmant. Sans être la règle, le travail des enfants est largement répandu dans ces mines artisanales, souvent exploitées illégalement. Agés de 15 à 17 ans pour la plupart, certains descendent « au fond » dès l’âge de dix ans, parfois au risque de leur vie. En avril 2013, parmi les victimes de l’effondrement d’une mine clandestine à Kyekyewere, dans le centre du pays, on comptait ainsi un jeune garçon de 17 ans.

Les risques pointés par le rapport pèsent d’abord sur la santé de ces trop jeunes travailleurs : les conditions de travail harassantes, les horaires interminables dans la poussière peuvent laisser des traces durables. Surtout, le mercure est encore largement utilisé dans ces mines pour agréger les particules d’or en des blocs plus compacts que l’acheteur acceptera de payer. Or, le mercure, qui s’attaque au système nerveux, est d’autant plus nocif pour les plus jeunes que l’exposition intervient à une période cruciale du développement de l’enfant. Ce qui n’empêche pas ce métal toxique, note le rapport d’HRW, d'être facilement disponible et même « fourni par des marchands d’or aux enfants-ouvriers ».

L’autre conséquence immédiate porte sur la scolarisation. « La plupart des enfants qui travaillent dans les mines vont à l’école, et certains enfants travaillent justement dans le but de gagner l’argent nécessaire à leur scolarité », précise HRW dans son rapport, incitant au passage le gouvernement ghanéen et les bailleurs de fonds à faciliter l’accès gratuit à l’école comme outil de lutte contre le travail des enfants. Mais si « les responsables des mines artisanales et les propriétaires de machines considèrent habituellement comme inacceptable le travail des jeunes enfants pendant les heures de cours », le rapport précise que beaucoup de patrons de mines « n’objectent pas » à la présence sur leur site d’adolescents, alors que la loi, au Ghana, interdit aux enfants de moins de 18 ans de travailler dans les mines.

Plusieurs milliers de «galampsey» sont des enfants

Le commerce de l’or est indissociable de l’histoire de cette région ouest-africaine. Mais la prise de conscience de la problématique du travail des enfants n’a émergé que dans les années 1980. L’ONG ghanéenne Social Support Fondation, qui a mené des projets dans la région aurifère de l’Ashanti, dans le centre du Ghana, a décrypté les ressorts de la situation actuelle des « galampsey ».

Les patrons des mines illégales qui ont recours à ces travailleurs ne peuvent, par essence, pas prétendre à solliciter des fonds auprès du secteur bancaire classique, et se rabattent donc sur des prêteurs indépendants pratiquants des taux usuraires. Pressés de maximiser les rendements de ces sites qu’ils exploitent sans licence de l’Etat, les patrons de mines artisanales ont donc plus facilement recours à la main-d’œuvre la moins chère qu’ils peuvent trouver : les enfants et les migrants.

Dans une enquête réalisée en 2013 auprès de 400 enfants mineurs, l’Organisation internationale du travail avait déjà pointé que, si le nombre exact d’enfants travaillant dans les mines clandestines était difficile à déterminer, les indications données par les acteurs de terrain indiquent que dans ce secteur, « plusieurs milliers d’enfants sont engagés dans différentes activités illégales »

Une mine d'or dans le district de Tarkwa-Nsuaem, dans le centre du Ghana, en 2014.
Une mine d'or dans le district de Tarkwa-Nsuaem, dans le centre du Ghana, en 2014. Juliane Kippenberg/Human Rights Watch

Les sociétés internationales interpellées

C’est donc d’abord aux entreprises achetant de l’or au Ghana que Human Rights Watch adresse ses recommandations. Six des plus importantes ont été interpellées (les Suisses Metalor et Produits artistiques métaux précieux, les Émiraties Kaloti Jewellery International et Emirates Gold, l’Indien Kundan et le Sud-Africain Rand Refinery), HRW jugeant qu’il y avait « des faiblesses dans leurs procédures, le manque de contrôle sur leur chaîne d'approvisionnement ou l’omission de rendre compte publiquement de leurs mesures de vigilance, par exemple, ou l’absence de surveillance systématique du travail des enfants ». Quatre de ces entreprises ont répondu, affirmant chacune respecter des protocoles stricts quant à l’origine de l’or qu’elles rachètent et se conformer aux lois internationales régissant le commerce de l’or.

Dans son courrier à l’ONG, Metalor a cependant précisé que « consciente que dans le secteur minier artisanal ghanéen (…) les conditions de travail demandent à être améliorées », l’entreprise a décidé de « ne pas intégrer de nouveau fournisseur au Ghana ces douze derniers mois ». Ces entreprises ne sont pas les seules à intervenir dans le secteur aurifère ghanéen, mais elles comptent parmi les principaux acteurs internationaux. « Nous avons des indications sur des acteurs indiens et turcs, notamment, qui achètent également l’or du Ghana », précise Julianne Kippenberg, chercheuse associée à HRW à l’origine du rapport, qui souligne que l’ONG « restera en contact avec ces compagnies pour suivre l’évolution de la situation au Ghana ».

Le Ghana « est capable de faire quelque chose »

Le rapport intervient en effet dans un contexte particulier : le Ghana s’apprête en effet à refondre son plan d’action contre le travail des enfants, et est inscrit dans le processus Africa Mining Vision lancé par l’Union africaine. Le Ghana est également signataire de la convention de Minamata, processus de lutte contre l’utilisation du mercure dans les mines que le pays à rejoint en septembre dernier.

Des rapports similaires ont été publiés par HRW sur le Mali, la Tanzanie ou encore les Philippines. Mais Julianne Kippenberg insiste sur le fait que, bien qu’au Ghana « il y a beaucoup à faire », le pays « a un gouvernement qui est capable de faire quelque chose, et de faire du Ghana un leader dans le domaine de l’orpaillage responsable ».

Parmi les recommandations adressées par l’ONG au gouvernement, il y a également une simplification de l’obtention des licences d’exploitation pour les sites de petite taille et les mines artisanales. Les autorités ghanéennes n'ont pour l'instant pas officiellement répondu au rapport. Des responsables de la Commission de contrôle des mines n'ont pas souhaité réagir pour le moment. Les autorités se disent cependant conscientes du problème de l’emploi des enfants dans les mines artisanales, mais affirment qu’il ne prévaut que dans les mines illégales. Mais c'est surtout un manque de marges de manœuvre financière qui fait obstacle.

→ A visiter :The Money Stone, un documentaire sur les galampsey réalisé par Stuart Harmon et Paula Ely. Pour connaître les dates de diffusion, rendez-vous sur leur site.

 → Le rapport complet de HRW,  consultable en intégralité

 

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