Rwanda

Rwanda: le Parlement se prononce pour une réforme de la Constitution

La population est venue nombreuse, ce mardi 14 juillet, pour suivre les débats et soutenir les sénateurs et députés lors du vote sur la réforme constitutionnelle.
La population est venue nombreuse, ce mardi 14 juillet, pour suivre les débats et soutenir les sénateurs et députés lors du vote sur la réforme constitutionnelle. AFP PHOTO / CYRIL NDEGEYA
Texte par : RFI Suivre
7 mn

Au Rwanda, sur la base des pétititions populaires, le Parlement s'est prononcé ce mardi en faveur d'une révision constitutionnelle qui permettrait au président Paul Kagame de se représenter en 2017.

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Sans surprise, les parlementaires ont estimé que les quelque quatre millions de pétitions de la population étaient fondés. L’article 101 de la Constitution, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels, doit donc être amendé comme le souhaite la population.

Il n’y a pas vraiment eu de débats pendant ces sessions ce mardi matin, mais plutôt une succession d’interventions louant les succès du président Kagame. Les deux chambres sont en effet largement dominées par le parti au pouvoir et par des partis qui s’étaient déjà prononcés en faveur d’une telle réforme constitutionnelle.

Invités à suivre les débats, les Rwandais se sont massés au Parlement. Les galeries réservées au public étaient bondées de partisans, applaudissant et chantant des slogans en faveur du président Kagame.

Les parlementaires vont maintenant descendre sur le terrain pour continuer des consultations avec la population. Ce n’est que que dans un deuxième temps que le Parlement se réunira et qu’un projet de révision constitutionnelle sera examiné. Pour qu’une révision soit adoptée, il faudra qu’elle recueille trois quarts des votes des deux chambres, puis être approuvée par un référendum populaire.

De nombreux Rwandais, parfois arrivés par bus entier, on répondu présent.

Affluence record au Parlement rwandais

Une modification attendue

Le processus n'est pas terminé, mais les intentions sont clairement affichées, et ce depuis de longs mois, comme l'explique Filip Reyntjens, président du Centre d’études de la région des Grands Lacs à l'université d’Anvers en Belgique. Pour lui, ce vote à l'unanimité au Parlement n'est pas une surprise dans le contexte rwandais actuel.

« Ce n’est pas du tout une surprise, cela fait au moins deux ans, deux ans et demi que d’abord des petits partis qui font partie du cartel du Front patriotique rwandais (FPR), au pouvoir, demandent qu’on fasse sauter la limitation du nombre de mandats, rappelle-t-il. Par la suite, ça a été relayé au sein du FPR, lui-même. ( …) Donc cette campagne était déjà en marche depuis pas mal de temps et la chose était extrêmement claire : on allait procéder à une révision constitutionnelle. »

Pas de voix discordantes... ou presque

« Il n’y a pas eu de voix dissidente, poursuit le chercheur. Si, il y en a une. Le seul parti d’opposition reconnu mais pas représenté au Parlement, le Parti vert rwandais, s’est opposé publiquement à l’idée d’un troisième mandat. Et un seul journaliste s’est posé des questions à ce sujet. Apparemment – ce n’est qu’une apparence évidemment –, l’unanimité est totale à ce sujet. »

Certains observateurs sur place remettent en question la spontanéité de ces pétitions. Mais le Parti vert rwandais est en effet le seul parti d’opposition à se soulever contre cette modification de la Constitution. Il a intenté une action en justice contre cette décision devant la Cour suprême. Le but : prouver que la majorité de la population ne veut pas de cette réforme et que la pétition validée aujourd’hui par le Parlement a été truquée. « Nous demandons que la Constitution ne soit pas changée, explique Frank Habineza, président du Parti vert rwandais. Nous voulons d’abord alerter sur le fait que trois millions de signatures, c’est peu. Il y a plus de trois millions de personnes qui n’ont rien dit. Deuxièmement, nous avons eu des informations sur des pressions pour faire signer les gens. Des gens ont signé à leur bureau, puis chez eux, puis à des meetings politiques, donc cela a fait augmenter le nombre. Nous allons continuer à nous battre au tribunal et essayer de montrer à la population qu’il ne faut pas accepter un tel changement. »

Mais Christophe Bazivamo, vice-président du FPR, le parti présidentiel, affirme que le processus est lancé et qu’il ne s’arrêtera pas.

Je pense qu’on peut forcer quelqu’un à écrire, mais qu’on ne peut pas forcer les gens à être contents et à jubiler quand leur souhait est réalisé.

Christophe Bazivamo.

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