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Sénégal / Tchad

Reprise du procès Hissène Habré à Dakar: la stratégie de la défense

Le 20 juillet dernier, premier jour du procès de l'ancien président tchadien, Hissène Habré avait été expulsé manu militari du tribunal.
Le 20 juillet dernier, premier jour du procès de l'ancien président tchadien, Hissène Habré avait été expulsé manu militari du tribunal. AFP PHOTO / SEYLLOU
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Au Sénégal, Hissène Habré a refusé d'être présenté devant ses juges ce lundi matin. Il y a 45 jours, le procès de l'ancien président du Tchad, jugé pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et torture, avait déjà été reporté. Ses avocats refusant de plaider, la cour en avait alors commis d'office trois et leur avait donné du temps pour s'approprier le dossier.

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S'ils réfutent toute idée de saborder ce procès ou de jouer la montre, les avocats d'Hissène Habré cherchent visiblement une nouvelle faille pour obtenir un second report. Leur stratégie : affirmer que les trois avocats commis d'office fin juillet n'ont aucune légitimité pour défendre leur client puisque c'est la cour qui les a désignés. « On entend souvent les gens dire que Hissène Habré a peur, que s’il n’a rien à cacher il n’a qu’à venir prendre la parole. Mais, on le répète, on ne prend la parole que devant une justice qui est juste et impartiale », campe Maître Ibrahima Diawara.

Pour la défense des parties civiles, au contraire, les avocats commis d'office ne peuvent être récusés car leur présence permettra d'avoir un procès équitable. « Pour un procès juste et équitable, il faut des avocats de l’autre côté, plaide Maître Jacqueline Moudeina pour qui il n'est pas question d'obtenir un nouveau report. La cour a eu tout à fait raison de commettre des avocats d’office et de leur donner un temps pour prendre connaissance du dossier. Cela concourt à obtenir un jugement juste et équitable. »

L'important pour les victimes c'est justement de pouvoir enfin se retrouver en face d'Hissène Habré, de pouvoir lui « dire tout ce que l'on a sur le cœur », explique l'une d'elles. Leur crainte, c’est donc un nouveau report.

L'ancien président tchadien qui sera sans doute amené de force au tribunal de Dakar et qui tentera peut-être de se faire expulser de la cour a d’ores et déjà indiqué qu'il n'aura qu'un moyen de défense : le silence.

Habré, une défense en forme de résistance

S'il a toujours refusé de s'exprimer face aux juges et donc de se défendre sur le fond, l'ancien président tchadien a néanmoins développé ces derniers mois une défense sur la forme. Seul accusé à la barre et jugé devant un tribunal dont il ne reconnaît pas la légitimité, Hissène Habré a dans un premier temps cherché à émouvoir l'opinion publique. Malmener un homme de 73 ans n'est bien vu dans aucun pays du monde. Au début du mois de juin, les avocats d'Hissène Habré s'étaient donc plaints de l'extraction forcée de leur client lors de son interrogatoire d'identité. Dix jours plus tard, ils avaient accusé l'administration pénitentiaire d'avoir réagi très tardivement à une crise cardiaque d'Hissène Habré restée sans suite depuis. Enfin, lors de l'ouverture du procès le 20 juillet, les photographes ont immortalisé l'image d'un Hissène Habré expulsé manu militari du tribunal, chapelet musulman à la main.

Le camp Habré semble bien décidé à éprouver la patience du tribunal. Le refus de se présenter avec ses avocats lors de l'ouverture du procès le 20 juillet avait entraîné la désignation d'avocats commis d'office et une suspension de 45 jours.

La semaine dernière, une plainte irrecevable a été déposée par des victimes contre l'actuel président tchadien Idriss Déby qui a facilité l'organisation de ce procès.

Qu'il parle ou nous, qu'il soit là ou non, le procès aura lieu, les victimes vont témoigner et le tribunal va statuer.

Reed Brody

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