Sénégal

Procès Habré au Sénégal: la défense met les témoins à l'épreuve

Le procès de l'ancien dictateur tchadien se tient au palais de justice de Dakar depuis début septembre 2015.
Le procès de l'ancien dictateur tchadien se tient au palais de justice de Dakar depuis début septembre 2015. AFP PHOTO / SEYLLOU

Au procès d'Hissène Habré, les témoignages se poursuivent au sujet de la répression du peuple Hadjaraï. Ils ont aidé Hissène Habré dans son accession au pouvoir avant de devenir ses ennemis en raison d'actes supposés séditieux de certains de ses cadres. La défense tente de montrer à l'inverse que la rébellion a entrainé la répression et non l'inverse.

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«Il doit parler, s'arrêter pour que vous puissiez traduire, et ensuite doit continuer. Mais s'il parle en même temps que vous traduisez, on ne va pas l'entendre. » Les audiences sont longues, ralenties par la traduction en français des langues nationales tchadiennes et par les réponses souvent décousues des témoins. Il faut donc rester bien concentré pour écouter les témoignages comme celui de Djede Kourtou. Il arrive à la barre en boitant.

Ce compagnon de lutte d'Hissène Habré est l'ancien directeur de l'agence tchadienne de presse. Il a dû être amputé après s'être fait tirer dessus dans sa voiture à Ndjamena. Il est considéré comme le premier cadre victime de la répression contre les Hadjaraï passés du statut d'alliés à celui d'ennemis.

Les avocats de la défense exploitent les incohérences potentielles de son témoignage. Si ce haut cadre Hadjaraï est toujours en vie c'est finalement parce que la répression n'a pas été aussi totale qu'on le dit, tentent-ils de démontrer.

Autre témoin, lui aussi Hadjaraï. Un ancien de la police militaire victime du régime. La défense teste sa fidélité à l'Etat tchadien pour montrer que la répression contre les Hadjaraï pouvait aussi se concevoir comme une légitime défense de l'Etat face à une rébellion plus ethnique que politique : « Vous êtes un militaire. Qui auriez-vous choisi entre l'armée nationale à laquelle vous apparteniez et les Hadjaraï ? », demande l'avocat. « Si j'avais l'occasion, je rejoindrais les miens », répond le témoin.

La défense n'en attendait pas tant dans un procès où l'on n'est pas toujours certain que les témoins comprennent l'enjeu des questions. « Je vous remercie, monsieur le président, la défense en a terminé. »

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