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Littérature / Rwanda

Le «Cœur Tambour» de la Rwandaise Scholastique Mukasonga

Scholastique Mukasonga, la romancière rwandaise a publié « Cœur Tambour » aux éditions Gallimard.
Scholastique Mukasonga, la romancière rwandaise a publié « Cœur Tambour » aux éditions Gallimard. C. Hélie/Gallimard
Texte par : Grégoire Sauvage
4 mn

Ce roman évoque l'esprit de Nyabinghi, figure féminine anticoloniale vénérée par les rastas. Une légende dont la romancière avait entendu parler dans son enfance, mais qu'elle avait complètement oubliée. Jusqu'à ce voyage en Guadeloupe… Après « Notre-Dame du Nil », Prix Renaudot en 2012 où elle revenait sur les prémices du génocide rwandais au cours duquel elle a elle-même perdu presque toute sa famille, l’écrivaine Scholastique Mukasonga publie « Cœur Tambour » aux éditions Gallimard.

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RFI : Dans Cœur Tambour, vous nous racontez l’histoire de Kitami, une chanteuse à succès, aux pouvoirs surnaturels, célèbre dans le monde entier pour ses concerts dignes de cérémonies rituelles. Cette chanteuse voue un culte à son tambour, habité par l’esprit de Nyabinghi. Cette figure féminine anticoloniale a-t-elle une réalité historique ?

Scholastique Mukasonga : Oui. Nyabinghi prend plusieurs nomsen fonction des époques. Je crois que [cela commence] au XVIIIe siècle, puis elle réapparaît début XXe siècle sous le nom de Muhumusa qui, en effet, a combattu les Allemands et les Anglais pour défendre son territoire. A cette époque, comme à la conférence de Berlin [26 février 1885, ndlr], on devait se partager l’Afrique. Et cette reine s’est vraiment défendue comme une lionne. Bien sûr qu’elle a été arrêtée. Mais, comme par miracle et parce que Nyabinghi a des forces magiques, on ne l’a pas mise en prison. Elle a été juste assignée à territoire à la frontière de l’Ouganda.

Ce nom de Nyabinghi était enfoui dans votre mémoire. Comment a-t-il ressurgi à la faveur d’un voyage en Guadeloupe ?

Moi, je suis née quand même à l’époque où tout ce qui est croyance et traditionnel était éradiqué. Ça faisait au moins une cinquantaine d’années que je n’avais pas entendu parler de ce nom. Jusqu’à ce séjour littéraire en Guadeloupe. Un samedi, je vais à Pointe-à-Pitre admirer, applaudir les joueurs de tambours, là-bas on les appelle les tambouyé. J’avais beau être Guadeloupéenne physiquement, un tambouyé remarqua mon accent : « D’où vous venez ? », « Du Rwanda ». Ah, surprise générale : « Vous venez du Rwanda et vous connaissez Nyabinghi ? ». Vous savez que nos frères rastas jamaïcains, ils ont pris comme nom de groupe Nyah Benge. Vous savez bien que les Antillais cherchent toujours à se rattacher à l’Afrique. C’est ça qui m’a intéressée énormément. Avec son nom,  je fais un pont de l’Afrique à la Jamaïque, aux Îles caraïbes. Donc j’ai trouvé quelque part un fil conducteur qui nous réunit.

Votre roman commence un an après la mort mystérieuse de la chanteuse Kitami. Elle vivait depuis plusieurs années recluse avec ses servantes dans une ancienne plantation des Antilles. Un journaliste reçoit alors un manuscrit écrit de sa main et qui relate à la première personne son enfance au Rwanda. Alors elle ne s’appelle pas encore Kitami, c’est Prisca. Est-ce que vous diriez que c’est une petite fille qui vous ressemble ?

Quelque part, Prisca n’est pas étrangère à mon histoire. Dans son village, elle est quand même crieuse, elle est mystérieuse, elle est à l’écart. Elle a une curiosité qui la met à l’écart des autres, qui va l’amener justement à aller voir Nyabinghi dans les marais alors que c’est interdit, personne ne doit y aller. Cette curiosité, je l’ai retrouvée chez moi. Mine de rien, vous êtes prise au piège et inconsciemment vous vous prenez dans votre personnage.

Avec ce roman, on sent que vous avez voulu mettre à distance quelque part le génocide rwandais. En même temps, il est omniprésent à travers tous les signes annonciateurs de la violence qui s’apprêtent à s’abattre sur les Tutsi.
 
Oui, à mon grand désespoir et au regret, c’est vrai que ce livre est normalement… Je devais vraiment écrire autre chose. Malheureusement, suis-je devenue la suivante Nyabinghi ? Finalement, j’accepte. Il y a beaucoup de choses à dire sur le Rwanda, notamment tous ces tabous. Il faut briser les chaînes quel que soit le prix qu’il faut payer parce que les tabous, ce n’est pas simple. Ça m’a valu des surprises. Mais pour l’instant, je ne me sens pas en capacité d’en parler, mais il est vrai que ces tabous peuvent être justifiés.

Cœur tambour, c’est un roman qui se lit, c’est un roman qui s’écoute aussi. Est-ce que pour vous, l’écriture est un chant ?

C’est un chant et c’est une libération. Pour moi, cette écriture, c’est la musique. L’écriture est musicale. Au départ, c’est vrai, j’ai écrit dans la douleur. Les premiers romans étaient vraiment sur la discrimination. Petit à petit, j’ai absolument pu accéder à son confort. L’écriture, c’est vital. Aujourd’hui on ne doit pas vivre sans écrire.

► Ecouter l’interview avec la romancière rwandaise Scholastique Mukasonga

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