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Tchad / Sénégal / Justice

Procès Hissène Habré: retour sur les temps forts

Images d'une chaine de télévision sénégalaise lors de l'annonce du procès d'Hissène Habré, le 20 juillet 2015.
Images d'une chaine de télévision sénégalaise lors de l'annonce du procès d'Hissène Habré, le 20 juillet 2015. ISSOUF SANOGO / AFP
6 mn

Le verdict du procès d’Hissène Habré est tombé ce lundi 30 mai au palais de justice de Dakar. L’ex-président du Tchad entre 1982 et 1990, accusé de crimes de guerre, actes de tortures et crimes contre l’humanité, a été condamné à la prison à perpétuité. Il était jugé depuis neuf mois devant les Chambres africaines extraordinaires, juridiction spéciale créée pour l’occasion. Retour sur les éléments marquants, les moments clés de ce procès historique.

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De notre correspondant à Dakar,

« Dégagez, dégagez ». Voilà les premières et quasi uniques déclarations d’Hissène Habré durant son procès. Le jour de l’ouverture, l’image va choquer avocats et partisans de l’ex-chef de l’Etat. Hissène Habré, porté par des forces spéciales cagoulées, amené de force devant les juges, maintenu sur sa chaise toute la matinée. « Je suis libre et indépendant », cri l’accusé. Le président Gustave Kam s’impose, fait régner l’ordre : « je demande le silence dans la salle ». La tension est forte, mais le silence se fait, le procès peut débuter. Avec la lecture de l’acte d’accusation.

Caché derrière ses lunettes de soleil aux montures dorées, son grand boubou blanc, Hissène Habré change alors de stratégie. Il impose un lourd silence, fait comme s’il n’était pas là. Il va tenir cette posture durant tout le procès autant avec les juges, qu'avec les parties civiles, mais aussi avec ses trois avocats commis d’office. Sa voix va néanmoins résonner dans la salle d’audience. Déjà soupçonné d’exactions en 1984, il donne une conférence de presse à Ndjamena, cette archive est diffusée.
« Les accusations d’atrocités, de massacres, ce sont des accusations gratuites, inacceptables », affirme alors celui qui est chef de l’Etat et chef des armées.

Plus de 100 témoins

Durant quatre mois, jusqu’en décembre, experts, témoins, plus de 100, vont se succéder à la barre. Robert Hissène Gambier, surnommé « celui qui court plus vite que la mort » par ses geôliers décrit par exemple les conditions de vie dans les prisons du régime tchadien : « leur nourriture est mortelle. Certains sont maigres, quand vous soulevez leurs fesses, il n’y a rien. La peau et l’os. Il meurt, il meurt, il meurt », raconte le témoin avant de conclure en se tournant vers Hissene Habré : « Il a créé l’enfer. L’enfer ».

Les avocats des victimes et le procureur Mbacke Fall cherchent à démontrer qu’Hissène Habré est bien le responsable numéro 1 de la répression, « le cerveau » expliquent-ils à la barre, en dirigeant notamment au quotidien la Direction de la documentation et de la sécurité. Mbacké Fall lit l’acte de création de la DDS, acte découvert dans les locaux de la police politique après la chute du régime Habré. « Constituant l’œil et l’oreille du président de la République, la Direction de la documentation et de la sécurité doit s’informer du bon fonctionnement des services étatiques ».

Les avocats commis d’office qui défendent Hissène Habré interrogent tous les témoins, les poussent dans leurs retranchements, estiment que certains mentent à la barre. Un exemple avec Maître Mabye Sene qui s’adresse sèchement à l’un d’eux : « Ce n’est même pas un témoin, il est haineux. Vous avez vu qu’il est venu déverser sa bile sur le président Habré. Ce sont des gens qui ont été instrumentalisés et qui veulent la tête de Habré c’est tout ! » Un ultime témoignage, celui de Khadija Hassan Zida, va secouer l’assistance. A la barre, interrogée par le président Kam, elle accuse Hissène Habré de l’avoir violée à la présidence « la première, y compris le président lui-même il était parmi ceux-là ». « Quel président ? », demande la juge. « Le président Habré », réplique le témoin. Les avocats commis d’office accusent cette femme de mentir à la barre : « Pour un homme dont on dit qu’il s’est arrogé les attributs de dieu, qui est craint. Il va se livrer à la présidence à une séance de partouze, est-ce que vous y croyez monsieur le président ? »

Le temps des plaidoiries

Après deux mois d’interruption, le procès reprend en février. Les plaidoiries des avocats, les réquisitions du parquet vont durer cinq jours. Pour le procureur, Mbaké Fall, la culpabilité d’Hissène Habré ne fait aucun doute. Il requiert la réclusion criminelle à perpétuité : « la responsabilité de Hissène Habré pour les crimes à lui reprocher en [sa] qualité de supérieur hiérarchique militaire et civil doit être retenue. Il y a lieu de retenir la culpabilité d’Hissène Habré des chefs de tortures, crimes contre l’humanité et crime de guerre ». William Bourdon, avocat de victimes, charge lui aussi l’ex-président tchadien : « il va faire le V de la victoire alors que c’est le V du venin. Le mal absolu n’a pas de visage parce qu’il sait que si vous aviez vu ses yeux, vous auriez plongé dans la seule chose qu’a offerte Hissène Habré à son peuple, cette face sinistre qu’il fait qu’il a souillé la terre tchadienne ». Une fois de plus, les avocats commis d’office estiment que le dossier est vide, que rien ne permet de prouver qu’Hissène Habré était le responsable de la répression. « Pour la quasi-totalité des témoins qui ont comparu à la barre, ils ont soutenu que du simple fait qu’il était le chef de l’état, qu’il devait être tenu pour responsable de tout ce qu’il s’était passé, de tous les abus, de toutes les exactions qui ont été commises à l’époque au Tchad », explique Maître Mounir Balal..

Depuis les plaidoiries, la cour, à huis clos, a disposé de trois mois pour préparer son délibéré. Un verdict qui a donc acté la responsabilité de Hissène Habré des crimes qui lui étaient reprochés.

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