Maroc

Maroc: le roi Mohammed VI appelle à un front commun contre le fanatisme

«Non au terrorisme», peut-on lire sur cette affichette en arabe, lors d'un hommage rendu par des Marocains au consulat français de Rabat, en novembre 2015 après les attentats à Paris et Saint-Denis.
«Non au terrorisme», peut-on lire sur cette affichette en arabe, lors d'un hommage rendu par des Marocains au consulat français de Rabat, en novembre 2015 après les attentats à Paris et Saint-Denis. AFP PHOTO / STR

Au Maroc, le roi Mohammed VI a appelé à un front commun pour contrecarrer le fanatisme des jihadistes. Dans un discours à la nation prononcé à l’occasion de son anniversaire, le souverain alaouite s’est principalement adressé à la communauté marocaine vivant à l’étranger. 

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« Les terroristes qui agissent au nom de l’islam sont des individus égarés condamnés à l’enfer pour toujours. » C’est en qualité de commandeur des croyants dans son pays et descendant du prophète Mahomet que le roi du Maroc s’est exprimé sur les dérives fondamentalistes de l’islam.

La diaspora marocaine, encore très nombreuse à passer ses vacances au pays, a été invitée à préserver sa bonne réputation, et à rester attachée aux valeurs de tolérance qui caractérisent cette communauté.

Le souverain chérifien s’en est également pris à ceux qui instrumentalisent certains jeunes musulmans en Europe, exploitant - a-t-il dit - leur méconnaissance de l’arabe et de l’islam. Mohammed VI est revenu à plusieurs reprises sur la notion de jihad dans le Coran. Envisageable, selon le souverain, uniquement par nécessité d’autodéfense.

Outre ces mises en garde, le roi du Maroc a enfin invité ses concitoyens d’Europe à s’armer de patience, dans ce contexte difficile. La diaspora marocaine, forte de 5 millions de personnes, se sent particulièrement stigmatisée en Europe, après que les attentats de France et de Belgique ont impliqué plusieurs binationaux originaires du Maroc.

Une communauté récemment échaudée aussi en France, après qu’une rixe a éclaté à Sisco en Corse pour un supposé port de maillot de bain islamique. Deux membres d’une famille marocaine avaient été blessés, ce qui avait provoqué l’intervention des autorités consulaires du royaume chérifien.

Manifestation de membres de la communauté marocaine et musulmane à Pordenone, en Italie, le 26 mars 2016, contre le terrorisme islamique.
Manifestation de membres de la communauté marocaine et musulmane à Pordenone, en Italie, le 26 mars 2016, contre le terrorisme islamique. Andrea Spinelli/Pacific Press/Getty

Au Maroc, le roi est à la fois une autorité politique et religieuse. L'historien Benjamin Stora estime que c'est un geste « très important », notamment parce que « c’est la première fois qu’il y a un discours très clair, très explicite, très direct portant sur la question du terrorisme ».

« C’est une initiative qui doit être prise en compte dans la mesure où il appelle à se désolidariser fermement des agissements jihadistes, notamment venant de ceux qui appartiennent d’origine à la communauté marocaine. C’est important parce que, jusqu’à présent, très souvent, notamment au Maghreb, on avait l’habitude de dire que dans la fond les terroristes étaient Européens mais n’appartenaient pas disons, sur le plan d’origine, au pays de départ. Là, il y a cette revendication de se démarquer de personnes qui peuvent être originaires de pays du Maghreb, soit parce qu’ils y sont nés, soit par leur descendance, par leur famille », avance le chercheur.

Pour l'Association des Marocains de France (AMF), cettte déclaration du souverain chérifien est un bon signe. « C’est un appel que nous saluons parce que nous saluons tout travail qui va à l’encontre de la radicalisation des sociétés et surtout de la lecture obscurantiste de la religion. Traditionnellement au Maroc, l’islam est une religion plutôt pacifique », souligne Houcine Sardouk, responsable de projet à AMF. 

Son association est quotidiennement au contact de ce genre de problématiques. « Nous sommes implantés dans des quartiers populaires, donc souvent dans nos permanences, il y a des gens qui viennent et on essaie, si on voit des signes de quête de radicalité, de les approcher et surtout de leur donner une autre façon de comprendre et une autre façon de lire les textes que celles qui sont malheureusement données dans des cercles inconnus. »

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