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Sénégal/Société

Sénégal: la jeunesse de Dakar débridée, sur l’île de Ngor

L'île de Ngor, l'un de lieux de détente favoris des habitants de Dakar, au Sénégal.
L'île de Ngor, l'un de lieux de détente favoris des habitants de Dakar, au Sénégal. RFI/Sabine Cessou

Tous les jours vers midi, pendant les vacances scolaires, une foule aussi joyeuse que compacte débarque sur Ngor, au large de Dakar. L’ilot, jadis un havre de tranquillité, peine à accueillir toute une jeunesse parfois turbulente, qui vient pour faire la fête, mais se livre aussi, parfois, à des actes plus graves.

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Sur la plage de Ngor, un village de pêcheurs lébous de la pointe des Almadies, à Dakar, les pirogues vont et viennent toute la journée, sous l’oeil vigilant de la police montée. À cheval, les agents en uniforme surveillent la plage, où la foule se presse au début de l’hivernage. Une saison marquée par des pluies et une chaleur caniculaire.

Les forces de l’ordre veillent au bon port des gilets de sauvetage à bord des embarcations qui font la navette entre le village et l’île de Ngor. Sur les pirogues, les gilets orange fluo sont devenus obligatoires, après un drame survenu en 1992, qui a vu des dizaines de passagers se noyer parce qu’un navire surchargé avait coulé.

Sur cette île aux trois petites plages et aux spots de surf, dont les vagues ont été filmées maintes fois par le cinéaste Djibril Diop Mambéty, les Dakarois ont commencé à venir pique-niquer et à construire des cabanons dans les années 1950. Aujourd’hui, ce mouchoir de poche de 200 mètres sur 500 est surpeuplé – comme toute la capitale. Et pas seulement parce que les villas s’y multiplient, parfois clinquantes et sans harmonie architecturale, n’échappant pas à la frénésie de construction des 15 dernières années à Dakar. Cette petite enclave refuse néanmoins de devenir un village, et ses habitants préfèrent les panneaux solaires à l’électricité, pour éviter les boîtes de nuit et préserver leur tranquillité. 

Des insulaires qui font la loi 

Tous les jours, en juillet et août, Ngor est prise d’assaut -sauf les vendredis, jour de prière. Au point de faire fuir ses plus anciens habitués, trop nostalgiques de l’époque où l’île n’abritait que quelques cabanons devenus des maisons appréciées par les artistes. Rien à voir avec la foule bruyante qui arrive avec ses sound systems en marche dans des sacs à dos, des glacières et de grands bols de riz préparés à l’avance. 

Pas de police en vue sur l’île. Le déferlement quotidien de jeunes, pendant les vacances, contraint la centaine d’habitants permanents de Ngor à faire la loi. La présence d’un camp militaire, adjacent à l’une des plages, les y aide parfois, notamment quand de longues files d’attente se forment pour repartir le soir, avec des bousculades et des bagarres pour monter à bord des pirogues. Les militaires sortent alors du camp pour mettre un peu d’ordre sur la plage.

Les maîtres nageurs déployés par la mairie de Ngor veillent aussi, à coups de sifflet, à la sécurité des baigneurs. Ils rappellent à l’ordre les jeunes qui nagent trop loin, mais n’ont pas pu empêcher, cependant, une criminalité de se développer – avec viols, vols et agressions à la clé .

« Dieu merci, aujourd’hui il n’y a eu aucun débordement et aucun cas d’agression sexuelle », soupire ainsi en fin de journée, lors d’un dimanche d’août particulièrement chargé, l’un des insulaires qui gère une partie du trafic de pirogues. « Pour qu’on ait de nouveau la paix sur l’île, poursuit-il, il faudrait doubler le prix du passage et le faire passer à 1000 francs CFA ».

Des cas de viols dans l’eau

Des couples de jeunes passent la journée enlacés dans l’eau, entourés par des groupes qui barbotent en bord de plage. Les garçons portent les filles dans leurs bras, faisant comme s’ils voulaient leur apprendre à nager. Une façon de partager un peu d’intimité dans une ville où manquent des espaces de liberté. « Quelquefois, ces jeunes ne se connaissent même pas, relève un maître-nageur. Il arrive qu’un ou des garcons isolent une jeune fille pour la violer… Nous surveillons donc les baigneuses qui se débattent mais qui souvent, n’osent pas crier ».

A Ngor, on est loin des débats français sur le burkini, malgré l’importance de la religion musulmane dans la société sénégalaise. Les filles se baignent parfois toutes habillées, mais dans des tenues légères qui les rendent encore plus sexy, sans que personne n’y trouve rien à redire…Certaines sont en short et simple soutien-gorge, faute de pouvoir se payer un maillot de bain. 

Entre islamisation et promiscuité

Au café l’Oasis, une terrasse en surplomb, de jeunes rastas observent ce qui se trame dans l’eau, en fumant des chichas et en buvant des cafés. « Le Sénégal, c’est compliqué, explique Samba. Les enfants des quartiers populaires dorment parfois dans la même chambre que les parents, parce que les maisons ou les appartements sont trop petits. Ils les entendent quand ils font l’amour. Pour eux, la promiscuité paraît normale ».

Autre explication sur la licence qui règne à Ngor, selon Aboul Aziz, un médecin quinquagénaire qui ne fréquente l’île que pour ses restaurants, des terrasses encore tranquilles parce que les jeunes ne peuvent pas se les payer : « Une islamisation insidieuse gagne du terrain au Sénégal, et contraint de plus en plus les adolescents à se cacher pour prendre quelques instants de plaisir. Et ce, alors que les générations précédentes étaient totalement libres de faire la fête les week-ends, au vu et au su des parents. »

Si les cas de viols restent rares, des vols se produisent tous les jours, en revanche. Sur les portes de certaines villas de Ngor, des panneaux « chien méchant » ont été vissés pour dissuader les chapardeurs, avec ou sans chien dans les jardins. Un vendeur de T-shirts qui n’écoule que deux ou trois pièces par jour à une clientèle de jeunes fauchés repart chez lui pieds nus, un dimanche soir. « J’avais bien caché ma paire de tongs toute neuve sous une pierre, dit-il. Mais quelqu’un a trouvé ma cachette et me l’a prise ! »

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