RDC

Libération des prisonniers en RDC: le gouvernement est-il de bonne foi?

Copie d'écran du visuel de la campagne réclamant la libération des militants de Filimbi et de La Lucha, en RDC, lancée le 1er juillet par Amnesty International.
Copie d'écran du visuel de la campagne réclamant la libération des militants de Filimbi et de La Lucha, en RDC, lancée le 1er juillet par Amnesty International. DR / Amnesty International

Le gouvernement est-il de bonne foi dans sa volonté de décrisper le contexte politique ? Alors que le dialogue national entre dans sa phase critique, le ministre de la Justice a ordonné la libération de 110 nouveaux prisonniers. Des prisonniers qui avaient été amnistiés en 2014 mais étaient restés derrière les barreaux. Mais les pressions se poursuivent. Jean de Dieu Kilima comparaît à nouveau devant un tribunal et les défenseurs des droits de l’homme dénoncent l’arrestation à Butembo d’un militant du mouvement citoyen Filimbi, Alain Lusi, relâché ce matin.

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En RDC, Jean de Dieu Kilima du mouvement Filimbi, libéré lundi, a comparu donc à nouveau -libre- devant un tribunal. L'activiste, libéré dans le cadre des mesures de décrispation, est jugé sur le fond depuis hier, vendredi 9 septembre, pour incitation à la désobéissance aux lois et troubles à l'ordre public. Des infractions politiques, disent ses avocats, tous membres de la Commission nationale des droits de l'homme. Ils demandent au tribunal de paix de Lemba à Kinshasa de se déclarer incompétent pour juger ces infractions, car elles se seraient déroulées à Kisangani. Mais aussi car ces infractions étaient jugées à l'époque de Mobutu par la cour de sûreté de l'Etat dissoute depuis. Le parquet s’y oppose. La question a été mise en délibéré.

« Nous sommes devant un client, donc Kilima, qui est victime d’une violation des droits de l’homme, explique à RFI Me Audifax Mutiri, chef du collectif de défense de Jean de Dieu Kilima et membre de la CNDH. Et donc pour restaurer, le restaurer dans ses droits, pour que cette atteinte – ces atteintes – à sa liberté - à ses libertés fondamentales - soient réparées et au besoin même soient dédommagées. Voilà. C’est pour ça que nous allons jusqu’au fond… D’abord nous avons eu sa liberté provisoire, c’est déjà pas mal. Maintenant nous allons jusqu’au fond pour qu’on puisse vraiment éteindre cette atteinte à sa liberté, à ses libertés fondamentales ».

Pour un abandon total des charges

D'autres, parmi les 15 personnes qui ont déjà été libérées, craignent eux aussi d'être convoqués. Le gouvernement plaide sa bonne foi. Mais Me George Kapiamba, président de l’association congolaise d’accès à la justice et membre du rassemblement, est inquiet. « Pour nous la soi-disant mesure de décrispation consistait à la mise en liberté de militants de Lucha et de Filimbi, mais aussi à l’abandon total de charges qui étaient retenues contre eux. Mais nous sommes surpris aujourd’hui de constater qu’une audience a été relancée contre Jean de Dieu Kilima. Nous considérons tout simplement que le gouvernement n’a jamais été sincère dans sa démarche de décrispation du climat. Il a voulu lâcher d’abord ce jeune de la prison pour céder provisoirement aux pressions qui étaient exercées sur lui par la communauté internationale ». Mais le pouvoir maintient la pression pour « les empêcher de pouvoir reprendre convenablement et librement leurs activités. »

« Et nous nous rendons compte qu’il s’agit en réalité de mesures d’intimidation pour empêcher ces jeunes [de] reprendre les activités de lutte pour la protection de la Constitution, pour la démocratie, comme ils le faisaient avant leur arrestation », conclut Me George Kapiamba.

Le rassemblement de l’opposition continue de demander la libération de tous les prisonniers politiques. Le co-modérateur du dialogue national pour le compte de l’opposition, Vital Kamerhe, avait appelé les organisations de la société civile en province à envoyer leurs listes de prisonniers politiques aux délégués du dialogue national.

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