RDC

RDC: la délégation de l’opposition suspend sa participation au dialogue

La délégation de l'opposition à la commission «Election» quelques minutes avant de suspendre sa participation au dialogue national. José Makila (d), Jean-Lucien Busa (centre) et Samy Badibanga (g).
La délégation de l'opposition à la commission «Election» quelques minutes avant de suspendre sa participation au dialogue national. José Makila (d), Jean-Lucien Busa (centre) et Samy Badibanga (g). RFI/Sonia Rolley

En RDC, la délégation de l’opposition vient de suspendre sa participation au dialogue national, ce dialogue voulu par le président Joseph Kabila pour préparer les futures élections. Une annonce qui n’est pas une surprise au vu des positions des uns et des autres.

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C’est le chef de la délégation Vital Kamerhe qui l’a annoncé à la sortie d’une commission très tendue. La commission élection doit discuter du calendrier électoral et du fichier électoral, les deux questions épineuses de ce dialogue.

La délégation de l’opposition avait prévenu qu’il y avait des lignes rouges à ne pas franchir, notamment que la présidentielle et les législatives doivent être organisées en premier lieu. On sait que la majorité a une opinion différente et estime qu’il faut d’abord que ce soit les élections locales qui soient organisées, qu’il s’agit là d’un arriéré et qu’il ne faut pas abandonner ces élections.

Appel à la communauté internationale

Pour Vital Kamerhe, le président de l’UNC et chef de cette délégation de l’opposition, la responsabilité de ne pas avoir organisé les élections est imputable au gouvernement. En l’occurrence, la résolution 22-77 prévoyait une priorité donnée à la présidentielle et aux législatives, et il faut donc que la communauté internationale fasse respecter les textes qui sont les cadres de ce dialogue, à savoir la Constitution, la résolution 22-77 et la charte de l’Union africaine.

« Nous avons décidé de suspendre notre participation sur cette question, qui est non-négociable, pour que nos amis de la majorité comprennent que la balle est dans leur camp. Ils ont créé cette situation de crise politique, ils veulent l’aggraver, ils seront seuls comptables devant la nation et la communauté internationale », estime Vital Kamerhe, qui insiste sur l'importance de la présidentielle.

« L’élection contraignante pour laquelle le calendrier est clair dans la Constitution, c’est l’élection présidentielle. Toutes les élections sont constitutionnelles, nous n’en disconvenons pas, mais l’élection où les délais fixés pour éviter la crise au sommet de l’Etat - personne ne va nous contredire - l’institution emblématique, le garant de la nation, de la sécurité : ce n’est pas le président de la République ? »

Le président de l'UNC en appelle donc à la facilitation pour désamorcer cette situation. « Il faut que la communauté internationale, qui a un rôle d’accompagnement et en même temps d’arbitrage, puisse en tirer toutes les conséquences. Puisque nous venons ici pour l’application d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, dont le gouvernement et la RDC sont membres. Je ne vois pas pourquoi ça dérangerait nos amis de la majorité. »

« Une tactique de négociation » selon la majorité

Ce que répond évidemment la majorité, c'est que c’est une tactique, une diversion, et qu’il faut maintenant que la facilitation fasse son travail. Le sénateur She Okitundu, le porte-parole de la majorité au dialogue national, se dit par ailleurs peu surpris de la tournure des choses.

« Moi ça ne m’étonne pas outre mesure. Il y avait deux positions divergentes. Du côté de la majorité, nous estimons que les élections locales constituent un véritable arriéré électoral, puisque c’est depuis 2006 qu’on a pas organisé ces élections et ces élections sont fondamentales parce que notre pays a opté pour le régionalisme constitutionnel. Et par conséquent, la décentralisation a été inscrite dans la Constitution. Maintenant l’opposition estime qu’il faut commencer par la présidentielle. C’est le point d‘achoppement. On a appris qu’ils ont suspendu leur participation, mais je pense que c’est une tactique de négociation. Pour ceux qui se posaient la question du rôle du facilitateur, c’est maintenant que le facilitateur doit entrer en action. »

Quant à la question du respect de la résolution 22-77, le sénateur de la majorité, souligne le fait que « la résolution du Conseil de sécurité, sur la question électorale, est recommandatoire, elle n’est pas un texte contraignant pour la RDC. Toutes les résolutions du Conseil commencent par rappeler la nécessité impérieuse de respecter la souveraineté du pays. »

Ce sont là des positions de départ posées par les uns et les autres. La facilitation va-t-elle choisir entre la résolution 22-77 et une position plus consensuelle et qui amènerait peut-être un compromis entre majorité et opposition ? Ça c’est la véritable interrogation.

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