Burkina Faso

Burkina: deux ans après la chute de Compaoré, l'opposition à l'heure du bilan

Un protestant au régime de Blaise Compaoré manifeste dans la foule à Ouagadougou, le 31 octobre 2014.
Un protestant au régime de Blaise Compaoré manifeste dans la foule à Ouagadougou, le 31 octobre 2014. REUTERS/Joe Penney
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Le Burkina Faso commémore les deux ans des événements des 30 et 31 octobre 2014, qui ont abouti à la démission puis la fuite du chef de l'Etat burkinabè, Blaise Compaoré. Hier, samedi 29 octobre, l'opposition organisait une conférence nationale sur l'insurrection et les défis du Burkina post-insurrectionnel.

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Une journée entière pour faire le bilan, tirer les leçons. Beaucoup de voix critiques, quelques propositions aussi comme celle d'inscrire le droit à l'insurrection dans la prochaine Constitution.

Mahamadé Savadogo, professeur de philosophie à l'Université de Ouagadougou, considère que c’est un facteur clé pour la démocratie : « C’est parce que le peuple a franchi le pas et a empêché que le vote ait lieu en faisant partir les députés que nous avons eu ce changement. Donc il faut accepter qu’il y ait des moments dans l’histoire d’un peuple où il a le droit de rejeter un pouvoir qui est devenu nocif. »

Thème important : la réconciliation nationale. Ancien porte-parole des organisations de la société civile pendant l'insurrection dans la ville de Bobo-Dioulasso, Anselme Somda appelle à rester prudent, et à ne pas dissocier la justice d’un tel processus.

« Ce que nous redoutons, c’est qu’on aboutisse à des deals politiques sur les tombes des martyrs au nom de la réconciliation nationale. Parce que s’il y a une chose qu’un être humain ne supporte pas, c’est l’injustice. Donc si on va à la réconciliation, sans la vérité et la justice, ne soyons pas surpris que l’on fasse le lit d’une autre insurrection. »

Dans la salle, certains s'interrogent : n'ont-ils pas fait tout ça pour rien ? Des doutes que comprend l'opposant Zéphirin Diabré, président de la Coalition des forces démocratiques pour un vrai changement (CFDC). « Si on risque sa vie pour que les choses changent et que l’on voit que sur le plan de la gouvernance, sur le plan du choix des hommes et des femmes, sur le plan de l’économie, sur le plan de la justice, il n’y a pas d’avancées rapides, on est en droit de se poser des questions sur le sens du combat que l’on a mené. »

Patience et retenue

Faire preuve de patience, c'est précisement ce qu'a demandé Roch Marc Christian Kaboré, lors de son discours samedi à l'occasion de la commémoration de l'an 2 de l'insurrection populaire. Ces derniers temps, le président burkinabè fait face à de multiples mouvements sociaux.

« Je suis conscient de l’importance des attentes et des difficultés que rencontrent les Burkinabè dans leur ensemble pour faire face à leurs besoins quotidiens. Aujourd’hui tous les secteurs sont prioritaires dans notre pays. Il n’est donc pas possible de prétendre, à moins d’un an, de trouver des solutions acceptables et durables sans se donner le temps et les moyens d’y travailler. »

Le chef de l'Etat a donc lancé « un appel solennel à la retenue sur le front social » afin de « donner toutes ses chances à la concertation, au dialogue et à l’engagement collectif pour remettre le pays au travail et créer les emplois et les richesses dont nous avons besoin pour garantir la prospérité à tous les habitants du Burkina Faso. »

Il demande aux grévistes de se remettre au travail. « Autant les revendications pour une amélioration des conditions de vie, de travail et d’études sont légitimes, autant nous ne devons pas perdre de vue qu’on ne peut pas partager ce qu’on n’a ni produit, ni créé. Il est évident que tous les mouvements sociaux et débrayages actuels auront nécessairement des conséquences sur l’économie nationale. »

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