Santé / Bien-être

[Reportage] Journée des toilettes: le problématique accès aux sanitaires

L'accès universel à des toilettes dignes de ce nom est un vaste chantier.
L'accès universel à des toilettes dignes de ce nom est un vaste chantier. pixabay/cc

Ce dimanche 19 novembre marque la journée mondiale des toilettes. Le manque de latrines est un problème de santé publique dans de nombreux pays africains. RFI s'est penché sur le cas de la RDC, où près de 70% de la population - environ 70 millions de personnes - n'ont pas accès à des toilettes. La capitale, Kinshasa n'est pas épargnée, au contraire. Mais c'est en périphérie des villes que le problème est le plus criant, des zones où exode rural oblige, l'urbanisation est galopante, mais les infrastructures ne suivent pas.

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A Matete, Junior Kitambala fait partie des chanceux qui ont accès à des latrines de qualité. « On l'évacue avec de l’eau, et ça va jusqu’à une dalle qui est quelque par-là, et une fois la dalle remplie, on fait appel à un service qui vient l’évacuer et ça. Ici, c’est un peu évolué, c’est un peu propre. »

Deux cents mètres plus loin, changement de décor. Quatre plaques de taules en cercle plantées dans le sol, c'est tout ce dont disposent ici les habitants pour faire leurs besoins. « IIs viennent. Il n’y a pas de trou, donc ils peuvent venir avec un petit récipient, ils font leurs besoins et voilà, après ils vont aller les verser à la rivière qui est de l'autre côté, c’est compliqué. On s’expose à diverses maladies. »

Aucun système d’évacuation, pas même de trou, il s’agit juste de se cacher. « Les terrains sont marécageux. Creuser un trou, c’est difficile, il faudrait beaucoup d’argent. »

Le voisin Vicky, lui, a pu installer des toilettes. Mais la dalle qui recouvre sa fosse septique de fortune est si fragile que lorsqu'il pleut, les excréments envahissent sa parcelle.

Vecteur de choléra

« Même une petite pluie suffit à inonder la dalle et les toilettes débordent. L’eau rentre jusque dans les maisons et ça peut durer une semaine comme ça. Ensuite on voit apparaître de petits insectes dans le tas de déchets et les enfants tombent malades. »

Au loin derrière la maison de Vicky, on aperçoit une petite rivière où il n'est pas rare de voir quelques pêcheurs. C'est aussi là que régulièrement, Vicky va vider pour sa fosse septique et éviter qu'elle déborde.

« La défécation à l’air libre est une pratique est très courante. On part dans la brousse, quelque part derrière un mur, ainsi de suite… En terme sanitaire, c’est un vecteur de maladie, le choléra », explique Franck Abeille, chef de section Eau, Hygiène et Assainissement de l'Unicef. « L’absence de toilette est un facteur très aggravant » pour cette maladie. La RDC fait face à la pire épidémie de choléra enregistrée depuis 2002. « L’un des premiers contaminants du choléra, qu’on appelle aussi "la maladie des mains sales" ce sont les mouches. Elles vont tout simplement se poser sur les excréments humains qui peuvent être contaminés par le choléra, vont aller se poser en suite sur des aliments, vont aller se poser à tel et tel endroit dans l’environnement humain donc vont permettre à la bactérie du choléra de s’éparpiller à travers tout l’environnement. »

Toilettes des villes, toilettes des champs

Plus de 892 millions de personnes dans le monde n'ont pas accès à des latrines. Une problématique importante pour la santé publique et l'environnement en Afrique. A laquelle il est temps de sensibiliser.

« En Afrique, la population augmente à cause de l’exode rural, certaines villes peuvent doubler de population tous les dix ans. Ce sont des quartiers entiers qui se créent, les services municipaux n’ont pas les moyens de suivre au niveau l’agrandissement du réseau d’accès à l’eau et du réseau d’égout. Donc les gens sont obligés de compter sur eux-mêmes. Ils installent des latrines qui ne sont pas aux normes,  mal vidangées, mal retraitées. Conséquence : les effluents se retrouvent d’une manière ou d’une autre dans la nature », développe Julien Eyrard, référent Eau, Hygiène Assainissement pour l'ONG Action contre la faim.

Dans les campagnes, cela génère d’autres problèmes. « Dans les zones rurales, on a plus de facilité pour creuser des latrines. Par contre, ça peut poser d’autres problèmes humains, poursuit Julien Eyrard. Par exemple, on sait que pour les femmes, c’est une contrainte d’avoir à aller tous les matins ou tous les soirs trouver un endroit pour faire leurs besoins à l’air libre. C’est notamment une source d’exposition à des problèmes de violence ou d’abus ou de harcèlement. »

Plusieurs pays ont déjà pris des engagements par rapport à la reconnaissance du droit à l’eau. « Le dernier en date, c’est le Burkina Faso qui est en train de l’inscrire dans sa Constitution. Ce n’est pas le tout d’avoir accès à des latrines, encore faut-il les utiliser. Donc là, c’est une question de sensibilisation et de changement des comportements. »

→ [Vidéo] : Journée mondiale des toilettes, une personne sur trois vit sans sanitaires


Les toilettes : un problème scolaire en France

Dans les pays riches comme la France, le problème des toilettes se pose, mais, sous d'autres formes. Par exemple, en milieu scolaire, les élèves n'ont pas envie d'utiliser les toilettes de leurs écoles.

Saleté, mauvaises odeurs, manque d'intimité… Autant de raisons pour les élèves de bouder les toilettes de leur établissement. Une situation que déplore depuis des années l'association François Aupetit qui regroupe des personnes souffrant de maladie inflammatoire chronique de l'intestin, appelées MICI.

« Un des symptômes les plus "graves", si j’ose dire de nos maladies, ce sont des diarrhées impérieuses. Cela veut dire qu’en période de poussée digestive, c’est-à-dire d’inflammation digestive, vous allez aux toilettes entre 5 et 20 fois par jours », explique Alain Olympie, directeur de l'AFA.

En France, 250 000 personnes sont touchées par les MICI. Parmi elles, 17% sont des enfants et des adolescents scolarisés. « Est-ce que tous les élèves qui ont des problèmes digestifs dans la journée doivent attendre la fin de la journée pour aller aux toilettes ? Quand vous avez envie de faire pipi, quand vous avez envie de faire caca, vous n’êtes pas disponible les cours non plus. Donc comment être attentif aux cours si vous avez ces désagréments, tout ça parce que vous ne voulez pas aller aux toilettes parce qu’elles sont sales, cassées… Ce n’est pas possible les toilettes dans nos lycées français, malheureusement. »

Un tiers des élèves français boudent les toilettes de leur établissement et préfèrent se retenir, ce qui peut avoir des conséquences importantes sur leur santé.

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