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RDC

Procès des ADF à Beni: la défense évoque un «climat de terreur»

Des militaires de l’armée congolaise patrouillent en uniforme kaki dans Rwangoma, après le massacre de Beni, ville de l’est de la RDC, dans la nuit du samedi au dimanche 14 août 2016.
Des militaires de l’armée congolaise patrouillent en uniforme kaki dans Rwangoma, après le massacre de Beni, ville de l’est de la RDC, dans la nuit du samedi au dimanche 14 août 2016. Sonia Rolley / RFI
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Le procès dit des ADF à Béni est un procès fleuve, ouvert en août 2016 et censé mettre des noms et des visages sur les responsables des massacres qui endeuillent ce territoire de l'Est de la RDC. Ce lundi, un nouveau «renseignant à charge» a été présenté, Emmanuel Thembo Kalimuli, responsable de la section locale de l'UNC (parti de Vital Kamerhe). Mais il a été transformé en prévenu. RFI a rencontré la femme et le fils aîné d'Emmanuel Kalimuli à Beni, en détention préventive depuis le 30 novembre. Ils ne s'attendaient pas un tel scénario, et ne cachent pas leur inquiétude.

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A l'origine il était venu témoigner comme « renseignant à charge » à la demande du parquet militaire, mais à l'issue d'une audience en cours de procès, Emmanuel Thembo Kalimuli a été transformé en prévenu et est actuellement en détention provisoire. Il est poursuivi pour « outrage à l'armée ». Il lui est reproché aussi d'avoir « participé à une entreprise de démoralisation de l'armée » après avoir témoigné devant la cour contre le général Mundos, un haut gradé de l'armée, accusé dans plusieurs rapports d'experts onusiens et indépendants d'être personnellement impliqué dans les tueries.

Henri Kalimuli, le fils d'Emmanuel, agite nerveusement un sachet de cacahuètes posé sur la table du salon. Il était dans la salle d'audience lorsque son père, appelé à témoigner contre des militaires, a finalement été embarqué dans une jeep et envoyé en détention. « Il a été appelé comme renseignant pour subitement être transformé en prévenu. On dit qu'il a participé à une entreprise censée démobiliser l'armée au front. »

Pour lui si son père a été appelé à témoigner, c'était en fait pour le faire taire. « C'était vraiment un piège puisque sur la copie de son assignation, on n'avait pas cité le dossier du général Mundos », mais le dossier d'autres personnes, explique Henri Kalimuli.

Des témoins font défection

Assise dans le salon, Ghislaine, la femme de Thembo Kalimuli, lui rend visite chaque jour. « Il n'y a pas de justice dans notre pays. Si quelqu'un dit la vérité, on rejette ses propos, et si quelqu'un dit des mensonges, il est remis en liberté. »

Depuis que Thembo Kalimuli a été placé en détention, plusieurs témoins ont renoncé à se présenter à la cour de peur de subir le même sort. L'un de ses avocats, Me David Wambale, parle même d'un « climat de terreur » pour quiconque tenterait de témoigner contre plus fort que lui dans ce procès très sensible et assure qu'à cause de ce précédent plusieurs témoins se sont rétractés.

« Certains renseignants qui, disposant pourtant de certaines informations, lorsqu'ils apprennent que non seulement l'interrogatoire est musclé et qu'ils risquent de se faire ramasser, transformer en prévenus, ils s'en méfient plus. La mentalité ici dans la zone, c'est que les gens sont très réservés, et si vous ajoutez à cela une certaine terreur, lorsqu'ils veulent venir apporter leur contribution, du coup ils se rétractent et ils préfèrent vous observer de loin. Il y a même des renseignants à décharges par rapport à certains de nos clients, qui n'ont pas voulu venir déposer. Il est difficile d'accuser quiconque est visiblement plus fort que vous. Si je me mets à accuser quelqu'un qui est armé, ADF ou FARDC, je m'expose  ! »

« Kamuli a dit des choses graves »

Le général Mundos, lui a été entendu comme renseignant mais n'est pas inculpé dans ce dossier. Plusieurs rapports de l'ONU et du GEC (Groupe d'étude sur le Congo), un projet de recherche affilié à l'université de New York, pointent la responsabilité des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), et en particulier du général Mundos, dans les massacres de civils dans le territoire de Beni entre 2013 et 2016. Plusieurs chercheurs du GEC qui avaient été appelés à témoigner ont renoncé à le faire, de peur d'être à leur tour placés sous le statut de prévenu.

De son côté, le général-major Timothée Mukunto Kiyana, premier avocat général des FARDC près la Haute Cour militaire, ne l'entend pas de cette oreille : « Kalimuli s'est mis à dire des choses publiquement sur les chaînes de radios. Des choses graves, du genre le général Mundos a tenté de recruter tel monsieur, les troupes du général Mundos sont celles-là alors qu'elles sont des kilomètres plus loin, donc des choses que n'importe qui pouvait vérifier. Nous nous sommes demandés :"est-ce qu'il est juste de mauvaise foi ou non ?" C'est pour ça qu'il va être jugé publiquement et qu'il va se défendre. »

A ceux qui estiment que ce procès instaure un climat de terreur et qu'il provoque le désistement d'autres renseignants, il répond : « chaque jour, nous recevons des renseignants qui nous fournissent des informations, qui restent anonymes, qui sont protégées. Nous vérifions, mais ils ne sont pas poursuivis pour ça. Donc ça ne décourage pas quiconque est de bonne foi et qui veut aider la justice à connaître la vérité. »

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