Afrique du Sud

Afrique du Sud: le Parlement se penche sur les règles de destitution du président

Le parlement sud-africain à Cape Town.
Le parlement sud-africain à Cape Town. Getty Images

En Afrique du Sud, le Parlement a annoncé ce dimanche qu'il allait étudier, cette semaine, la procédure de destitution du président de la République. Une procédure qui pourrait viser le très controversé Jacob Zuma. Le mois dernier, la Cour constitutionnelle, plus haute instance juridique du pays, a ordonné au Parlement mettre en place un mécanisme qui pourrait être utilisé pour la destitution du président.

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La Cour constitutionnelle reproche à l'Assemblée nationale de ne pas avoir demandé de compte au président Zuma dans le cadre du scandale sur sa résidence privée et l’utilisation de près de 15 millions d’euros d’argent public pour rénover sa maison. Il y a deux ans, en effet, la Cour l’avait reconnu coupable, notamment de violation de la loi et il a été contraint de rembourser une partie de l’argent utilisé. Mais le Parlement n’a jamais sanctionné la conduite du président.

La Cour a donc donné 120 jours au Parlement pour décider des règles pour destituer un président. Puis encore 120 jours pour agir. Mercredi et jeudi, les élus vont donc commencer à se pencher sur les règles de destitution.

Vers un départ négocié pour Zuma ?

Cela ne veut pas dire pour autant que Jacob Zuma soit à terme destitué pour autant. En effet, même si une procédure est lancée, il faut qu’elle soit votée par les deux tiers du Parlement. Ce qui n’arrivera pas. Jusqu’à présent, le président Zuma a toujours survécu aux différentes motions de défiance au Parlement où il ne fallait qu’une simple majorité.

Même si une partie des membres de l’ANC veut son départ, ils ne veulent pas que cela se fasse par une procédure de destitution, car ce serait une victoire pour l’opposition. En revanche, ils veulent un départ négocié que Jacob Zuma accepte de démissionner en échange, par exemple, de la garantie qu’il ne sera pas poursuivi pour corruption.

On sait que le nouveau leader de l’ANC, Cyril Ramaphosa, veut un départ le plus rapidement possible pour que son parti garde une chance de conserver sa majorité aux élections générales l’année prochaine. D’autre part, le comité exécutif de l’ANC doit se réunir, ce mercredi, pour discuter de cette décision de justice. Difficile de savoir ce qui va être décidé sachant que cet organisme est composé pour moitié de pro-Zuma. « La meilleure option serait que les membres de l’ANC se mettent d’accord et demandent au président Zuma de démissionner, estime l’analyste politique Ralph Mathekga. Il faudra qu’ils trouvent une solution politique au problème auquel il fait face. Car il est au centre de plusieurs affaires de justice. Mais la réalité est que les membres de l’ANC ne peuvent pas juste le renvoyer, Zuma a encore trop de soutien au sein du parti. »

Des négociations entre factions pro et anti-Zuma au sein de l’ANC seraient en cours pour lui trouver une porte de sortie acceptable.

« Je pense qu’il sait que sa position en tant que président du pays est intenable, reprend le spécialiste. Il sait qu’il n’a plus de soutien, qu’il n’est pas très populaire, et que s’il continue de s’accrocher au pouvoir, cela va avoir des conséquences négatives pour son parti lors des élections générales l’année prochaine. Donc je pense qu’il n’y a aucun doute qu’il sait qu’il doit partir. La question est plutôt les conditions dans lesquelles il va partir. »

Pour lui, la situation est très similaire à celle de Robert Mugabe au Zimbabwe. « Sur la fin, celui-ci savait qu’il devait partir, mais il s’est accroché pour négocier un meilleur deal. Une solution politique qui le protègerait de toutes poursuites judiciaires. Donc pour Zuma, la meilleure option est d’obtenir un plan de sortie avec ses camarades de l’ANC. Je ne pense pas qu’il va s’accrocher. Il sait qu’il a de moins en moins de soutien. »

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